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Roberta Marrero au Transpalette de Bourges : « Liberté, égalité, transsexualité »

Aurélia Antoni 13 juillet 2018

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Rien ne prépare au raz-de-marée provoqué par Roberta Marrero. D’origine espagnole, cette ancienne actrice et chanteuse s’en prend à la société clivante, aux fascistes, aux représentations de la femme, à l’Hollywood sexiste, à l’extrémisme… Bref, à tout ce qui tourne mal autour de nous. En combinant dessins, collages et écritures, elle transmet à chaque composition un message fort et esthétique. Les mots sont détournés, tranchés, drôles. Et ça fait du bien. 

Exposition « Legendary bitches » au Transpalette de Bourges © Exponaute

Murs de salopes

Ça commence fort avec le titre de l’exposition, « Legendary bitches », « salopes légendaires » en français. Mais pour Roberta Marrero, le terme « salope » est bien plus équivoque qu’il n’y paraît. C’est une manière de reprendre le pouvoir sur l’insulte populaire, une anticipation de son utilisation par les autres, et surtout par les hommes. Ses « salopes légendaires » peuvent être en vérité de tout sexe, malfaisantes ou géniales. On parle d’Hitler ou de Bowie, de la reine Elisabeth ou de Mao Zedong, de Barbie mais aussi de Klaus Barbie.

Autre exemple pour mieux saisir la logique, celui de Donald Trump. Pour l’artiste : « Il est juste idiot. Melania par contre, est une vraie salope. Mais une salope intelligente. » Picasso non plus ne mérite pas l’insulte, mais presque… « C’est un misogyne et un con. Il traitait les femmes de manière irrespectueuse et pourtant, il est toujours considéré comme le plus grand artiste au monde. » explique Roberta Marrero.

Butch Divin

Contrairement au président américain absent des murs, le génie espagnol lui, se retrouve plusieurs fois photographié, en train de dessiner un sexe en érection ou devant une œuvre typographique où il est inscrit « My pussy my power » (« ma chatte mon pouvoir »). Tout est dit. 

Ainsi, la salope n’est plus genrée. C’est Franco travesti, Warhol en drag-queen RuPaul, Bowie révélé dans sa bisexualité. Roberta utilise le pop art, les images de pouvoir, l’histoire de l’art, la publicité avec un seul mot d’ordre que l’on retrouve sur certaines compositions : le sabotage. « Elle accroche des nœuds Hello Kitty dans les cheveux d’Adolf Hitler » s’exclame Virginie Despentes. Elle travestit les hommes, mêle les références, fait parler les personnages. La publicité de l’homme des années 60 devient l’égérie d’une couverture Playboy par l’intervention du dessin, Lady Di se fait bâillonner par un bandana du drapeau britannique attaché autour de sa bouche. 

Colliers de fer

La femme revêt les rôles qu’on lui associe. Fatale, nue, hollywoodienne, sérieuse, rebelle, androgyne. Les idéaux changent avec la Grande Odalisque cernée de femmes nues contemporaines. Les icônes se succèdent et se font maltraiter, comme la reine d’Angleterre affiliée au fascisme ou Frida Kahlo dont le visage est recouvert de fleurs. L’image de la femme dépasse même la femme en soi. Seule Marlene Dietrich est épargnée car l’artiste reste admirative de son engagement féministe.  

Exposition « Legendary bitches » au Transpalette de Bourges © Exponaute

Finalement, la misogynie et le patriarcat n’ont plus leur place sur ces murs mauves obtenus à égalité de bleu et de rose. Une femme agenouillée, baisant un pied masculin sur une peinture classique se fait tourner en ridicule par le collage d’une publicité pour chaussettes. Le jeune Arnold Schwarzenegger se retrouve lié à l’injonction « mouille-toi les lèvres et fait l’amour à la caméra ». La société nous fait vendre le sexe, nous enferme dans des identités et nous empêche de nous exprimer librement. Alors, face à ces carcans, Roberta ose, avec son élégance naturelle et la plus grande esthétique, prononcer les mots « porno gay », « chatte », « salope » et « fasciste ». Puis solutionne par la voie du rassemblement. « Our hearts beats in unison » (« Nos cœurs battent à l’unisson ») écrit-elle trois fois sur un collage. Encore une fois, tout est dit. 

Peurs enfantines

La profusion des créations pourrait tendre à l’obsession ou au systématisme mais ce sont réellement 200 dessins et autant de messages différents. Plus on observe l’univers de cette femme transgenre, plus on décèle une peur du futur, des autres et des gouvernements. Les références à l’enfance sont nombreuses et révélatrices. Les petites filles sont souvent abîmées, comme Dorothée du Magicien d’Oz, vêtue d’une veste de cuir et bordée par des symboles de vanité. Ou Alice au pays des merveilles entourée de bustes masculins dénudés, de signes politiques ou religieux comme tatoués sur sa peau. L’innocence perdue, l’adolescence destructrice sonnent le glas d’une vie achevée. Roberta crée des monstres, des candeurs perdues et détruites dans le tourbillon de la vie. Comme le sien peut-être, son passé rêvé de petite fille réduit à néant par une société rigide. 

Roberta Marrero fait de ses oeuvres une autobiographie où chaque page dévoile un espoir, une angoisse, une fascination. 1972, sa date de naissance, se retrouve inscrite sur la majorité des supports, un chiffre à chaque angle ou rassemblée à la manière de rituels sataniques. C’est la preuve de ses mémoires, ses débuts dans un corps qui n’est pas le sien, et peut-être une manière d’assumer pleinement son âge de femme si peu acceptée autour d’elle. 

Salomé

Les chiffres et les transformations reviennent, forment des lieux communs dans ce riche corpus d’images. Le triple six, le troisième oeil et les références à l’occultisme. La part d’ombre qui se cache en chacun de nous entre en écho avec les grands complots de l’univers. Les yeux lorsqu’ils sont deux, pleurent souvent, aiment et pénètrent grâce à des faisceaux lumineux. Les âmes percées à jour s’illustrent par des regards entrecoupés ou perforants. Le bleu et le rose se confondent. La larme n’a pas de sexe, le regard amoureux non plus.

Au Transpalette de Bourges, Roberta Marrero n’est pas la seule à construire une narration féministe. Après le château de Chambord, Jérôme Zonder investit les étages du bâtiment de son originale écriture. On ne peut ainsi s’empêcher de constater une similarité chez les deux dessinateurs, dans la manière de boire les images générées par l’Histoire et la société. Qu’elles nous construisent ou nous déconstruisent, ces images sont désormais modifiées par leurs mains, jusqu’à en faire de précieuses réminiscences artistiques. 

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