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Les cabines d’artistes de la piscine Molitor sont ouvertes

Anne Malary 29 mai 2018

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1929. Bassin bleu, jaunes promenades, pas de patine qui vaille. Johnny Weissmuller, alias Tarzan et quintuple médaillé Olympique, gouverne l’inauguration de la piscine Molitor « Grands Etablissements Balnéaires d’Auteuil ». Le lieu rénové a ouvert de nouveau ses portes il y a quatre ans. Autour du bassin d’hiver, depuis 2016 des artistes habillent les cabines… aujourd’hui elles se visitent sur réservation.

Ratur © Sebastien Giraud

C’est dans l’ouest de la ville un grand triangle de béton où les parisiens peuvent nager, patiner, bronzer, un lieu de rencontre où l’on élit la plus jolie baigneuse chaque année. On déjeune en bordure, au restaurant, on traîne au bar-tabac, on discute, et puis on peut se faire coiffer au salon attenant.

Longeant les promenades, les baigneurs rejoignent leurs cabines bleues. De sept heures du matin à sept heures du soir le garçon trace à la craie leurs initiales. « C’était certainement la période de ma vie que j’ai préférée », dit-il encore. Jusqu’en 1970, une ambiance à la Tati anime la piscine du 16ème.

Mais vient la fermeture de la patinoire qui remplaçait le bassin extérieur en hiver pour des raisons financières. Puis le système de filtration des eaux dysfonctionne, les bétons sont endommagés, comme la verrière du bassin d’hiver.

Joachim Romain © Sebastien Giraud

En 1989, le bail expire, la Direction rend les clés de la piscine à la Mairie de Paris, qui ferme les portes de l’établissement en décrépitude. Alors les bassins se vident et les aérosols prennent le grand bain… En dix années, le bâtiment devient un atelier à ciel ouvert, couvert de graffitis.

Après presque 20 ans d’abandon, la Mairie lance un appel à candidatures pour rénover l’édifice. La société Colony Capital, en association avec Bouygues Construction et AccorHotels, réhabilitera Molitor en suivant le modèle de son architecture originelle. Et en calfeutrant un peu son paysage et son usage. Le bassin d’hiver, que l’on peut aujourd’hui visiter sur réservation, reproduit fidèlement le dessin conçu par l’architecte Lucien Pollet, les lignes des balustrades, les couleurs et les mosaïques.

Molitor ouvre de nouveau ses portes en mai 2014. Elle est à présent un hôtel de 124 chambres et de suites luxueuses qui entourent le bassin d’été.

Mondé © Sebastien Giraud

Si le Street Art n’y est plus à l’air libre, il n’a pas été oblitéré par les exploitants. Les artistes qui sont venus à Molitor abandonnée ont été invités à revenir à Molitor AccorHotels pour faire du Street Art dans ce white cube, une piscine très chic et très chère qui avait fait polémique lors de sa réouverture. Oui il est déroutant de voir un art qui avait conquis un lieu huppé lors de son abandon prendre pour cadres des cabines devenues ultra-hermétiques.

Le mode de création a changé. La portée aussi. Si les œuvres aux accents de revendication sonnent un peu étouffées par leur lieu de résidence, d’autres gagnent du relief en jouant avec celui de la cabine.

Ainsi Rolecs fait du banc un damier surmonté de gratte-ciels aux points jaunes lumineux. Plus loin, Dire132 fait ondoyer vers nous une nageuse en apnée. L’eau fait des jeux de lumière sur sa peau. Des lettrages en dégradé du bleu tendre au bleu piscine couvrent la cabine de Mondé qui phosphore jusqu’au plafond.

Ironie de l’art au lieu, le vocabulaire balnéaire se pose sur les murs. Tantôt pince de crabe et coquillages où la marée urbaine s’est retirée, tantôt baigneur, la clope au bec, sorti d’une bulle de BD muette. Une femme faite comme un mannequin de jaune, rouge et bleu, au large chapeau noir, bronze suspendue sous la lune. Et pendant ce temps, Ratur joue du contenu et du contenant, plonge un vase plein dans la piscine noyée.

Monsieur Chat s’est glissé dans une cabine, Kelkin a glissé un œil parmi son labyrinthe de hiéroglyphes, et Does a fait fuser couleur et lumière en un instant. Dans un battement d’ailes, des couleurs fulgurent enfin, ultime éclat au pochoir sur fond vert signé Théo Lopez. Dans les 78 cabines de Molitor, les styles et les manières se côtoient sans se toucher.

 Théo Lopez © Sebastien Giraud

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