Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Les Voyages d’Escher

Anne Malary 3 mai 2018

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

« Construire des maisons ne m’a jamais intéressé, à moins qu’il s’agisse d’architectures folles. » Le graveur M. C. Escher a bâti des édifices et des paysages qui tiennent debout sur le papier. Il a créé des visions impossibles qui tiennent la fascination dans nos têtes. Le Fries Museum expose ses voyages, premières sources d’inspiration. Un périple superbe qui éclaire le mystère !

Hand with Reflecting Sphere (1935) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

Premières illusions

Illusion : « perception erronée dans la mesure où elle ne correspond pas à la réalité considérée comme objective, et qui peut être normale ou anormale, naturelle ou artificielle. »

Des paysages qui se lèvent, des maisons qui se courbent, des plans, des reflets qui peuvent se lire de plusieurs manières et font pencher la tête. Ces métamorphoses et folles architectures ont poussé dans la tête vagabonde et ont été ordonnées par l’esprit rigoureux d’un même homme, Maurits Cornelis Escher (1898-1972).

Le Fries Museum de Leeuwarden lui consacre une exposition qui tantôt incline les murs, tantôt les fond en nocturnes. On marche pour de vrai dans les voyages d’Escher comme on entre en ses illusions.

Nocturnal Rome, Basilica of Constantine (1934) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

C’est justement à Leeuwarden, dans le nord des Pays-Bas, que l’artiste est né. Il étudie l’architecture, mais son professeur, le graveur Samuel Jessurun de Mesquita, lui montre son langage propre, le graphisme.

Sur ses premiers bois, Escher joue déjà de la construction. Un chat blanc imbriqué dans un carré, anguleux sauf son pelage duveteux. Une femme nue, à la verticale des cernes du bois. Et bientôt de larges vues.

Celles des paysages étrangers le submergent et l’aimantent. « L’Italie, le paysage, les gens me parlent. La Suisse non, et la Hollande encore moins ». Escher quitte tôt son pays natal. Il voyage en France, en Espagne, à Malte… et surtout en Italie – sublime et éternelle inspiration ! – où il rencontre Jetta, qui devient son épouse. Ils vivent ensemble à Rome pendant 13 ans, avant l’éclat de la Seconde Guerre mondiale.

Portrait of G. Escher-Umiker [Jetta] (1925) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

C’est la nuit qu’Escher trouve Rome la plus belle, quand elle est éclairée à la lumière artificielle et offre au regard toute la plénitude de ses contrastes, sur les courbes et les arêtes des basiliques. L’exposition du Fries Museum sublime cette impression par une mise en abîme. Soudain, seules des embrasures de portes tombent blanches. Dans cette nuit de scénographie, les gravures vibrent magnétiques !

À la large campagne, devant les côtes rocailleuses, les toits qui dégringolent et les milles petits carrés que forment les maisons des Abruzzes, Escher absorbe tout dans son chevalet portable et son carnet. Par le dessin, il infiltre le paysage et retient son caractère. De retour à la maison, il fait de ses meilleures esquisses des gravures.

Pour traduction, l’artiste élit bientôt l’illusion. Il joue avec les perspectives pour passer au-dessus des murs, survoler les champs et embrasser jusqu’au vertige les vues ! Ce n’est pas encore de la déformation, c’est de l’intensification.

Morano, Calabria (1930) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

Métamorphoses

Bientôt, Escher joue avec ses lignes comme avec une matière plastique en ce qu’il nomme ses finger exercises. Des exercices qui jouent de la compilation et avec la perception. Il compose des images en superposant des esquisses différentes et fait émerger des mondes illusoires à partir de paysages réels.

Still Life with Mirror (1934) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

En Italie, Escher réalise qu’il perçoit les lignes de perspective des bâtiments non pas droites, mais courbées. Il les fait disparaître en deux points, elles s’évanouissent au zénith, au nadir, et soudain le dessous est le dessus ! Tout devient relatif.

D’une côte maltaise, Escher crée la déformation par la rotation. Il y intègre l’infinité de la vision : un jeune homme au balcon observe dans une galerie une gravure, qui contient la description de la même galerie… « C’est la chose la plus étrange que j’ai faite dans ma vie », écrit l’artiste.

Relativity (1953) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

Monde intérieur

Œuvres folles, œuvres iconiques naissent de l’intériorisation des voyages d’Escher. En Andalousie, il découvre les mosaïques de l’Alhambra et réplique leur principe à l’infini, à la confusion. Que l’œil ne puisse percevoir le blanc et le noir en même temps le fascine. Il en joue et développe des images régulières à répétition, divisant les plans, connectant les figures et les contrastant.

Oiseaux noirs et blancs se croisent en sens inverse, impossibles et superbes. L’œil devant se trompe, croit comprendre, se fourvoie, ne distingue plus la surface de la base. Ces compositions se déploient en frise et en série, jamais finies… Elles « approchent la beauté absolue et la pureté », dit Escher, « on ne peut pas s’empêcher de les fixer ».

Three Worlds (1955) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

Métamorphose II forme ainsi un cycle qui atteint les trois dimensions. Au milieu des formes et des figures, des animaux et des motifs, il y a Atrani sur la côte d’Amalfi, comme un pic sur un bandeau, comme une vue à vol d’oiseau.

Quand le reflet se mêle à l’image, celle-ci vibre, elle vit. Ainsi une carpe sous un lac, sous – ou sur ? – des feuilles atterries à la surface de l’eau, élément nouveau. Ce miroir étrange et troublant, Escher en fait plus tard le support de son célèbre autoportrait.

Il tient dans sa main une boule réfléchissante. Que l’on se tourne, que l’on se renverse, on ne peut échapper au centre, le regard de M. C. Escher. L’ego créateur reste fermement au cœur du monde. Et on ne peut s’empêcher de le fixer.

Metamorphosis II (1939-1940) © The M.C. Escher Company, B.V. All rights reserved. www.mcescher.com

Pour vous promener parmi les voyages d’Escher, à Leeuwarden, la Frise, et découvrir l’offre culturelle des Pays-Bas, rendez-vous sur le site officiel.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE