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Gustav Klimt enlumine l’Atelier des Lumières

Aurélia Antoni 24 mai 2018

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Alors que les artistes de la Sécession viennoise proclamaient « À chaque époque son Art. À l’Art sa Liberté », l’époque se dessine au gré de la technologie et l’art se libère de la matérialité. Dans l’Atelier des Lumières l’art de Gustav Klimt devient total, cent ans après la mort du peintre. Pensée par un artiste, un vidéaste, un metteur en scène ou encore un compositeur de musique, l’exposition numérique dépeint une fresque lumineuse qui immerge le visiteur dans un motif, un portrait, un paysage. Impérissable comme l’or qu’il couchait sur ses toiles, le génie Klimt s’exhale au rythme des musiciens virtuoses…

Depuis 2012, les Carrières de Lumières aux Beaux-de-Provence se consacrent à la scénographie grandiose d’expositions numériques. Désormais, l’Atelier des Lumières rayonne de la même technologie pensée sur-mesure dans une ancienne fonderie de la rue Saint-Maur. Une tendance qui croît et inspire diversement le mapping vidéo. Au château d’Auvers-sur-Oise, le dispositif se veut didactique, proposant un parcours de découverte de l’impressionnisme accompagné d’audioguides. À l’inverse, teamLab à la Villette produit une série d’œuvres contemporaines où le visiteur entre en interaction avec des paysages en constante métamorphose.

« Le rôle d’un centre d’art est de décloisonner, et c’est pourquoi le numérique doit prendre sa place dans les expositions du XXIe siècle. » souligne Bruno Monnier, créateur de la société Culturespaces. Cette volonté s’inscrit donc dans l’inclination pour la démocratisation de l’art, important les peintures exposées à Vienne, Prague, Rome et même New York jusque sous nos yeux, en haute définition, mises en scène et en musique. Initiative lourdement contestée par certains professionnels du monde de l’art qui voient à travers cette numérisation une disparition du regard authentique sur l’œuvre matérielle. Les visiteurs semblent pourtant conquis par cette expérience artistique numérique, nouvel angle d’approche subtil qui nécessite une grande qualité d’exécution. « Les touches rouges circulaires se révélaient en fleurs », « L’exposition m’a permis d’observer des éléments que je n’aurais pas su identifier devant la toile ».

En introduction, la Vienne néoclassique s’illustre avec un jeune Klimt à l’oeuvre au Kunsthistoriches Museum, lorsqu’il en exécute les éléments décoratifs intérieurs. À la mort soudaine de son père et de son frère, la même année, l’artisan s’interrompt. Rupture familiale, rupture psychologique et bientôt rupture artistique. Il rejoint le groupe des Sécessionnistes pointant du doigt l’académisme pictural et tendant vers un art total. Les codes de la Sécession viennoise s’installent sous nos yeux, les lettres se verticalisent, les contours s’affirment et les formes se courbent sous l’influence de l’Art Nouveau.

En 1898, Klimt peint la célèbre Pallas Athénée, figure mythologique aux allures de femme fatale. Début 1900, il manie l’or jusqu’à le peindre par couches épaisses. La Frise Beethoven s’orne du matériau précieux, représentant la neuvième symphonie où peinture, musique et architecture se lient inexorablement. Puis, le Portrait d’Adèle Bloch-Bauer voit le jour et ouvre la voie aux portraits immortalisés entre figuration et ornementation enfantée par les aplats de motifs japonisants. Muse éternelle, son Emilie Flöge lui inspire Le Baiser. Il s’y autorise à l’embrasser fougueusement, lui revêtu de motifs anguleux, elle construite de courbes et enveloppée par la cape dorée brodée de l’éternel amour. La styliste renommée lui insuffle sans doute cette passion pour la parure, pour le détail décoratif qui habille et déshabille encore mieux.

Doucement, L’Arbre de vie étend ses branches dans l’infinie tendresse d’un paysage horizontal né de son cycle d’or. Sur les bords du lac Attersee, Klimt s’immerge lui-même dans la nature et réalise de minutieuses tapisseries végétales en plein air. À l’Atelier des Lumières, sa Forêt de hêtres apparaît à l’œil comme un motif aux lignes verticales hésitantes de couleurs froides sur fond chaud. Puis, le jeu de projection s’éloigne, dévoilant le sujet dans son pointillisme élégant et son cadrage révolutionnaire.

Par à-coups, les corps tortueux d’Egon Schiele apparaissent en nombre, exaltant les courbes si particulières déjà introduites par son maître viennois. Le nu se brutalise, abandonne le motif et l’aplat, s’étire et s’amaigrit dans le vide. La Mort guette la peau mise à nu.

Après un court détour par la magie du paysage, le regard revient au premier amour de Gustav : les femmes. Sans obscénité jamais, le doux envahit l’espace des toiles pour caresser tendrement les modèles qui se prélassent, se caressent, somnolent et se sacralisent. Dans un bain de torpeur, l’artiste leur déclare sa flamme puis leur fait inlassablement l’amour à travers ses canevas. « Il n’existe pas d’autoportrait de moi. Je ne m’intéresse pas à ma propre personne comme “objet de représentation”, mais aux autres êtres, surtout féminins, et plus encore aux apparitions. » Fatale, dominatrice, mystique, la femme de Klimt se réinvente sous l’influence de son âme langoureuse et immémoriale.

Les formes disparaissent, la musique s’adoucit et l’obscurité reprend sa place sous fond d’applaudissements. Le mapping vidéo plonge définitivement le visiteur dans une autre dimension, où les sens sollicités s’impliquent davantage. Né de l’industrie du spectacle, l’outil s’utilisait initialement dans des parcs tels que le Puy du Fou, Disneyland ou à l’occasion de la Fête des Lumières de Lyon. Désormais, il se met au service de l’Art. Du beau éternel et absolu.

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