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Tintoret, la première couleur vénitienne

Anne Malary 16 avril 2018

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Non ce ne sont pas les grandes peintures du Tintoret dans les églises et palais de Venise. Mais ce n’est pas ce que promet le musée du Luxembourg ! L’exposition qu’il propose depuis le 7 mars donne à voir la naissance d’un génie, la couleur précieuse d’un artiste qui en grandissant se fait toujours appeler « le petit teinturier » …

Tintoret, Autoportrait, vers 1547, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art © Philadelphia Museum of Art 

Au premier contact, on est celui qui apostrophe. Tintoret lui-même d’un petit cadre carré se tourne pour nous regarder. Nous avançons vers cet autoportrait pour tenter de percer son pinceau… Le peintre ne recule pas. Il semble plutôt lever ses grands yeux hérissés, et allonger vers notre œil ses cils de chat.

1537, dix ans plus tôt. Tintoret a 18 ans et il réalise L’Adoration des mages. Les couleurs ont déjà l’étoffe de la fresque et toutes les tournures des corps pour s’iriser. Les membres mobiles sont de face, de côté, ou de dos comme chez Titien. L’étable où se passe la scène est décentrée et l’on voit derrière la charpente délabrée la perspective des monts frottés en bleu et blanc.

Tintoret, L’Adoration des mages, vers 1537-1538, Madrid, Museo Nacional del Prado © Museo Nacional del Prado, dist. Rmn-GP / image du Prado

Michel Ange, Bonifazio de’ Pitati, Jules Romain, Paris Bordone… Tintoret connaît la tradition artistique italienne, mais il est aussi décidé à renouveler la peinture dans la Venise cosmopolite du XVIe siècle. Alors il se lance sur le marché de l’art et propose des décors de salons. Avec une touche libre et rapide, il tend en miniatures et petites frises les mythes et les histoires de l’Ancien Testament. Mais surtout, il aspire à orner les riches demeures patriciennes, à frapper le regard de ceux qui les pénètrent par son audace visuelle !

Pour la villa de Vettor Pisani, il fait tomber des foudres du large plafond à caissons. Des foudres divines, des foudres célestes, celles de Jupiter qui transcendent et tuent son amante Sémélé. Alors que le maître de la Terre et du Ciel se révèle à elle dans toute sa splendeur, on ne sait si Sémélé subit en son corps renversé ou le supplice ou l’extase…

Tintoret, Jupiter et Sémélé, 1541-1542, Modène, Galleria Estense © Su concessione del Ministero dei beni e delle Attivita Culturali e del Turismo – Archivio fotografico delle Gallerie Estensi – photo Paolo Terzi

Cette force de composition, Tintoret la réitère dans des mises scène édifiantes. Il agence les palais en perspective, joue de l’architecture et du théâtre.

Dans une scène d’opéra sur deux niveaux, Les Vierges sages et les Vierges folles se regardent de sol en balustrade, tendent leurs phylactères et lampes à huile en larges gestes dramatiques. Et comme dans un décor de carton-pâte, les bougies ménagent des lumières et des alcôves où s’affairent des silhouettes secondaires…

Tintoret et atelier (Giovanni Galizzi), Le Christ et la femme adultère, vers 1547-1549, Rome, Gallerie Nazionale di Arte Antica, Palazzo Barberini © Gallerie Nazionali di Arte Antica di Roma, Palazzo Barberini / photo Mauro Coen, Rome

Plus majestueuse, moins affolée, la rencontre en perspective de Salomon et la reine de Saba. Là, le sol en damier s’étend si loin que l’on a l’impression d’un palais sans fin. Sur cinq marches et un tapis, sous des colonnes torsadées et une lourde teinture or et velours, le roi fait signe à la reine de s’approcher… L’entourage du premier toise la seconde, qui s’incline comme une Vénus pudique.

Esther, elle, mettra le genou à terre devant Assuérus. Et sa longue traine formera une bande rouge, rose, or et arabesque. Le génie du Tintoret éclate dans une des compositions horizontales venues du musée du Prado. À côté, sous la lune grise Judith soulève sans respirer la tente d’Holopherne, et tend vers lui sa lame fine et assassine. Sur ces petits formats droits et narratifs, les gestes et les lignes sont toujours longs et courbes. Toujours la couleur donne aux épisodes l’éclat chatoyant, la lumière de Venise. Les points de vue en contre-plongée indiquent que ces toiles avaient été conçues pour être présentées en hauteur. Elles ornaient peut-être, au plafond, l’appartement d’une courtisane vénitienne.

Tintoret, Esther devant d’Assuérus, vers 1554-1555, Madrid, Museo Nacional del Prado © Museo Nacional del Prado, dist. Rmn-GP / image du Prado

« Tintoret. Naissance d’un génie » montre ainsi les tâtonnement d’un jeune artiste, l’ascension sociale d’un homme d’extraction modeste, fils de teinturier, qui s’éleva et imposa son nom comme un clin d’œil à ses origines : Tintoretto, « le petit teinturier ».

Comme son autoportrait, ses portraits d’homme sont étrangement modernes. L’un d’eux, tête baissée, nous regarde évoluer dans la salle. Il nous attire, nous saisit, et de son œil brillant ne nous lâche plus jamais. Cette tête claire surgie de l’ombre, exécutée à l’allure d’une esquisse, contient une intensité psychologique romantique. En cette toile comme en son autoportrait peint la même année, Tintoret concentre et colore déjà l’acuité qui trouble.

TINTORET

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