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À Moulins, le château des ducs de Bourbon rouvre ses portes

Aurélia Antoni 25 avril 2018

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En 1986, le conseil départemental de l’Allier rachète le château des ducs de Bourbons à 1 franc symbolique. En 2013, le domaine ouvre ses portes au public pour les saisons estivales et depuis, retrace 600 ans d’histoire de France. Du château défensif aux collaborateurs emprisonnés dans ses cachots, le donjon se visite avec passion et émotion, de ses bas-fonds à sa courtine vertigineuse.

Vue extérieure du château des ducs de Bourbon © Photo L.Guyot, CD03

En 1360, Louis II de Bourbon amorce une série de travaux à Moulins, à l’image des chantiers ordonnés par le roi au Louvre ou à Vincennes. « Dieu que cette tour est belle, mais qu’elle est mal coiffée » se serait-il exclamé vers l’an 1400, en désignant le donjon à la toiture tronquée. Ainsi nommée, « la Mal Coiffée » surplomba la ville de Moulins durant des siècles, rattachée à une courtine sur laquelle le visiteur admire un paysage urbain marqué par l’Histoire.

Château défensif, palais résidentiel et enfin prison, le domaine vécut plusieurs vies à partir de sa construction à la fin du XIVe siècle. Il subit deux phases de travaux avant d’endurer en 1755 un redoutable incendie qui détruisit la quasi-totalité des constructions. Au feu, s’ajoutèrent les soldats allemands qui, dès l’annonce de l’arrivée des alliés, brûlèrent tous les documents relatifs à l’époque carcérale. Cependant, la souplesse de la pierre favorisa les graffitis dont certains remontent au XVIIIe siècle !

Des sombres cachots…

L’air est humide et lourd, l’obscurité inquiète. Les portes sont tragiquement épaisses et lourdement verrouillées. Trois cachots se succèdent, entourés des visages des derniers déportés vers les camps d’extermination allemands. Celui du milieu est éclairé, pour identifier l’intérieur des cellules habituellement plongées dans la pénombre. Les autres rendent compte de l’isolement total susceptible d’aliéner le plus résistant des esprits. Transformé en prison depuis 1775, le château inaugure ses mitards dès le coup d’État de Napoléon III pour accueillir les anti-bonapartistes en bonne et due forme, lente torture passive oblige. La fin de la Seconde Guerre mondiale met un terme à cette utilisation.

Dans les caves cloisonnées par de larges poutres de bois, cinquante personnes s’entassaient, familles juives ou résistants, tentant de garder le cap. Les graffitis sont saisissants. Qualité du trait, texte bouleversant, dessin sanguinolent. Compter les jours, laisser son empreinte. C’est la trace visuelle des pires heures de l’Histoire qui s’affiche devant nous. Le 6 septembre 1944, à la libération de la ville, les collaborateurs prendront la relève.

La Mal-Coiffée, intérieur du mitard du milieu, plaque de verre de la Société d’Emulation du Bourbonnais, Archives départementales de l’Allier

…aux riches heures des ducs de Bourbon

En remontant vers la lumière, l’œil s’acclimate à nouveau pour reconstituer mentalement l’architecture selon les indications du guide. Oublier les murs entre les arcades, visualiser un parquet entre deux hauteurs ou de grandes fenêtres. Les styles se mélangent entre univers carcéral, vestiges du Moyen Âge et traces de brûlures. Certains repères impliquent moins d’efforts, comme l’ancienne loggia Renaissance en clé de voûte accueillant l’initiale d’Anne de France dans un décor végétal sculpté. Avec son époux Pierre de Bourbon, ils furent régents du royaume pendant la minorité de Charles VIII, de 1470 à 1498. Pendant cette période, le couple s’adonna à des réparations et des extensions dont un corps de logis de style gothique flamboyant et une chapelle dédiée à Saint-Louis.

En gravissant les escaliers, le visiteur découvre à chaque étape davantage la lignée des Bourbons, passionnante aventure de terres conquises et de royauté. Descendants de la branche capétienne de la famille royale de France à partir du denier fils de Saint-Louis, les Bourbons furent initialement représentés par le roi Henri IV mais la principauté s’acheva avec François 1er.

La chambre du duc Louis II, l’oratoire à vitraux et l’appartement du Connétable du roi François 1er se succèdent et fascinent pour finalement présenter l’expansion géographique de la dynastie. Parmi les plus illustres descendants, Felipe VI d’Espagne, dont l’ancêtre n’est autre que le roi Louis XIV, issu de la dynastie des Bourbons.

La visite s’achève au sommet, surplombant la ville de Moulins imbibée d’Histoire, des ducs de Bourbons à Coco Chanel en passant par l’original Louis Mantin.

Château Ducal des Bourbons, vue de la façade ouest du donjon surnommé la « Mal-Coiffée », Eau-forte sur papier de Hollande (1864-1866), Armand Queyroy

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