Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

« La Ronde de nuit » de Rembrandt, entre moqueries et mystères

Aurélia Antoni 5 novembre 2018

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

À la fin de l’année 1640, le capitaine Frans Banning Cocq et ses officiers commandent un portrait de groupe à Rembrandt. Chaque quartier d’Amsterdam possède alors une milice composée de gardes, et ce sont les membres du district n°2 que le peintre doit représenter. Plus de seize personnes ont déjà payé plus ou moins cent florins, selon la place qu’il occupe dans la composition. L’attente est considérable… Austérité, stabilité, virilité sont les mots d’ordre de ce type de portrait exécuté depuis la nuit des temps. Mais Rembrandt va rompre violemment avec la tradition…

Rembrandt van Rijn, La Compagnie de Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch, dite la Ronde de nuit, huile sur toile, 1642

Au cœur d’Amsterdam, l’immense tableau rebaptisé la Ronde de nuit pour son obscure ambiance, fascine toujours les foules qui viennent admirer le clair-obscur du maître hollandais. Mais derrière chaque chef-d’œuvre, se cache une histoire, des symboles, des prises de liberté. Celui-ci ne déroge pas à la règle. 

Depuis quelque temps en Hollande, on livre la guerre sur les mers. Les milices des districts ne font alors plus qu’entretenir un rite social en paradant et en festoyant presque tous les jours de semaine. Face à une représentation solennelle des portraits de milices qui perdure depuis des siècles, Rembrandt choisit donc la voie de la vérité et de la dénonciation. Au parfait alignement des gardes sur les tableaux classiques, le peintre répond par le chaos et le désordre. Les 21 personnages figurés regardent tous vers des directions opposées, sans savoir exactement où ils se dirigent ni ce qu’ils font exactement. Au centre, le capitaine Cocq dirige fièrement sa troupe s’adressant à son lieutenant au regard distrait. 

Rembrandt souligne ici une sombre vérité. Les gardes sont de simples amateurs incapables de se servir correctement de leurs armes. Pour le démontrer, le peintre illustre les trois étapes de maniement de l’arquebuse en commençant par le personnage vêtu de rouge à gauche du capitaine. Celui-ci charge son arme par le haut comme il se doit, mais le fait en marchant. Erreur fatale car l’accident pourrait être désastreux ! Puis derrière le lieutenant, un officier vient de tirer par inadvertance. Pour refroidir son arme, son compagnon souffle dessus, sans pour autant prendre en compte d’évidentes mesures de sécurité.

Pendant quatorze ans, Rembrandt ne recevra plus aucune commande publique, faute d’avoir humilié la haute bourgeoisie ! Cependant, l’œuvre complexe recèle quelques mystères que les officiers n’ont sûrement pas pris le temps d’observer. Que viens donc faire cette petite fille éclairée par une vive lumière à gauche du capitaine ? Avec son visage de femme âgée, on croirait reconnaître la mère du peintre dont le visage se retrouve dans nombre de ses peintures. Mais le personnage intrigue toujours, avec son poulet et sa bourse accrochés à sa taille. Se moqueraient-ils de la position sociale et du symbole (mort) des arquebusiers ou constitueraient-ils une mascotte à leur effigie ? Le mystère demeure. Tout comme cette ombre mal placée de la main du commandant sur le pantalon de son lieutenant. Ou cet œil incongru tout au fond du tableau entre le porteur de drapeau et le garde enjoué. Certains critiques pensent y voir le maître observant de sa pupille acerbe la scène honteuse !

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE