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Haute Dentelle, hautes illusions !

Anne Malary 22 juin 2018

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La Cité de la dentelle et de la mode de Calais est un podium pour les métiers à tisser Leavers. Depuis ce mois de juin, elle l’est aussi pour la mode en dentelle ultra contemporaine. Deux objets, grammes contre tonnes, liés par la trame d’une exposition qui se passe de mots. La narration est sur les robes, sur leurs capes, leurs volants, leurs écailles, les ornements ! À voir jusqu’au 6 janvier prochain.

Robe en tulle et dentelle Leavers et cape de plumes d’autruche collection haute couture printemps-été 2014 © VALENTINO [dentelles Marco Lagatolla et SOPHIE HALLETTE]

Dans l’exposition Haute Dentelle, il y a une robe bleu nuit fermée sur un fond rouge et serrée à la taille par un cordon noir. Sur cette transparence violine est perforée une sorte de microscopie végétale.

Cette dentelle est une cartographie de l’âme. Plus exactement, elle restitue une macrophotographie de larmes. La maison Darquer traduit en tissu une œuvre de l’artiste américaine Rose-Lynn Fisher. Bertrand Guyon, directeur du style de Schiaparelli, l’a choisi car il aimait sa couleur et sa légèreté. Sur ce vêtement décolleté, plusieurs strates étoffent une vue émotionnelle comme un paysage intérieur vu du ciel.

Topography of Tears, humide manifestation de l’émotion, a donné naissance à Tears and Lace et composé une robe. Le cordon noir est maintenu par une petite main dorée qui serre cette poésie… Le motif parfois renouvelle la dentelle. Des robes collent à la peau comme des paysages.

Robe en dentelle Leavers à motif organique (macrophotographie de larmes), collection haute couture automne-hiver 2017–2018 « Les vases communicants » SCHIAPARELLI [dentelle DARQUER] © SCHIAPARELLI

L’exposition ne parle pas seulement de mode. Elle parle de l’usage qu’en font les créateurs contemporains. À chaque robe correspond un cartel dense qui détaille la pièce et son carré de dentelle : « tout ce qui n’est pas disible entre le textile et le vêtement », explique la commissaire Sylvie Marot.

Pas « disible », pas toujours visible non plus. Sur une grande cape rose Chanel, on ne voit pas d’abord la dentelle sous les broderies de plumes, de laine et de paillettes. Mais le motif ajouré guide le regard qui devine la circonvolution de la fleur d’origine. Chez Louis Vuitton, la dentelle est un tapis de nature sur lequel les feuilles argentées et d’or font le plein et le vide. Pour Iris van Herpen, un créateur a pensé la dentelle comme une fibre de cuir découpée au laser au rythme d’un oscilloscope.

Avec la dentelle, on peut faire de la fleur, des larmes, mais aussi des éclairs, des zigzags. On peut même faire de l’écaille et du déchet – finition et partie à ôter – des éléments décoratifs.

Robe en jersey et dentelles Leavers collection haute couture automne-hiver 2013–2014 « Aphrodite » YIQING YIN [dentelle SOPHIE HALLETTE] © Shuji Fujii

Et puis, comme Yiqing Yin, jouer du long et du court, de la pudeur qui agence l’audace. Dans la dentelle, la créatrice aime « cet aller-retour » et la « rencontre entre le solide et l’évanescent »[1]. Comme en ses robes sur lesquelles la matière semble former le torse jusqu’au haut col, et épaisse, s’interrompre au-dessus de la cuisse, oser fendre sans exhiber.

Au contraire Viktor & Rolf accumulent sous la taille les couches de large tulle, recyclant cette matière nue encore sans ornement. Car la dentelle est d’abord du tulle à motif…

Les heures sous la dentelle

14 maisons, 65 robes ultra contemporaines et 1 200 heures de travail en atelier pour certaines d’entre elles, montrent les effets de la dentelle tissée sur métiers Leavers.

À la Cité de la dentelle et de la mode de Calais – usine de dentelle de la fin du XIXe siècle – le parquet d’origine est toujours au sol, comme sont plantées les poutres en fonte, et quelques anciens métiers Leavers activés en démonstration. Pour les comprendre, c’est bien nécessaire !

Ces machines de fonte lourdes de 12 à 15 tonnes, larges de 12 à 15 mètres, ont été inventées au début du XIXe siècle à Nottingham. Elles sont composées de chaînes et trames qui imitent les gestes des dentellières. Elles produisent du tulle, puis de la dentelle. C’est à dire « un tissu ajouré et décoré »[2]. C’est l’ouvrage de l’ennoblissement qui métamorphose l’étoffe et crée l’illusion par le dessin, la couleur et le tissage de matières. Cela peut prendre une forme complexe et très technique.

Robe (détail) en dentelle Leavers rebrodée de perles et plumes collection couture automne-hiver 2017–2018 ZUHAIR MURAD [dentelle SAKAE LACE] © ZUHAIR MURAD

« On n’attend pas de nous de présenter de grands pans de dentelle vierge. Tout au contraire, nous la manipulons, dans tout ce qu’elle peut offrir : plissée, incrustée, mélangée à d’autres matières, transformée en fleur, appliquée, découpée en suivant le motif ou en bande ou encore déchirée et effrangée en lambeaux… notre travail est d’enrichir, d’ennoblir le tissu. » explique Nadine Dufat, directrice générale de la maison Lemarié.

Quand la maison Lemarié reçoit un croquis de Karl Lagerfeld, elle lui fournit ce qu’il veut à partir de ce qu’il a. Dans les cadres vitrés, la matière est mousse, bouillonnée, boisée. Un catalogue d’échantillons que l’on goûte peu et qui a une saveur rare, nouvelle au regard. On découvre en effet de mieux en mieux les artisanats. Mais les fournisseurs textiles qui jadis marquaient en notre mémoire cette appellation « dentelle de Calais ® » aujourd’hui glissent sous le nom de l’auteur signataire.

Le processus de création de dentelle rend la visibilité au fournisseur. On le nomme dentelier, maître dentelier, manufacture, industrie, maison de dentelle. Il s’appelle Darquer, Dognin ou Marescot…

La belle exposition en tableaux lie les créateurs de haute dentelle, et l’on se penche sur leur association minutieuse et spectaculaire, délicate et résistante. C’est là le portrait en deux couleurs d’un ouvrage et d’un tissu qui fait des mirages.

 

Veste et jupe en tulle et dentelles recyclées collection haute couture automne-hiver 2016–2017 © VIKTOR&ROLF

[1] Yiqing Yin, entretien mené en 2017 par Sylvie Marot, in Haute Dentelle, Snoeck, 2018

[2] Sylvie Marot, « Haute Dentelle », in Haute Dentelle, op. cit.

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