Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_une_favori
expo_cercle_1 FENDRE L'AIR

27/11/2018 > 07/04/2019

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

- PARIS

expo_cercle_2 MIRÓ

03/10/2018 > 04/02/2019

Grand Palais - PARIS
expo_cercle_3 PICASSO. BLEU ET ROSE

18/09/2018 > 06/01/2019

Musée d'Orsay - PARIS
expo_cercle_4 MICHAEL JACKSON : ON THE WALL

23/11/2018 > 14/02/2019

Grand Palais - PARIS
expo_cercle_5 VAGUES DE RENOUVEAU

06/10/2018 > 06/01/2019

Fondation Custodia - PARIS

LA NEWSLETTER

Jérôme Zonder à Chambord, la trace du génie

Aurélia Antoni 14 juin 2018

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Au château de Chambord, l’escalier à double-révolution débouche sur un étage habité. Forêt de dessins, galerie de portraits, sculpture de papier, plus de 130 travaux se font empreintes et succèdent aux graffitis historiques gravés dans la pierre. À l’aube des 500 ans du joyau de la Renaissance, Zonder écrit à sa manière, à même le doigt, gravement trace des rides sur l’épiderme vieillissant du domaine.

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord © Marc Domage

Dans le maillage des troncs d’arbre

Au 2e étage du château, la nature reprend ses droits. Les feuillages troublent le discernement, ajoutent de l’ombre à la luminosité aveuglante des immenses fenêtres. En frise chronologique, les dessins encadrés en noir et blanc de Zonder surviennent un à un, déstabilisants, sanglants, enfantins, énigmatiques. Le noir de la mine de plomb uniformise, brouille les pistes. Empreinte rupestre de Lascaux, performance sanguinolente de Paul McCarthy, cube en perspective dessiné par un tailleur allemand, portrait de Donald Duck, antisémitisme en couverture de magazine. Les sujets familiers et étrangers s’impriment sur la rétine tout en s’invitant dans la mémoire. D’anciennes narrations se content à nouveau, en déroulé entre les branchages.

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord © Marc Domage

L’Histoire vécue, l’Histoire en cours, L’Histoire contée se dessinent sous le fusain hanté par des souvenirs imagés. De Lascaux à la greffe bionique de 2014, la série Les fruits de l’histoire se poursuit en pièce close. Dedans, l’image symbole du 11 septembre, la poignée de mains Mitterrand-Kohl, des portraits d’adolescents, un salut nazi. Les gestes politiques côtoient les drames, les gestes de courage groupés fréquentent des visages individuels. C’est l’événement terrible puis la reconstruction, la cicatrice puis le pansement. Et ainsi de suite…

Survient alors une mystérieuse peau noire déroulée de haut en bas. Les bords ondulés dévoilent des profils, des mains reliées inextricablement les unes aux autres. Sur un rouleau de papier de 12 mètres de long, la mine de plomb frotta la matière par la main du traceur qui, patiemment, devient maître de l’Histoire, marquant le support de noir comme on traumatise un esprit.

La main et le visage

Dans une sombre pièce quatre visages carrés ressortent en lumière. Ce sont ses portraits d’adolescents réécrits en grand format. Le doigt du virtuose impacte délicatement le support pour dessiner le portrait réaliste et pourtant imprécis de Caroline. La ligne pure épouse le visage attristé de cette jeune Madone. Par-dessus, la conscience s’expose : symbole de culture populaire avec l’intégration d’un t-shirt personnalisé et d’un extrait arraché de BD, souvenir de l’histoire de l’art avec la composition oblique et dévastatrice du Massacre des innocents, intégration de textile aux motifs africains. Le déchirement de matières manifeste la blessure.

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord © Marc Domage

La magistrale foule de mains tendues et de visages effrayants trône dans une grande salle vide ensoleillée. Des êtres entre deux rives, au cerveau à demi éteint, en état de déliquescence, les mains dirigées en avant comme effrayées par le noir qui les entoure. C’est un essaim de morts vivants qui constitue pour Zonder « l’avatar contemporain de la vanité ». Cette représentation provient d’une capture d’écran effectuée en plein visionnage de la série populaire The Walking Dead. Elle signifie l’effet des strates de l’histoire sur l’individu, des strates qui nous habitent et nous construisent. Qui nous asservissent sans doute. Un mois et demi furent nécessaires à l’exécution de ce travail gigantesque à la poudre de graphite déposée au doigt.

Plus loin en pleine lumière, trois zones éparses célèbrent la main dans son individualité et sa tendresse. La main recouvre, caresse, parle. La peau ridée fait référence à celle du château et à ses murs marqués de graffitis que Zonder surnomme « tatouages ». La ligne s’exhibe alors dans son ambiguïté et sa profondeur abyssale. Quand l’hyperréalisme s’invite, c’est pour mieux travailler cette ligne énigmatique, la personnaliser pour s’extraire de la photographie initiale. Côte à côte, deux mains dialoguent dont celle du dessinateur, révélant au grand jour ses infimes et gigantesques meurtrissures que la vie nous impose. Finalement, qui de la main ou du visage révèle davantage ?

À fleur de peau, les stigmates du passé

Dans un ancien espace réservé au théâtre sous François 1er, les stigmates de l’histoire chambordienne se mettent en scène avec deux portraits d’inscriptions. Les modèles proviennent de mutilations trouvées par l’artiste dans les combles du domaine. Cercles concentriques gravés dans la pierre, c’est Chambord qui propage son onde de modernité. Les lignes pénètrent la pierre détériorée, le relief narre les vestiges du passé. La lumière photographique se compose de taches noires abstraites et de zones vides.

Vue de l’exposition « Devenir traces » au château de Chambord, les Blessés © Marc Domage

Vers l’abstraction, Zonder s’y aventure plus loin avec sa série des Blessés. En galerie close, ses portraits de victimes d’attentats n’a rien d’une commémoration banale. Les photographies ont disparu alors le maître du fusain redonne vie aux visages meurtris, frappés par les événements. Il souhaite raconter « la rencontre brutale entre l’individu et la grande Histoire ». Boston, Nice, Alger. L’image n’est plus, le dessin perdure. En marinière sur un t-shirt, en balafre sanglante, le point évolue encore en trait. La trace linéaire peut devenir geste, charbonner une ombre, esquisser une forme noire subtile. Elle peut doucement et respectueusement voiler, ou bien défigurer. Sur ces papiers de format homogène, le dessinateur a porté une nouvelle fois atteinte à ces visages altérés, de manière individuelle, avec le plus grand respect, pour immortaliser l’accident redoutable, le meurtre traumatique. De l’autre côté, un peu plus loin la-bàs, vers l’horizon indécis mais sensiblement vrai, Zonder emmène sa trace novatrice.

Dans ce « totem de la Renaissance » ainsi baptisé par l’artiste, les couches de l’histoire se superposent et gravent dans la mémoire universelle un cheminement évident plus éminent que notre vie présente. Jérôme Zonder appose son sceau, signe une nouvelle fois avec un graphisme en écho aux inscriptions du château, à son mur criblé de balles sous la révolution puis la seconde guerre mondiale, à toutes ses empreintes formidables qui nous relient inéluctablement au sein de la prodigieuse constellation humaine.

JÉRÔME ZONDER. DEVENIR TRACES

10/06/2018 > 30/09/2018

Domaine national de Chambord

CHAMBORD

Essentiellement fondée sur notre rapport à l’Histoire, l’œuvre de Jérôme Zonder sera chez elle à Chambord, dans ce lieu du patrimo...

Exposition terminée
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE