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FUKAMI, une plongée dans l’esthétique japonaise

Anne Malary 30 juillet 2018

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Hôtel Salomon de Rothschild, 8e arrondissement néoclassique. Galerie en encorbellement, cheminée Louis XIV et reliefs Pigalle. Ce lieu doré condense la saison culturelle « Japonismes 2018 » marquant le 160e anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la France. Les salons de l’hôtel renvoient les échos d’œuvres millénaires et contemporaines. Dans la chambre d’Hélène, douze estampes d’Hokusai trouvent une alcôve bleue. C’est le pic d’un archipel artificiel…

Relatum Dwelling, ardoises, 2018, Lee Ufan – Photo © Graziella Antonini

Dans l’art japonais, on dit que l’âme est humide car elle révère les supériorités de la Nature. Au sous-sol de l’hôtel de Salomon de Rothschild, le grand salon accueille un nuage de mousse, un monstre qui se meut dans un total bleu. Ses bulles liquides touchent notre épiderme. C’est l’image d’un monde qui flotte pour de vrai. Comme si son auteur, Kohei Nawa, avait incarné puis métamorphosé les vues du mont Fuji. La peau humide, contaminé on est captif. Assez pour être mené sans résistance d’une surprise à un autre « oh ! »

On traversera sans s’en apercevoir tous les climats. Le lien entre eux, c’est l’esthétique. « C’est dans cette zone de flottement où les pôles opposés deviennent les deux facettes d’une même pièce qu’elle s’épanouit », écrit la commissaire de l’exposition Yuko Hasewaga, directrice artistique du musée d’art contemporain de Tokyo. L’exposition crée des frottements entre des œuvres éloignées par le temps ou les continents. Elle ajoute ainsi au lieu le charme de l’inattendu. Une atmosphère superbe.

Révélation

Désorienté, on n’a d’autre choix que de s’accrocher aux liens plastiques qui relient les œuvres entre elles. Le décor cordé des poteries japonaises dites « Jômon » justes posées à l’air libre, est comme le corps des robes exposées à l’arrière-plan. Des carapaces de colombins.

Mais les poteries « Jômon » datent d’il y a 5 000 ans et constituent le trésor national le plus ancien du Japon. Elles ont inspiré le styliste contemporain Kunihiko Morinaga, qui a réalisé les robes figées en denim laminé avec Kohei Nawa, sculpteur. C’est le motif qui confond la matière et fait la peau de l’objet. C’est lui qui noue un accord libre et actif. Il prolonge ainsi sa durée de vie.

Anrealage 2017-2018, collection ROLL, collaboration avec Nawa Kohei, Poterie de type « flammes », Trésor national, Poterie de type « couronne », Trésor national, Fragments de poterie, 3500-2500 av. J.-C., Musée municipal de Tokamachi – Photo © Graziella Antonini

Ce peut être l’inverse, la matière peut faire flotter l’image. Surtout s’il s’agit de laque. Enduite d’une couche de sève de laquier, la surface du bois devient lisse, dure et lustrée. Sur le noir les figures émergent, hésitent entre le vide et les longues palmes. On croit reconnaître cette dernière plus loin, devant une peinture d’Itô Jakuchu (XVIIIe siècle). Mais ce sont des rouleaux de soie.

Les branches d’un prunier continuent la robe d’un coq. Il y a comme sur les grands paravents en laque du XIXe siècle une composition virtuose avec le vide, et quelque chose de versatile. Une compréhension de la texture. Après le motif, la comparaison sobre des matières produit son effet de révélation.

Foam, 2018, Kohei Nawa – Photo © Graziella Antonini

Disparition

Cet effet prend aussi son épaisseur dans le dépouillement, au sens que lui donne la culture zen. Dénué de son luxe au sol le salon d’honneur paraît plus étrange. L’artiste sud-coréen Lee Ufan y a posé une terre d’ardoises. Ce minimalisme transmet le sentiment de la matière. On tangue sur les pierres qui se heurtent, qui se brisent, qui détonnent entre moulures et dorures.

On dirait que le jardin rocheux de Ryoan-ji, au nord de Kyoto, se superpose au décor. Lee Ufan « ouvre un lieu » vibrant. Si l’artiste brise un morceau de roche, c’est pour le recomposer en suivant les formes de la fissuration de la pierre. La destruction s’ordonne à l’espace qui pré existe. Lee Ufan fait disparaître les lignes artificielles et nous donne la sensation de fouler un autre site.

Echoes Infinity, 2018, Shinji Ohmaki – Photo © Graziella Antonini

Ce sentiment essentiel, élémentaire, est aussi l’esthétique du photographe Hiroshi Sugimoto. Sa série Seascapes montre les différentes mers du monde prises en pose longue, « par tous les temps, en toute saison et heure de la journée ». Sous un même verre transparent, les clichés s’alignent distinctement. Devant l’Atlantique, face au Pacifique ou à l’océan Indien, la constante est toujours l’horizon. Sous voile, sous tempête ou très nette, la ligne tient le vent. Car de loin c’est elle que l’on retient malgré toutes ses oscillations.

Dès l’atrium de l’hôtel Salomon de Rothschild, il fallait aussi s’éloigner de l’évidence. Echoes Infinity tapisse le sol de pigments minéraux. Au rez-de-chaussée le sable coloré plaque un pochoir sur du feutre blanc. Mais d’en haut, accoudé à la balustrade, on lui trouve la splendeur d’un halo. Les fleurs, les oiseaux dynamiques renvoient les décors qui encadrent le plafond. Ils réverbèrent les souvenirs de l’artiste. Shinji Ohmaki allonge le temps et fait miroiter son enfance florale au village natal.

Pour le ressentir il faut prendre le temps, faire confiance à l’œil et au lieu qui nous offrent plus d’un décor, plus d’un écho.

Peintures d’Isson Tanaka (1908–1977) – Photo © Graziella Antonini

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