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Diego Giacometti au musée Picasso

Anne Malary 24 mai 2018

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Descendus les lustres, éclairés leurs menus bras ! Les corolles sont éclosent, les oiseaux ont atterris, eux qui jusqu’alors nous regardaient d’en haut. Le musée Picasso expose le mobilier conçu par Diego Giacometti en son lieu, des meubles-sculptures qui jouent avec nos yeux, prolongeant les murs réels par des objets résineux.

Le grand salon du premier étage, hôtel Salé ©Philippe Fuzeau/ Musée national Picasso-Paris

Diego Giacometti préférait le blanc. Pour la faune de son atelier et pour l’escalier d’honneur de l’hôtel rue de Thorigny. Le plafonnier y lève ses corolles du bout de ses longues branches. Il nous mène à une suspension sœur, sur laquelle poussent les feuilles. Dans le marbre du musée se nichent aussi une colombe, un hibou, une puissante torchère comme un totem à trois cloches.

De ces sculptures, Diego Giacometti semble camoufler l’aspect fonctionnel. Par un jeu esthétique et croissant, il décore le lieu naturellement. Son art par la ligne, sculpture légère et graphique, organise l’environnement. Comme le voulait Dominique Bozo, le premier directeur du musée, il fait le trait d’union entre l’architecture classique du bâtiment et les œuvres de Pablo Picasso.

Vue d’exposition © Heymann Renoult Associées

Entre 1982 et 1984, l’artiste crée une cinquantaine de luminaires, chaises, banquettes et tables basses pour le musée. Et toute pièce est pensée en fonction de chaque espace. Aujourd’hui, le musée Picasso révèle ce processus d’élaboration avec des clichés, des archives qui témoignent des essais, des esquisses et les plâtres originaux jamais présentés au public. Ils avaient été « essayés » dans le musée avant d’être tirés en bronze.

Mais certaines maquettes furent réalisées en résine. C’est le cas pour les lustres des salons du premier étage. La résine blanche est plus légère pour les plafonds et s’accorde avec les murs de salons.

Au-dessus trône un grand hibou qui nous regarde passer les portes, aussi droit que les lignes intérieures. C’est le fruit d’une mesure précise : Diego Giacometti en géomètre vérifie la taille et le volume de chaque élément à ceux du lieu.

Sur le bronze des chaises comme une fine liane la végétation s’allonge, se lie et se rebique, s’ordonne sans en avoir l’air. L’ensemble rappelle l’art des Étrusques, l’art ancien égyptien, et file une « géométrie de l’air ».

Diego Giacometti, Chaise, 1983-1985, d’après un modèle de 1955, bronze, musée national Picasso-Paris © Philippe Fuzeau/ Musée national Picasso-Paris

Dans l’hôtel Salé, édifice patrimonial, « le plus grand, le plus extraordinaire, pour ne pas dire extravagant des grands hôtels parisiens du XVIIème siècle[1] », on pénètre l’atelier du maître par procuration.

Le sien, oui. Pendant longtemps Diego partage l’atelier d’Alberto dans le quartier de Montparnasse. Il est l’assistant de son frère, travaille aux moulures et patines de ses sculptures, et prend la pose pour son œuvre. Après la mort d’Alberto Giacometti en 1966, Diego se consacre à ses propres créations. Simone Veil, Hubert de Givenchy, Romain Gary passent commande chez lui. Il réalise des ensembles mobiliers pour le musée Chagall à Nice et la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence, déclinant le vocabulaire décoratif de son atelier.

Essai de la maquette de lanterne dans l’escalier de l’hôtel Salé, novembre 1982, Musée national Picasso-Paris Documentation ©Laurence Berthon-Marceillac/ Musée national Picasso-Paris

Diego Giacometti meurt le 15 juillet 1985, quelques semaines avant l’inauguration du musée Picasso. À l’ouverture, le public découvre l’ensemble des luminaires suspendus au plafond et le mobilier d’assises.

Après la visite de cette petite exposition, remontant le grand escalier on redécouvre les lignes parfaites que dessine le plafonnier sur les arabesques dorées. Et ses fleurs éclairent comme des lucioles le musée. C’est le langage d’un « artisan-poète » selon la formule de l’historien de l’art Jean Leymarie.

On regarde aussi les bancs nouveaux. En 2014, après sa réouverture, le musée demande à l’ECAL/École cantonale d’art de Lausanne de concevoir des assises pour ses espaces. Il retient le projet d’Isabelle Baudraz. Un système qui assemble les lattes de deux bancs en un point de rencontre qui transforme l’objet par une autre « interférence visuelle[2]. »

Vue d’exposition © Heymann Renoult Associées

[1] Bruno Foucart en 1985

[2] Isabelle Baudraz, designer étudiante à l’ECAL

DIEGO GIACOMETTI AU MUSÉE PICASSO

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