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Gautier Deblonde, dans les ateliers des grands artistes contemporains…

Aurélia Antoni 11 septembre 2018

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Anish Kapoor, Jeff Koons, Pierre Soulages, Ai Wei Wei, Takashi Murakami… Gautier Deblonde sait s’y faire pour s’immiscer dans l’intimité des grands noms de l’art contemporain. Tout se passe ici même, dans ce lieu criant au nom de la liberté qu’est l’atelier. L’artiste n’y est plus et pourtant…

Atelier de Georg BASELITZ  © Gautier Deblonde

Gautier Deblonde travaille autour du portrait d’artiste depuis 25 ans. Sa première série de photographies s’est exposée à la Tate Gallery en 1999 et s’est désormais élargie à l’espace de travail. L’atelier devient portrait, telle est la magie Deblonde. Rencontre avec le photographe, auteur du recueil Atelier paru aux éditions Steidl.

Racontez-nous les débuts de votre aventure, le déclic vers la photographie d’ateliers ?

Pendant les dix années Blair, je vivais à Londres et ressentais une énergie positive dans le domaine culturel. Les Young British Artists (Jeunes Artistes Britanniques) portés par l’enfant terrible Damien Hirst bousculaient la scène artistique anglaise dont je faisais parti. Les portes de leurs ateliers m’étant ouvertes, j’ai troqué mes portraits pour une toute nouvelle approche. 

Quelle est votre démarche lorsque vous pénétrez dans l’antre des artistes ?

Habituellement, j’arrive le matin pour observer les artistes et leurs assistants travailler pendant que je réfléchis à mon image. Puis, vient le temps de la pause déjeuner. Que l’on soit en Europe, aux Etats Unis ou en Asie, tout le monde s’arrête pour déjeuner. Alors j’en profite pour saisir cet instant suspendu où tout est laissé en plan.

Atelier de Damien HIRST  © Gautier Deblonde

Lorsque l’on regarde vos photographies, on joue aux devinettes. C’est comme entrer chez quelqu’un, dans son intimité, et déceler les secrets de son univers…

Lorsque que j’entre pour la première fois dans un atelier, ce sont évidemment les œuvres achevées, celles en cours et les instruments de l’artiste qui sautent aux yeux. Mais ce qui me frappe à chaque visite et que j’aime profondément, est l’odeur. Ces odeurs d’huiles, d’encaustiques, de résines, de métal soudé, du bois travaillé que l’on retrouve dans presque chaque atelier, sont une histoire en cours d’écriture. Comme les pages d’un livre que l’on ouvre pour la première fois, je me nourris de ce parfum pour aborder l’univers de l’artiste.

Justement en parlant de première fois, comment s’est déroulée votre première photographie d’atelier ?

En 2004, j’ai commencé par photographier l’atelier du sculpteur anglais Antony Gormley. Je travaillais alors avec un appareil moyen format. Bien que l’espace révélait de belles qualités graphiques, mes photographies furent un échec. Elles illustraient un lieu sans rendre compte de son énergie créatrice. Je suis donc parti, frustré et déçu. Puis, mon agent londonien m’introduisit un appareil panoramique utilisant des objectifs de chambre permettant d’éviter toutes déformations. Grâce à Gromley, j’ai pu retenter ma chance pendant la pause déjeuner. Le résultat était surprenant. J’avais l’impression d’être face à une scène théâtrale, comme si un rideau venait de se lever. C’était le signe qu’il me fallait pour persévérer. 

Atelier d’Antony GORMLEY  © Gautier Deblonde

On imagine que certains artistes doivent vous donner du fil à retordre.

Ça arrive. Un jour, je suis allé à New-York à mes propres frais pour photographier l’atelier de Maurizio Cattelan, artiste irrévérencieux et provocateur. Il m’a reçu dans son quartier de Manhattan, à l’extérieur, sur le trottoir. Je lui ai présenté une vingtaine de tirages photographiques qu’il a regardé avec attention avant de me déclarer qu’il n’avait pas d’atelier. Un peu surpris, je lui demande des explications. « Si tu avais su que je n’avais pas d’atelier, tu ne serais pas venu » me dit-il. Il n’avait pas tort. Maurizio voulait participer à mon projet en me proposant d’installer un tirage photographique sur les murs de Manhattan. Cette œuvre était récente, elle n’avait jamais été exposée ! Un peu forcé, j’ai fini par accepté et nous avons travaillé ensemble 2 à 3 heures, installant le tirage sur différents murs de son quartier. Au bout du compte, j’aime particulièrement cette photographie.

Maurizio CATTELAN © Gautier Deblonde

Vous prenez toujours des vues panoramiques et frontales. Pourquoi ?

Ces contraintes sont un choix artistique pour une approche démocratique. Que l’artiste soit une super star ou non, son atelier aura le même traitement de mise à plat de l’espace. Je peux alors rester maître de mon projet sans me laisser submerger par la forte personnalité de l’artiste.

Votre travail génère une grande impression de temps suspendu, d’une absence physique remplacée par une présence matérielle. La photographie est-elle pour vous un moyen de sonder l’âme artistique ?

Au départ, il y a cette fascination que j’éprouve pour la base conceptuelle développée par les artistes que j’aborde. Ils ont quelque chose de puissant à exprimer à travers la forme tridimensionnelle ou picturale. Donc l’absence de l’artiste me facilite les choses et me permet déjà de m’accaparer l’atelier et d’en faire mon sujet. Ce que j’essaie de montrer, c’est l’espace où se trouvait l’artiste, et non l’artiste lui-même. La photographie peut même devenir trace, témoin d’un passage artistique. C’est le cas de ma prise de vue à l’atelier d’Ai Weiwei car le lieu lui-même n’existe plus, détruit par les autorités chinoises en août dernier.

Atelier de AI WEIWEI © Gautier Deblonde

Un projet en ligne de mire ?

Après le film documentaire sur l’atelier de Ron Mueck pour la Fondation Cartier, je suis en pleine réalisation de dix films qui nous feront découvrir des grands acteurs de l’art contemporain. Ils seront la découverte d’artistes dans l’intimité de leurs espaces de travail, des récits qui concentrent des vies créatrices hors du commun. Et puis bien sûr la série Ateliers se poursuit indéfiniment, chaque rencontre est une opportunité. Pas plus tard que cet été, j’ai eu la chance de photographier l’atelier de Zhang Enli. J’aime beaucoup sa peinture, expressive et libérée. Cette visite comme tant d’autres avant, a nourri ma motivation. Elle m’a donné confiance en mes choix, m’a donné le courage d’accepter mes erreurs et surtout, de prendre du plaisir.

Atelier de Zhang ENLI © Gautier Deblonde

Pour en savoir plus sur l’artiste, rendez-vous sur son site officiel.

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