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Robert Mallet-Stevens, à la villa Cavrois et au-delà

Anne Malary 18 juin 2018

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Du 5 juin au 2 septembre, le Centre des monuments nationaux expose Robert Mallet-Stevens et ses photographes entre les murs d’un chef-d’œuvre : la villa Cavrois, à Croix. Des clichés rares, qui à la lumière de cette demeure moderniste parlent des lignes qui sont là, et des détails que l’on ne soupçonnait pas.

Villa Cavrois, Croix, 1929-1932. Photographie : Albin Salaün. Collection Jean-Louis Cohen

Entrer dans la villa

On entre par la cour pour être aspiré par la vue du jardin. Dans le salon immense de la villa Cavrois, les murs sont vert d’eau et la hauteur des baies n’a d’égale que la longévité du regard sur le panorama. On prend la mesure du lieu.

Au plafond haut comme celui d’une cathédrale répondent les espaces feutrés, le fumoir en fond de cale… L’air s’infiltre à l’étage par un hublot de la salle de bain. Près de 60 mètres carrés de marbre blanc.

La villa de la famille Cavrois a l’allure d’un paquebot s’avançant sur le jardin coupé ras. Elle reflète ses briques jaunes sur la longue promenade d’eau tandis que le parc pénètre par les miroirs du salon, on doit se voir sur l’écran du dehors. Tout semble fluide et naturel, les lumières, les lignes et les angles ne sont pas seulement beaux, dans ce château moderniste ils sont aussi utiles.

L’architecte Robert Mallet-Stevens a brisé la frontière entre les environnements extérieurs et ceux du foyer comme il a affronté la routine de la vie domestique en une œuvre totale.

Il achève la demeure de la famille Cavrois en 1932. La villa est désertée à partir de 1987, et devient progressivement un squat. Au fil des années, elle est endommagée et pillée. L’État l’acquiert finalement et la remet en dotation au Centre des monuments nationaux (CMN) en 2008. Le CMN mène alors une campagne de restauration du parc, des intérieurs, et d’acquisition des meubles signés Robert Mallet-Stevens. Il ouvre la villa au public en 2015.

Magasin des Cafés du Brésil, boulevard Haussmann, Paris, IXe arrondissement, 1928. Photographie : anonyme. Collection Jean-Louis Cohen

Au-delà de ces murs

Cet été, la villa fait écran aux photographies consacrées à son architecte. Au rez-de-chaussée et au premier étage, le CMN expose des clichés précieux : ceux de la collection de l’architecte et historien Jean-Louis Cohen.

Ils sont précieux et rares car les archives de Robert Mallet-Stevens ont été détruites après sa mort en 1945. Il s’agit d’un corpus manifestement utilisé par l’architecte pour les publications. Les formats diffèrent, comme les photographes. Ces derniers sont sûrement mandatés par Mallet-Stevens pour rendre compte des œuvres, comme Albin Salaün qui travaille alors pour de nombreux architectes comme Le Corbusier.

En une cinquantaine de tirages, on peut découvrir une part de la carrière de Mallet-Stevens. Décors de films, pavillons d’exposition, magasins, immeubles, villa… projets en maquette, en chantier ou achevés, ces photographies sont parfois tamponnées et annotées de la main de l’architecte.

« On peut non seulement déceler, au fil de ces images, toutes les facettes et les genres des représentations photographiques de l’architecture mais on peut également y lire les choix de l’architecte, les réalisations qu’il souhaitait diffuser ou les modifications qu’il voulait y apporter » note le commissaire de l’exposition Richard Klein.

Et ces œuvres exposées en l’œuvre résonnent avec elle. On retrouve des espaces, des textures, des aménagements communs. La fonctionnalité des formes et la science de la lumière.

Villa Cavrois, Croix, 1929-1932. Escalier principal. Photographie : Albin Salaün. Collection Jean-Louis Cohen

Si la villa Cavrois tire l’exclamation au visiteur dès l’entrée, c’est que Mallet-Stevens est scénographe. On reconnaît dans la configuration des décors pour le film Le Vertige (1926) de Marcel L’Herbier celle des intérieurs de la villa de Croix. Ainsi l’alcôve du premier boudoir rappelle le petit fumoir en quart de cercle de Monsieur. Et le porte-bûches qui apparaît dans un autre intérieur non identifié signé Mallet-Stevens est identique à celui du bureau de Cavrois. Une forme ronde, un specimen du lexique géométrique de l’architecte. Ces images ont donc permis de décliner ce vocabulaire.

Et puis on retrouve les origines de la villa où l’on se trouve, à l’exposition des Arts décoratifs. C’est probablement là, en 1925, que Robert Mallet-Stevens rencontre Paul Cavrois. Ce dernier présente ses productions textiles, et Mallet-Stevens quelques architectures comme le pavillon du Tourisme, clair et large hall, poutre longitudinale. Voilà la première vision, peut-être, du souhait du futur propriétaire.

De la villa Cavrois, on parcourt aussi une trilogie qui comprend les villas Poiret et Noailles. La villégiature du comte de Noailles à Hyères intègre les restes d’un monastère cistercien. Sa transformation implique sa régularisation. Parmi les clichés exposés figure une image de cette villa retouchée. Un drapeau a été masqué sur les indications de Mallet-Stevens au dos. Sans-doute ne souhaite-t-il pas que la verticalité linéaire, rectiligne du belvédère – qui sera par la suite détruit à la demande du commanditaire – ne soit contredite par cet élément flottant dans l’air.

Relais d’essence sur une grande route, Salon d’automne, Paris, 1927. Photographie : L’Illustration. Collection Jean-Louis Cohen

Parfois les images sont les seules traces de réalisations disparues ou méconnues, comme les ornements textiles. Les intérieurs sur les clichés sont largement plus étoffés que dans la villa. Rideaux, revêtements des sièges et tapis sont soigneusement choisis. Et pour certains commanditaires, dont Paul Cavrois, on peut penser que ce soin était partagé. « Dans la très belle restauration de la villa Cavrois, c’est une des dimensions qui reste encore à aborder [… ]. Ces images peuvent en effet encore parler[1]. »

L’image photographique dévoile encore la passion de Mallet-Stevens pour l’architecture de la voiture et le signe publicitaire, dont témoigne le relais d’essence présenté au Salon d’Automne en 1927. Un tableau à la Hopper, une lumière de projecteur…

Et de papier glacé en salle réelle, s’infiltre toujours une lumière fluide et indirecte. Cet éclairage, boîte à lumière ou intégré à l’architecture, est signé André Salomon et sa société Perfecta. Les techniques modernes subliment l’espace domestique comme les cafés bistronomiques. Comme sur le boulevard Haussmann, le Magasin des Cafés du Brésil offre au regard ses comptoirs sous une large coupole de lumière blanche.

Prolongeant la découverte au-delà des murs de la villa Cavrois, les 222 tirages de la collection Jean-Louis Cohen sont pour la première fois publiés dans la collection « Regards » aux Editions du patrimoine.

[1] « Jean-Louis Cohen et Richard Klein, conversation », Robert Mallet-Stevens et ses photographes, Paris, Editions du patrimoine, 2018

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