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« Même pas peur ! » à la Fondation Bemberg : fondre la mort dans le décor

Anne Malary 12 juillet 2018

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L’Hôtel d’Assézat à Toulouse abrite la Fondation Bemberg. Cet été, il loge aussi sous son sol la collection de la baronne Henri de Rothschild (1874-1926) prêtée par le Musée des Arts Décoratifs de Paris. Aux étages, la vanité se confond avec les murs, les étoffes, dans des œuvres anciennes et contemporaines. Le décor dans son jus accueille deux fois le jeu de la mort !

Vitrine des vanités présentée au sein de l’exposition « Même pas peur ! » – Fondation Bemberg © Felipe Ribon

Collection macabre

Franchir le grand portail, tomber dans la cour d’honneur. L’Hôtel d’Assézat, angles et pierres Renaissance, rosit sous le soleil. Mais dans ses caves voûtées il recèle le noir et le blanc.

La collection de la baronne Henri de Rothschild réunit 180 pièces. Des crânes posés sur des rocs blancs, des grains de chapelet, fragments de crucifix, crânes d’Adam. Des épingles de cravate roulant des yeux, claquant des dents. Une montre qui cliquette mécanique sous un crâne d’argent. Des sculptures tournant doucement sous des cloches de verre.

Il y a aussi des netsuke et des okimono japonais. Ils matérialisent un crâne blanchi laissé au sol et aux herbes folles, sorti de la légende de deux poètes de l’époque Heian[1]

Une nuit, Awara no Narihara entendit sur la lande une voix récitant le début d’un poème :

« Le vent d’automne

Quand il se met à souffler

Ah mes yeux ! mes yeux ! »

Il ne vit qu’un crâne abandonné. Le lendemain matin, des roseaux sortaient des orbites vides : le chant était la plainte des tiges bruissant sous le vent. On lui apprit que la vieille poétesse Ono no Komachi était venue finir ses jours ici. Narihira composa la fin du poème :

« Je ne parlerai plus d’Ono

De cette lande

Les roseaux ont poussé. »

Okimono, Ivoire, Japon, XIXe siècle, Legs baronne Henri de Rothschild, 1926, Musée des Arts décoratifs, Paris © Felipe Ribon

D’où vient que Mathilde, épouse d’Henri de Rothschild, souhaite se souvenir de ce crâne et collectionner ce thème macabre ?

En son temps à Paris, on rit dans des cabarets déguisés en cimetières avec les garçons habillés en croque-morts. On participe parfois à des séances de spiritisme, et Sarah Bernhardt incarne Hamlet à la scène[2].

Et en 1926, on peut lire dans Le Cousin Pons, revue des collectionneurs, des amateurs d’art et de curieux un tel article nécrologique :

« Alors que la plupart des femmes s’amusent à réunir dans des vitrines des bijoux, des éventails, des nécessaires à ouvrages anciens, la baronne Henri […] prenait plaisir à collectionner de minuscules têtes de mort en toutes matières. Littéralement passionnée par la chasse de ces bibelots, elle avait réuni tout ce que l’art japonais a produit dans le genre le plus étonnant et aussi le Moyen Âge et la Renaissance. »

On garde peu d’informations sur le mode opératoire de la baronne, qui semble acheter à tout-va, parfois en doublon, sans la rigueur d’un strict collectionneur. On ignore d’ailleurs comment elle a collecté la majeure partie de ses objets.

Il y a enfin des pendants, des breloques qui luisent, des parures de rubis, de cristal de roche, et même de corail que l’on appelle peau d’ange… Au milieu, Mathilde de Rothschild semble une reine dans son cabinet curieux, souterrain et surtout très secret.

Vitrine des vanités présentée au sein de l’exposition « Même pas peur ! » – Fondation Bemberg © Felipe Ribon

Hôtel très particulier

Au premier étage de l’Hôtel édifié au XVIe siècle, les salles donnent l’impression d’être restées dans leur jus séculaire. Mais parmi leurs meubles sont accrochées des peintures anciennes ainsi que des créations contemporaines qui partagent pour sujet l’allégorie de la vanité. Le crâne de la Renaissance à nos jours se décline dans les ailes de l’édifice qui conserve la collection Bemberg.

Dans la salle vénitienne, face aux vues de Canaletto et Guardi il y a un Punto endormi sur un crâne d’après Luigi Miradori. Sous un lustre rose et bleu, une composition macabre signée Erik Dietman. Par une faille spatio-temporelle, dans la Ca’ Rezzonico a fleuri une interprétation contemporaine…

Gerhard Richter, Skull, 1983, Musée départemental contemporain de Rochechouart © collection Musée départemental d’art contemporain de Rochechouart © Gerhard Richter 2018 (0304208)

Le thème de la vanité qui illustre l’impermanence de la vie humaine se développe surtout au XVIIe siècle en Hollande, puis se cultive au Nord comme au Sud de l’Europe. Il atteste la communauté de pensée entre protestants et catholiques et leur foi en les symboles. Ce n’est pas un genre pictural, mais plutôt un sujet de méditation[3].

Le crâne est son image la plus immédiate. Dans l’Hôtel d’Assézat, il ajoute du vide au décor de cabinet de curiosités car l’art contemporain y pose son tabou, et sa charge nihiliste.

Le néant chez Gerhard Richter est mis en scène par l’économie de l’écran derrière un crâne renversé. Cette toile floue, de perle quasi translucide, vibre silencieusement contre une tapisserie dorée. À ses côtés, la Paysanne à la coupe de fruits de Nicolas Tournier laisse resplendir sa robe rouge XVIIe. Elle est pour un même fond sobre un double de vie.

Vue de l’exposition avec Gants-tête, Annette Messager, 1999, Collection A-M et M Robelin

Dans un miroir à parcloses se reflète un Vieillard méditant sur une tête de mort. La peinture de Bernhard Keil observe l’humilité de ses rides entre des écoinçons à rinceaux et palmettes, alors que d’autres temporalités se regardent dans la galerie des portraits…

Là les murs tendus de vert semblent continuer le fond d’une nouvelle acquisition : L’Enfant Jésus se blessant avec la couronne d’épines dans un paysage de Francisco de Zurbarán. Lumière diffuse, geste maniériste, douces couleurs de la province du peintre, Badajoz. Le doigt piqué de l’Enfant annonce les douleurs à venir et pointe un crâne de Gabriel Orozco en damier. Il est accroché en face au-dessus d’un meuble accordé, marqueté de rosaces blanches et noires.

Par la science de chaque détail, la Fondation Bemberg réussit décidément son décor bizarre !

[1] Léonore de Magnée, « Les crânes japonais : une autre vision de la mort », Même pas peur ! Collection de la baronne Henri de Rothschild, Paris, Somogy, MAD, 2018

[2] Sophie Motsch, Andrew Gentry, « La jeune fille et la mort : la collection de la baronne de Rithschild », op. cit.

[3] Philippe Cros, directeur de la Fondation Bemberg

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