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Henri-Edmond Cross, le portrait du tournant

Anne Malary 1 août 2018

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L’œuvre du peintre Henri-Edmond Cross est exposée au musée des impressionnismes de Giverny jusqu’au 4 novembre. En un an semble-t-il, l’artiste a condensé sa touche pour exalter des paysages d’or qui nous aspirent. Le tournant fut vif, il eut lieu là où on ne l’attendait pas. Les mille points de Cross en effet, tombent pour la première fois en robe velours sur le portait de Madame Hector France. Voilà, le peintre fait du néo-impressionnisme.

Henri-Edmond Cross, Madame Hector France, 1891, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Les rhododendrons rose pâle portent l’image. Des palmes vertes l’ombragent. Mais puisqu’il fait nuit sur la terrasse la lumière est d’un jaune artificiel. Elle doit faire du modèle un sujet d’élection, ce soir et toujours après.

Madame Hector France porte une longue robe de velours violet ouverte sur du satin blanc. Elle se tourne vers son peintre, on dirait qu’elle lui rend son regard sans faire retomber la grâce de son bras ganté. Madame est délicate, comme l’était vingt ans plus tôt La dame au gant de Carolus-Duran. Ce dernier est la première référence de Cross.

La délicatesse du portrait d’apparat est un modèle clair, ici. Mais Cross abandonne les premières sobriétés de la ligne au profit de celles de la géométrie. Pour sa composition, il multiplie les études, respecte le nombre d’or. Il mesure, divise, il pointille le blanc pour modifier les couleurs.

Un an plus tôt, Cross peignait en Provence des Femmes liant la vierge où les feuilles comme des paillettes vibraient jaunes, vertes. Un an plus tard il peindra Les Îles d’or, résumant les îles d’Hyères par l’horizontale. Des boules qui roulent vers une quasi-abstraction… C’est d’une simplicité radicale.

Mais en 1891 tout se dénoue encore. Peu après l’ouverture du Salon des Indépendants, Georges Seurat meurt et Camille Pissarro écrit : « c’est fini le pointillé, mais je pense qu’il se dégagera d’autres conséquences qui seront d’une très grande conséquence plus tard pour l’art. » Cinq ans après l’exposition de l’œuvre manifeste du peintre, Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte, Henri-Edmond Cross présente son premier tableau néo-impressionniste[1].

Henri-Edmond Cross, Les Îles d’Or, 1891-1892, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

En un an donc, Cross a condensé son art. Il l’a affirmé. Mais pas au soleil, pas devant la mer ni dans les champs d’Arcadie. Pour genre, il a choisi le portrait. Pour paysage, Madame Hector France, Irma Clare. La femme est son motif de manifeste. En 1893, Cross l’épousera. Puis il s’installera avec elle dans le midi de la France, emportant le portrait et le début d’une nouvelle manière de peindre la vie !

C’est aussi le début d’une nouvelle amitié avec Signac, comme un nouvel engagement esthétique. Les deux peintres forment un tandem, sur les bords de la Méditerranée ils exaltent les « conséquences » de l’œuvre de Seurat. Oui, Cross s’efforce de « désencrotter » sa cervelle des enseignements académiques. Il note plutôt dans ses carnets les mots de Seurat : « il disait […] que sa vision lui faisait concevoir les valeurs avant les lignes, qu’il ne lui vient jamais à l’idée de commencer une toile par un trait. » Et il cherche la lumière pure. À la retenir. Pour ce faire, il ne se jette pas sur l’horizon, il l’observe longuement pour en extraire la plénitude.

Sur le portrait de Madame Hector France, sa manière s’accorde encore en mineur, elle déroule en nocturne des lignes décoratives. Mais Cross est en marche vers la joie de peindre, vers la couleur harmonieuse. Bientôt la sensualité sera franche et tout à fait moderne…

[1] Marina Ferretti Bocquillon, « Henri-Edmond Cross, peintre néo-impresionniste », Henri-Edmond Cross, Peindre le bonheur, Paris, Musée des impressionnismes Giverny, p. 90

HENRI-EDMOND CROSS

27/07/2018 > 04/11/2018

Musée des impressionnismes

GIVERNY

Consacrée au peintre néo-impressionniste Henri-Edmond Cross (1856-1910), l’exposition retracera l’ensemble de la carrière de l’arti...

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