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Peindre les courses à rebours

Anne Malary 10 juillet 2018

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Cet été, le Domaine de Chantilly expose un thème moderne : les courses hippiques. Sur le lieu qui s’imposa comme un champ de courses de référence, les cimaises ondulent des robes brunes. Elles nous guident de la peinture anglaise de la fin du XVIIIe siècle aux découvertes photographiques de Muybridge. Entre elles, les toiles signées Degas, Manet, gardent l’attrait des premiers galops. Et l’on se plaît à revenir au cœur du Jeu de Paume pour revoir le chef-d’œuvre de Géricault.

Alfred de Dreux, Course de chevaux, Louvre, Paris © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Jean-Gilles Berizzi

Le galop véritable

Le 18 juin 1878, la pouliche Sallie Gardner traverse au galop un couloir de fils. Quand elle détache ces liens, elle déclenche les obturateurs des chambres photographiques auxquels ils sont reliés. Derrière chaque fil, un opérateur développe la plaque de l’appareil.

Le photographe américain Eadweard Muybridge décompose et recompose ainsi la foulée du cheval. À aucun moment les fers de ce dernier ne sont en l’air. Bien vite, on en parle dans les journaux, les cafés, les salons, les hippodromes… les ateliers de peinture avaient donc tort !

En France, Étienne-Jules Marey, physiologiste, avait déjà tenté d’élucider la question : le cheval vole-t-il comme sur les tableaux de Géricault ? Avec des capteurs fixés sur les sabots des chevaux pour enregistrer la cadence des allures, il atteint la véracité du mouvement. Il en est convaincu, ce n’est pas la peinture, c’est la machine qui a raison.

Eadweard Muybridge, Animal locomotion : horses, 1887, Collection La Cinémathèque française © Patrice Schmidt – La Cinémathèque française

Le Domaine de Chantilly expose ces démonstrations. Mais il révèle aussi que ce qui intéresse la peinture moderne n’est pas la justesse. C’est la vision, la vitesse, l’envol.

Et c’est bienheureux, car sinon, on n’aurait pas une si grande sensation de fulgurance face à une petite huile sur bois signée Gustave Moreau. Où le vent glisse et les chevaux l’affrontent, s’y fondent, le confrontent…

Si l’on pose les yeux sur les tribunes alentours, on sent qu’elles crépitent. Dans les Courses de Manet, les chevaux sont des silhouettes qui arrivent au loin, jambes en tous sens. Ils sont un sujet que regardent surtout la foule et les cavaliers dans leurs tenues modernes très colorées. Mais pour le peintre, le sujet c’est le direct de l’événement, l’esthétique de ce loisir et des gens.

Édouard Manet, Les courses, 1884, Paris, Bibliothèque nationale de France, Département des Estampes et de la Photographie © BNF

Degas, lui, s’intéresse au moment précédant la course. Pour modeler les pur-sang, il analyse leur anatomie puis les cabre. Il retient leur mouvement nerveux jusqu’au moment d’insinuer l’attente du départ sur la toile. C’est cette atmosphère qui donne leurs lignes aux cavaliers et à leurs montures, qui ploie aussi les diagonales, les ombres et organise les strates du paysage.

Plus tôt, reproduisant l’allure des chevaux le plus fidèlement possible, Ernest Meissonier fixait l’impression et dépassait la perception. Mais à l’instant t l’œil ne saisit pas le détail de la voltige des chevaux. Et de fait, quand Alfred de Dreux débride et varie les sauts, ses chevaux volant au-dessus des haies gagnent au jeu de la spontanéité.

Degas, Manet, De Nittis, Toulouse-Lautrec, Forain… gardent aussi la vision de Géricault. Ils comprennent la trouvaille de la photographie, mais ne retiennent pas cette science. Rodin non plus, qui déclare : « C’est l’artiste qui est véridique et c’est le photographe qui est menteur : car dans la réalité le temps ne s’arrête pas […][1]. »

Géricault Théodore, Course de chevaux dit Le Derby de 1821 à Epsom, Paris, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Anatomie de l’envol

Géricault a raison, donc, quand il peint le Derby de 1821 à Epsom, le « galop volant » et cœur de l’exposition.

Voilà le premier grand tableau de course en France. La description atmosphérique, verte et bleue, est si lourde, humide et lumineuse sur le mur brun ! On y sent l’orage qui point et la fureur des chevaux souffrant sous le mors, sous la tension, sous le temps. Le peintre apporte la sueur et l’écume, la peur et la violence, les coups de cravache au moment.

Géricault donne le cadre et l’allure à une invention moderne, le pur-sang anglais. Ce cheval est parfait. Quand il accélère pour atteindre sa vitesse de croisière il peut sprinter sur 1800 mètres. En plein vol, tous fers tendus au-dessus du sol.

Si ce galop est en réalité physiquement impossible, il permet à Géricault de peindre la sensation et l’instantané du mouvement de la course à l’arrivée.

Stubbs George, Portrait d’Assheton, 1er Vicomte Curzon, avec sa jument Maria, Paris, musée du Louvre© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

En 1821, le peintre est à Londres. Il y a rencontré le marchand de chevaux John Elmore qui l’héberge au-dessus de ses écuries et le mène à l’hippodrome d’Epsom, 2 400 mètres de parcours, haute colline, gazon impeccable et foule en liesse. Mais Géricault ne peint pas ce lieu. Le titre de son œuvre est trompeur car l’artiste décrit plutôt un tableau de course générique pour John Elmore.

Chaque peintre qui voudra faire un tableau hippique regardera désormais ce repère. Car Géricault a intensifié une manière inédite pour un thème anglais moderne – les loisirs équestres – et l’a imposée en France.

À Chantilly, ce sont les œuvres du peintre anglais George Stubbs qui ouvrent les courses. L’artiste – que Géricault copie à Londres – se consacre à la dissection et dessine les chevaux. Une cimaise en courbe réunit en un cycle ces couches anatomiques. En face, ses sujets posent devant les domaines de leurs propriétaires comme des gravures de mode, de fixe précision. Mais en 1791, leur auteur est le premier à oser détacher le cheval du sol et à l’allonger. C’est Baronet, champion du roi George.

« Si le cheval ne touche plus la terre, c’est qu’il vole. C’est le galop volant[2]. »

Théodore Géricault, Cheval de trait au galop, Entre 1810 et 1816 © RMN-Grand Palais (domaine de Chantilly) / René-Gabriel Ojéda

Géricault pousse cet effet de course au climax. Quand en France, les loisirs hippiques deviennent un phénomène moderne, on suit toujours son modèle. Et c’est à son Derby que dans l’exposition la scénographie de percées et de courbes nous ramène toujours !

Le musée Condé, voisin du Jeu de Paume, présente aussi l’œuvre graphique de Géricault avec des lithographies et dessins originaux provenant des collections d’Henri d’Orléans, duc d’Aumale. Une exposition précieuse qui suit les lignes d’un génie romantique depuis les courses italiennes de chevaux libres…

[1] Auguste Rodin, L’Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Paris, Bernard Grasset, 1911.

[2] Christophe Donner, « Peindre le galop », Peindre les courses, Domaine de Chantilly Flammarion, 2018

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