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Balthus, il reste toujours quelque chose de l’enfance…

Aurélia Antoni 5 septembre 2018

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Le chat, le jeu de cartes, le miroir, le rêve et surtout la jeune fille innocente. L’univers de Balthus puise son inspiration au pays des merveilles, au plus profond de cette enfance fugitive, là où la magie peut encore survenir. Une singularité qui lui vaudra sa place de grand maître de la peinture du XX° mais aussi celle de figure controversée de l’art moderne. Boudé en France depuis les années 80, Balthus réapparaît en Suisse, à la Fondation Beyeler de Bâle.

Balthus, 1948, Photo : Irving Penn © The Irving Penn Foundation

C’est l’histoire d’un petit garçon qui trouve un chat égaré et le perd à nouveau. Intitulé Mitsou, ce récit illustré par le jeune Balthus âgé de onze ans témoigne de son talent précoce et de son amour pour le motif du chat. Quarante images figurent dans l’album dont la préface fut rédigée par le célèbre Rainer Maria Rilke. Mais le don n’est pas tombé du ciel. Balthasar Klossowski de Rola grandit dans une famille d’artistes et voyage jeune, partageant sa vie entre Berlin, Berne et Genève.

Né à Paris en 1908, il y revient dix-huit ans plus tard et y suit des cours informels à l’Académie de la Grande Chaumière. Au jardin du Luxembourg, Balthus dessine les enfants jouant avec leur navire miniature près du point d’eau. Sur conseil d’un certain Pierre Bonnard, ami de la famille et illustre impressionniste à ses heures perdues, le jeune peintre copie les grands maîtres au Louvre. Lorsqu’il revient au parc du Luxembourg, les tons commencent à s’assombrir. Puis survient un premier autoportrait. Les jambes allongées, l’allure fière, on croirait un aristocrate pompeux si Balthus n’avait pas dénoté par son ironie. À côté d’un tendre félin, un fouet et une légende « Un portrait de sa majesté le roi des chats peint par lui-même ».

Enfin, le temps de la maturité fait son chemin. L’enfance s’en est allée au Maroc, où l’artiste effectue son service militaire. Il y peint La caserne, une scène pittoresque dans laquelle un somptueux cheval blanc refuse de se laisser monter. Quatre ans plus tard, la Galerie Pierre rue des Beaux-Arts lui ouvre ses portes. Sept peintures couvrent les murs, trois sont présentés à Bâle. On y trouve La Rue, géante fresque colorée où déjà, le geste déplacé d’un jeune garçon envers une jeune fille ne passe pas inaperçu. La toilette de Cathy, illustration d’une scène des Hauts de Hurlevents d’Emily Brontë où Heathcliff prend des airs d’autoportrait et Catherine hérite des traits d’Antoinette de Watteville, une bernoise dont Balthus est éperdument amoureux. Les yeux plongés dans le vide, le jeune garçon repense au souvenir de la belle dénudée. La scène entière plonge dans une apparition fantasmée, des personnages déformés par le souvenir à l’armoire entrouverte vers le passé. « Il y a eu des réactions très variées, haineuses et enthousiastes, mais personne n’est resté indifférent » raconte le peintre. Il faut dire que les œuvres exposées tranchent avec les courants picturaux en vogue. Balthus saisit une réalité figée quelque part entre le rêve et la réalité, des personnages absorbés dans leurs pensées, une enfance égarée…

Balthus, La Rue, 1933, Huile sur toile, 195 x 240 cm, The Museum of Modern Art, New York, Légué par James Thrall Soby © Balthus, Photo : © 2018. Digital image, The Museum of Modern Art, New York/Scala, Florence

Aucune toile n’est vendue. Antoinette de Watteville est promise à un autre plus fortuné. Plongé dans le désespoir, Balthus frôle la mort dans une tentative de suicide. Pourtant peu après, c’est Antoinette en personne qui le demande en mariage. Grâce aux commandes de portraits, la situation financière de l’artiste évolue. Tout vient à point à qui peut attendre !

