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Raoul Dufy, les couleurs et les gens de Perpignan

Anne Malary 4 juillet 2018

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« Un lieu de passage ». C’est ainsi que l’on s’imagine souvent Perpignan aujourd’hui, selon les mots de son maire. On passe, on part à Céret ou à Collioure, on rejoint Montpellier. Mais la ville fut un lieu de résidence pour quelques artistes. Raoul Dufy y vécut dix années de sa vie. Le musée d’art Hyacinthe Rigaud expose ses Ateliers de Perpignan. Il y en a deux, le peintre les a déclinés et y a dessiné ses amis.

L’atelier aux raisins, 1942, Collection Lyon, musée des Beaux-Arts © ADAGP, Paris, 2018 © photo Lyon MBA /Alain Basset

« […] je le mènerai au Paradis des papillons »

La Promenade des Platanes à Perpignan est appréciée pour la fraîcheur de ses grands arbres qui ondulent leurs branches pour ombrer les silhouettes passantes. En 1942, l’atelier de Raoul Dufy, rue Jeanne d’Arc, est situé à proximité. Le peintre, quand il se rend sous les platanes, dessine les allées, l’agrément des bancs publics et l’aménagement à l’anglaise des parterres fleuris. Ses lignes tracent autant les contours que les surfaces. Il y a quelque chose d’enfantin dans cette manière de faire des troncs par rayures, de la pelouse par grands traits et les bancs en quelques coups de plume.

Il y a quelque chose de naïf aussi quand Raoul Dufy peint un voilier, un portail, une volière et un petit train fumant sur un chemin de fer. Une petite série de dessins pour les quatre enfants du docteur Pierre Nicolau. Colette, Jacques, Simone et Bernard. Comme eux, il a le goût du jeu et de la fantaisie.

L’artiste se lie d’amitié avec cette famille qui l’accueille à partir de 1940, alors qu’en ce début de guerre mondiale il se réfugie dans le Midi. Il vit durant six mois avec elle. Et la période perpignanaise de sa vie ne s’achèvera que dix ans plus tard, quand il partira pour les États-Unis.

L’exposition du musée Hyacinthe Rigaud présente les amis que Raoul Dufy rencontre sous le soleil. Et ce sont de tendres visions.

Dans la grande demeure bourgeoise des Nicolau, le peintre fait les portraits de la famille. Celui de Bernard à la mine graphite est un doux poème qui glisse, fait le tour du visage et comme un calque trace les lignes d’une jeune âme rêveuse. L’artiste y inscrit : « à mon grand garçon adoptif ».

Plus loin, Le Jardin de Bernard concentre toute l’affection de Dufy pour l’enfant, ses loisirs et son imagination. Il lui offre en deux dimensions quelques aloès, une vache et trois personnages cernés dans un petit parc. Dufy se souvient peut-être des jardins de salon qu’il a réalisés en 1927 avec le céramiste Josep Llorens Artigas et l’architecte paysager Nicolau Maria Rubió i Tudurí.

Au frère de Bernard, Dufy offre des ailes. Il écrit à monsieur et madame Nicolau : « Si Jacques vient je le mènerai au Paradis des papillons il pourra contempler les espèces les plus belles et augmenter sa collection »…

À Perpignan, il y a aussi Berthe Reysz. L’artiste dessine les sourcils de sa compagne en arcs de cercle, comme des accents surlignant l’ourlet mélancolique des paupières. Là aussi, tout tient à la ligne.

Dina Vierny pose pour lui. C’est un Nu superbe, le corps à la diagonale comme un mont tremblé et sensuel. Ce modèle est le dernier de Maillol qui vit depuis 1939 à Banyuls-sur-Mer.

L’œuvre atteste du réseau d’amitié artistique qui épanouit Raoul Dufy comme la géographie méridionale. L’artiste rencontre Willy Mucha. Ce dernier, fou de Collioure, propose aux amis qui lui rendent visite de signer son Livre d’or. Dufy y peint un soleil, des chevaux et une grande coquille. Au-dessus de ces flots bleus il écrit : «  en souvenir des moments de Perpignan de Collioure et d’ailleurs et de toujours ».

Photographe anonyme, Aristide Maillol, Raoul Dufy et Pierre Nicolau conversant, 1942, Archives Nicolau

La couleur libre

À Perpignan, Dufy occupe successivement deux ateliers. Ils sont à la fois les lieux et les sujets de ses peintures. Le premier, au 19 de la rue Jeanne d’Arc et au rez-de-chaussée, est figuré comme déplié. Dufy étend l’espace réel en multipliant les lignes de fuite.

Dans L’Atelier aux raisins se tient une allégorie sculptée de Frileuse. Derrière, au mur, une estampe de Baigneuse et une copie d’après Tintoret.  Sur le chevalet, la peinture d’un violon. On reconnaît les arts de l’auteur. Dufy évoque aussi la vue bien sûr, le toucher en la sculpture, le violon pour l’ouïe, le goût dans les grains de raisins… Voilà une reprise personnelle de deux iconographies classiques : la peinture dans la peinture et la réunion des sens.

Les êtres qui pénètrent l’atelier de la rue Jeanne d’Arc voient leur carnation prendre la couleur du lieu. Berthe Reysz est accordée aux murs, à la chaise, au sol dans un camaïeu chaud, simple et terreux. Plus loin un nu de dos, dans cet espace, voit ses couleurs comme toutes celles du décor absorbées par le plafond comme un écran d’eau.

Raoul Dufy cultive la transparence.

Raoul Dufy, Le modèle dans l’atelier, 1949, Collection Le Havre, Musée d’art moderne André Malraux © ADAGP, Paris, 2018 © photo MuMa Le Havre/Florian Kleinefenn

En 1946 il s’installe au 2, rue de l’Ange, dans un appartement aux fenêtres très hautes donnant sur la place Arago.

« Cet intérieur que vous avez connu de la place Arago contient pour moi tout le Roussillon, avec ses montagnes, ses vignobles et ses rochers, et j’ai avec tous ces travaux faits à Perpignan, la même révélation que Matisse à Collioure. » Écrit-il en 1952 à Ludovic Massé.

Il y a toujours la Frileuse. Mais Dufy s’attache particulièrement à une console néobaroque surmontée d’un grand miroir. C’est la Console jaune. Si jaune, si dorée que Dufy déconnecte son dessin de sa couleur : ce jaune embrase le pan du mur. Il a le ton du pays. Si bien que c’est lui qui donne à l’atelier le « caractère de la lumière de Perpignan » et du paysage du Roussillon entier.

« Est-elle venue de la planche à graver, du « patron » d’imprimerie où le dessin et la couleur ne concordent pas toujours, […] cette séparation du contour et de la couleur [1]? » Graveur sur bois, dessinateur pour tissus, « Dufy dessine en peignant, comme il peint en dessinant »[2]. À Perpignan, cela éclate, flamboyant.

[1] Antoine Terrasse, Dufy Raoul (1877-1953), Encyclopædia Universalis

[2] Ibid.

 

RAOUL DUFY, LES ATELIERS DE PERPIGNAN 1940-1950

23/06/2018 > 04/11/2018

Musée d'art Hyacinthe Rigaud

PERPIGNAN

Réfugié à Céret au début de la Seconde guerre mondiale, Raoul Dufy (Le Havre, 1877 - Forcalquier, 1953), entre en 1941 en relation avec...

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