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Picasso et la danse, une histoire de cœur

Aurélia Antoni 20 juillet 2018

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Sa collaboration avec l’Opéra de Paris débuta en 1962 lorsque Picasso réalisa le décor et le rideau de scène pour le spectacle ailé Icare. Aujourd’hui, c’est au tour de l’institution de célébrer le maître espagnol et son rapport avec le monde dansé. Avec l’aide de la BnF, plus de 130 oeuvres et documents illustrent une poésie du mouvement, un goût pour la narration mythologique et une esthétique de la sensualité. Retour sur une thématique phare de l’art picassien…

Attilio Labis dans le rôle-titre d’Icare, Palais Garnier, Paris, 1962 © Roger Pic / BnF / Bibliothèque-musée de l’Opéra © Succession Picasso 2018

Durant l’hiver 1915, les tragédies s’enchaînent pour Picasso. La guerre lui arrache ses amis partis au front et Eva, la femme qu’il aime passionnément, décède de la tuberculose. Alors, lorsque Jean Cocteau l’aborde et lui propose un projet de décor et de costumes pour le prochain ballet du célèbre Serge Diaghilev, le peintre accepte sans hésiter. En février 1917, il part s’installer à Rome où la troupe demeure. 

Dans la capitale italienne, Picasso reprend peu à peu goût à la vie après deux années de tristesse et de deuil. Fasciné par l’excellente troupe de danseurs des Ballets russes, c’est tout un monde artistique qui se déploie sous ses yeux, alimenté par la beauté des corps des statues antiques qui habitent la ville. Le corps dansé l’envoûte, mais aussi le mode de vie bohème et nomade des saltimbanques. Il s’identifie même à Arlequin qu’il juge « double mélancolique » et explore, comme tout au long de sa collaboration avec les Ballets russes, les qualités graphiques et plastiques des costumes scéniques.

Pablo Picasso, Centaure dansant, fond noir, octobre 1948, lithographie, BnF, Estampes et photographie © Succession Picasso 2018

Mais le 17 mai 1917, Parade n’est pas bien accueilli par le public, trop novateur sans doute pour les hautes classes parisiennes, que ce soit dans la tumultueuse narration, dans la musicalité osée d’Erik Satie ou dans les costumes cubistes de Picasso. Pourtant, trois ans avant l’apparition du mouvement, Guillaume Apollinaire qualifie les personnages créés par l’artiste de « surréels ». D’ailleurs, en 1920, Diaghilev reprendra le ballet dans un contexte de paix et d’acceptation grandissante du cubisme, ce qui vaudra au spectacle d’être qualifié de « révolution du ballet moderne ».

En cœur nomade, Picasso tombe amoureux d’une danseuse de la troupe de Diaghilev, Olga Kokhlova. Et lorsque la compagnie part pour l’Amérique du Sud, Olga décide de rester auprès de son amant. Le 12 juillet 1918, les amoureux se marient à l’église russe de la rue Daru à Paris. Le train de vie de l’artiste change alors radicalement. Le couple emménage dans un immense appartement du huitième arrondissement et s’engage dans une vie mondaine et conventionnelle. 

Un an plus tard, Diaghilev rappelle Picasso pour un ballet entièrement espagnol, le Tricorne. L’artiste conçoit alors des décors mesurés et sobres, pour mieux contraster avec les costumes vifs des personnages. Les dessins préparatoires sont déjà vibrants de couleurs et de graphismes. Mais c’est aussi l’occasion rêvée pour l’artiste d’exprimer sa passion pour la corrida. Le rideau de scène se pare ainsi d’une arène peuplée, et matador avec picador dansent au milieu des villageois. Plus tard, il illustrera avec tout son génie le potentiel dansé qu’entretient la tauromachie. Les corps des banderilleros s’élancent et se courbent pour mater le taureau affaissé. 

José Martinez (le meunier) dans Le Tricorne, Palais Garnier, Paris, 2009 © Ann Ray / Opéra national de Paris © Succession Picasso 2018

En parallèle des Ballets russes, Picasso peint sous deux soleils : celui du réalisme et celui du cubisme. Après l’arrivée au monde de son fils, le réalisme prend le dessus pour représenter fidèlement les différents membres de la famille. Mais le bonheur conjugal prendra fin brutalement. Pour l’artiste, la mondanité, le caractère autoritaire d’Olga et son manque de considération pour l’art de son mari finiront par l’étouffer. Alors au mois de juin 1925, Picasso explose… Dans l’art bien sûr ! Il peint un tableau révolutionnaire, considéré par certains comme le début du surréalisme, Les trois danseuses. La vivacité des couleurs, les corps écartelés et les traits bariolés des visages bouleversent le public surpris par une nouvelle rupture de style.

Mais Picasso ne s’arrête pas là dans la représentation de la danse. Dans les années 40, il s’adonne à la représentation de scènes bacchanales, ces fêtes débridées dédiées au dieu du vin et du théâtre Dionysos-Bacchus. Les femmes enivrées et danseuses appelées Bacchantes séduisent par-dessus tout l’imaginaire de l’artiste. Le classicisme tiré de la mythologie greco-latine intervient alors dans l’art picassien, revisité avec le plus grand des talents. Le dessin, le clair-obscur et la cambrure des personnages investissent l’espace du support. L’oeil se délecte devant ce spectacle de tracés foisonnants. Le maître revisite aussi ses icônes dont Poussin, en réécrivant le Triomphe de Pan à la manière cubiste. Une belle célébration en l’honneur de la Libération de Paris.

Pablo Picasso, Trois danseuses [1919-1920], crayon graphite sur trois feuilles de papier raboutées Musée national Picasso-Paris, Dation Pablo Picasso, 1979 © Succession Picasso 2018

Au cours de sa vie, Picasso lui-même fut souvent photographié dansant librement. Lorsque Gjon Mili invite l’artiste à s’essayer au light painting à l’aide d’un crayon lumineux, le génie dévoile son trait continu mais aussi sa connaissance de l’espace. Au lieu de dessiner en lumière comme on dessinerait sur un carton, il simule une sphère dans laquelle il jette ses courbes enivrantes.

Durant les années 60, dernier pas de bourré. Tout s’érotise. La sensualité dansée s’exacerbe avec l’apparition des attributs sexuels. Les formes des danseuses orientales se disloquent, les circassiennes aux ailes d’ange exhibent leur sexe. Le spectateur est souvent représenté, magnétisé par la scène de danse tel Hérode face à Salomé. Une mise en abîme de son propre regardeur, devenu voyeur l’espace d’une minute. Picasso a plus de quatre-vingts ans. Le cœur maltraité, il s’attarde sur ses penchants sexuels qui le rapproche de son double, le Minotaure. « Tout acte de création est d’abord un acte de destruction », dit-il en écho à l’acte sexuel. Picasso et la danse, vers une esthétique de la lubricité ?

PICASSO ET LA DANSE

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