En 1937, l’artiste peint « La jupe blanche », le plus beau portrait de sa fiancée. Confortablement assise sur un fauteuil, les jambes dépliées, Antoinette trône en déesse dans une scène théâtrale où le rideau est enfin levé. La technique est imparable et la peinture épaisse.

L’amour n’est pas son seul modèle. Thérèse, onze ans, vit à proximité de son atelier et vient souvent poser pour le peintre. Accroupie ou s’étirant sensuellement, les jambes écartées ou sagement assise, la jeune fille provoque dans ses positions nonchalantes, perce la toile de son regard innocent et souverain. Un motif inattendu et inédit qui ne tardera pas à révolter les foules…

Thérèse, 1938, Huile sur carton sur bois, 100,3 x 81,3 cm, The Metropolitan Museum of Art, New York,
Légué par Mr. et Mrs. Allan D. Emil, en l’honneur de William S. Lieberman, 1987 © Balthus, Photo : The Metropolitan Museum of Art/Art Resource/Scala, Florence

Après une étape à Champrovent où le peintre tente le paysage poussinesque, la famille se réfugie en Suisse. Balthus s’intériorise. Sans doute traumatisé par le front alsacien dont il fut démobilisé, l’artiste peint des salons bourgeois habités par des jeunes filles érotisées. Miroir de Narcisse, personnage mystérieux, feu de cheminée, lui seul peut décoder son imaginaire.

Prochaine étape, Paris. La capitale française commence à sonner comme des tournants décisifs. Cette fois-ci, le peintre s’y rend seul, sans sa femme ou ses deux jeunes fils. Une quarantaine de tableaux y sont produits, mais aussi des décors et des costumes de pièces de théâtre. Tout comme le lieu influence cette nouvelle peinture, le théâtre et le mobilier guident ses nouveaux motifs. Le tableau « La partie de cartes » se joue de manière exacerbée sur une estrade. Soudainement, un deuxième autoportrait voit le jour. Vêtu d’une cape bleue, le regard assombri, Balthus s’est presque peinturluré les yeux comme pour ne pas dévoiler son tour de magie.

Entre son atelier et son logement, se trouve le passage du Commerce-Saint-André. Balthus en fait l’objet d’une toile de très grand format, un chef-d’œuvre de l’art moderne. Dans la rue, point de ciel, que des personnages figés dans le temps. On pourrait presque souffler sur ces murs qui ressemblent à des décors de théâtre. Au centre, un homme de grande taille, tenant sa baguette. Serait-ce Balthus traversant son œuvre ? À gauche, une jeune femme relève une fenêtre surplombée d’une tête sans cou. Le peintre fait ici référence à la guillotine, employée pour la première fois dans cette rue et testée sur un agneau. D’ailleurs, le petit chien nous parait bien blanc et bien bouclé…

Balthus, Passage du Commerce Saint-André, 1952–1954Huile sur toile, 294 x 330 cm, Collection privée
© Balthus, Photo : Robert Bayer

Déjà, la perspective d’intérieur et les tons utilisés traduisent une puissante fascination pour les peintres de la Renaissance italienne. À Rome, l’influence gagne en puissance. En tant que directeur de l’Académie de France dans la Villa Médicis, l’artiste développe un intérêt pour les matériaux, les enduits et les textiles qui décorent le palais tout en le menaçant de tomber en ruine. Ainsi, Balthus use d’une nouvelle technique mélangeant le plâtre à la peinture à l’huile pour donner l’apparence d’une fresque. Il intègre même une mise au carreau dans « La Chambre turque » et joue avec l’ornement jusque dans les années 1990 lorsqu’il s’installe avec sa deuxième femme d’origine japonaise à Rossinière.

Dans les Alpes vaudoises, les jeunes filles continuent à peupler l’imaginaire de Balthus, munies d’un miroir qu’elles ne retournent plus vers elles mais qu’elles tendent avec humour vers un minet. De la rue au salon, l’œil du chat Balthus contemple ces êtres errants, discerne l’érotisme ambiant et la chaleur des corps, se joue de son image réfléchissante. Et puis bien sûr, « Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours » insistait Marguerite Duras.

BALTHUS

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