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L’ombre des dieux au musée Fenaille

Anne Malary 2 août 2018

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L’île de Pâques, dans le Pacifique, concentre 165 km2 de fantasme. En 1722, jour de Pâques, trois vaisseaux y accostent. Les Européens rencontrent la société qu’y ont formée les Polynésiens. Les écrivains et les artistes découvrent sa culture et son esthétique. Jusqu’au 4 novembre, le musée Fenaille de Rodez expose la sculpture pascuane qui inspire et fascine.

Pectoral © musée du quai Branly – Jacques Chirac, Dist. RMN Grand Palais / Michel Urtado / Thierry Ollivier

« Un pays à moitié fantastique, une terre de rêve ». L’écrivain Pierre Loti conserve une image idéale de l’île de Pâques. Nous nous la figurons le plus souvent comme une baie verte et minérale où s’alignent les moai. Ces statues gigantesques sont sculptées dans les roches du volcan Rano Raraku.

On connaît moins les sculptures de petit format qu’expose en ce moment le musée Fenaille de Rodez. Ce dernier fait partie des trois musées à présenter les arts de l’île de Pâques en Occitanie cet été, avec le Muséum d’histoire naturelle de Toulouse et le musée Champollion de Figeac.

Dans les collections du musée Fenaille, les statues-menhirs découvertes en Rouergue sont des représentations anthropomorphes. Sculptées à fleur de pierre il y a près de 5 000 ans, elles conservent leur mystère : divinités, héros, dignitaires ?

Le musée questionne la représentation de la figure humaine dans les sociétés en dépassant les frontières européennes. L’exposition « Île de Pâques, l’ombre des dieux » est un tel prolongement…

Parmi les plus belles pièces, des bâtons ua. Au sommet, une tête à deux faces identiques, un disque d’obsidienne planté dans les orbites. Des pectoraux de bois avec aux extrémités, des têtes humaines ou des queues de baleine. Mais aussi une superbe coiffe en plumes de coq ! Cette protubérance sommitale était portée lors de mariages, de danses, de guerre… Et tous ces insignes étaient dévolus à l’aristocratie, parfois même au chef suprême de l’île.

Coiffe en plumes hau moroké, musée d’art et d’histoire de Pithiviers © Aude Vincent

Il y a en face des représentations spirituelles. Les moai kavakava, êtres de l’au-delà, ont des côtes qui font saillie, un sternum apparent et parfois une queue d’oiseau. Leur crâne est gravé comme s’il était tatoué. Ces statuettes au centre des cultes domestiques étaient exhibées lors des fêtes communautaires.

Les rapa, instruments de danse formés de deux pales réunies par une hampe, résument enfin le talent de stylisation des sculpteurs de l’île de Pâques. Au sommet, un visage humain est réduit à une ligne courbe. Il s’achève sur la pale inférieure par une excroissance infime, probablement phallique.

Cette exécution parfaite lie les hommes au sacré. « Le talent de toute évidence, est un cadeau des dieux. Dans cette société, quelqu’un qui n’avait pas un rang aristocratique, pouvait, s’il montrait du talent, faire des choses qui étaient réservées d’habitude aux prêtres » dit Michel Orliac, commissaire de l’exposition. La sculpture était alors l’ombre des dieux.

Chez les rapanui, la représentation devait matérialiser les formes de l’au-delà. Sur le tapa, sur les tatouages, dans la pierre. Mais on connaissait peu la liberté formelle des imagiers de l’île qui ont sculpté le bois. Ces formes entre l’homme, l’animal et la chimère, sculptées par des prêtres imagiers, furent reçues avec fascination par les acteurs de l’avant-garde européenne. L’exposition rassemble notamment les objets des anciennes collections de Tristan Tzara ou d’André Breton, collectés par Pierre Loti.

Moai Kavakava bicéphale,collection particulière, photo Hughes Dubois

L’OMBRE DES DIEUX

30/06/2018 > 04/11/2018

Musée Fenaille

RODEZ

Du 30 juin au 4 novembre 2018, le musée Fenaille à Rodez et deux autres musées d’Occitanie (le musée Champollion à Figeac et le Musé...

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