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Gravité Zéro à Toulouse : entrer aux Abattoirs comme en apesanteur

Anne Malary 12 avril 2018

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Zéro gravité, zéro pesanteur. À Toulouse depuis le 6 avril, les Abattoirs proposent de quitter la Terre en empruntant les voies de l’art. L’institution s’est associée à l’Observatoire de l’Espace, le laboratoire culturel du CNES, pour proposer une exposition qui nous décolle du globe…

Yves Klein, Rocket pneumatique, 1962 © exponaute

Dépasser la stratosphère

Devant une première arcade en briques, une petite fusée indique la direction des escaliers à emprunter. Rocket pneumatique, signé Yves Klein, est en partance pour le vide cosmique via l’exposition Gravité Zéro…

Et si une œuvre pouvait être envoyée, mais aussi incrustée dans l’Espace ? C’est le rêve que font quelques artistes dans les années 1970. En haut des marches, sur un cône translucide trône une loupe qui dévoile une puce microscopique. Elle contient un projet spatial nommé Moon Museum.

En 1969, le groupe Experiments in Art and Technology (E. A. T.), constitué d’artistes et de scientifiques, a l’idée de « fabriquer un minuscule musée qui pourrait aller sur la Lune ». Le petit musée devait être installé secrètement en 1969, sur un pied du LEM (Lunar Excursion Module), le véhicule spatial utilisé dans le cadre de la mission Apollo XII pour débarquer des hommes sur la Lune.

Si nous n’avons aujourd’hui aucune preuve de la réalisation totale de ce projet, on connaît avec certitude la seule œuvre que l’homme ait installée ailleurs que sur la Terre : Fallen Astronaut de Paul Van Hoeydonck. L’artiste confie cette sculpture en aluminium aux membres de la mission Apollo XV en 1971. Le 2 août, elle est déposée par le commandant David R. Scott dans un petit cratère lunaire, accompagnée d’une plaquette-mémorial dédiée aux spationautes américains et russes décédés dans l’Espace. Les Abattoirs en présentent un tirage.

Eduardo Kac, Télescope Intérieur © Eduardo Kac

Voilà pour l’introduction à cette exposition qui mêle tant l’art à l’espace que quelques créateurs ont puisé leur matériau dans les archives du CNES.

C’est le cas de Loïc Pantaly. Sa sonde Iris balance ses ailes du haut de la terrasse. Elle s’agace, elle s’agite, elle a hâte de réaliser sa grande destinée : projeter des arcs-en-ciel dans le cosmos. Son père est l’auteur de plusieurs autres machines fonctionnelles et animales. Pour Iris, qui s’active comme une oie sauvage, il a conçu le projet SSCP (Serendipity & Capsule Project). Ce dernier, exposé sur un large tableau près de la machine volante, réunit des esquisses inspirées des archives de véhicules spatiaux qui s’assemblent comme un immense rébus graphique.

Une œuvre en partance, qui précède une performance. Télescope intérieur, imaginée par Eduardo Kac, a été réalisée par Thomas Pesquet en 2017, à bord de la Station Spatiale Internationale (ISS). Dans une vidéo, on voit l’astronaute plier une feuille et la laisser flotter en apesanteur. D’un certain angle, elle fait apparaître le mot « MOI » : voilà, l’homme a pénétré et marqué l’Univers.

Simon Zagari, Projet Symphonie © Sébastien Godefroy, 2014

De la chambre à la Lune

Il le rêvait depuis sa petite chambre d’enfant. Il en rêvait encore devant le petit écran. Devenu grand, il en a fait son grand projet d’artiste-artisan…

Ainsi Erwann Venn, un Breton passé tout petit devant le paysage improbable du Radôme à Pleumeur-Bodou. De cette grosse boule blanche posée entre les arbres et la mer, il a gardé une vision étrange et familière qu’il décline en dessins. Dessus, les antennes sont tournées vers des ciels graphiques comme la roche armoricaine. En face un film fait glisser les archives du projet Diamant, le premier lanceur de satellites français. Les débuts de l’aventure spatiale française se découpent en plans et clignotent dans un décor pop ! Une ambiance Sixties aux couleurs du papier peint de la chambre du petit Erwann et au son des émissions doublées par la voix mythique de Jean-Claude Michel.

Ce rêve de gamin, l’artiste le partage avec Johan Decaix. Une salle retranscrit le grand projet de ce dernier : photographier la courbure de la Terre avec l’appareil photo de son grand-père. Pour ce faire, il a construit une station de lancement dans le jardin de ses grands-parents à Tricot, en Picardie, et s’est envolé vers les étoiles à bord de son ballon blanc. Le rêve pour l’artiste, « reste à l’état d’utopie et de fiction. » Dans la salle décorée de son chantier, un schéma utopique contient en lettres capitales « PROJET ETOILE ».

Bertrand Dezoteux, En attendant Mars, 2017 © exponaute

Marionnettes astronautes

Celui de l’artiste Simon Zagari porte un autre titre : Projet Symphonie. Ce film ressemble à un Wallace & Gromit de l’Espace. Des pantins de fils, de tissu et de pâte modelée sont animés au rythme d’une voix radiophonique. Ils miment les archives du programme Symphonie, premier satellite de télécommunication européen lancé en 1973. Avec ses marionnettes, Simon Zagari imagine une histoire parallèle à celle du programme. Il met en scène un spationaute écarté du programme, tandis que d’une salle de contrôle des ingénieurs s’agitent et surveillent le déroulement du lancement.

Comme en écho, de l’espace à la terre et de siècle à siècle, Bertrand Dezoteux expose En attendant Mars. L’artiste s’est inspiré de l’expérience scientifique Mars 500 qui s’est déroulée en Russie en 2010 et 2011. Six hommes expérimentaient les effets psychologiques et physiologiques d’une expédition vers la planète rouge en conditions réelles simulées, sauf radiations et apesanteur. Dans l’habitacle reconstitué d’une station spatiale russe en lambris, Bertrand Dezoteux a remplacé les hommes par des marionnettes, qu’il a filmées en joie, en fête, en peine, en ennui clos. Elles sont disposées autour de nous, immobiles dans leurs cases de bois. Elles regardent leur assiette, le plafond, nous qui les observons, elles se regardent elles-mêmes dont on déroule le film banal et incroyable, dans une ambiance étrange et tragique à la fois.

Sylvie Bonnot, Aéropolis, Très Grande Mue Polyèdre I – Forme Naturelle, 2017 © exponaute

Le froissement des ballons

Entre ces mises en scène se glissent des intervalles de ravissement esthétique. Un grand écran à l’horizontale déploie un ballon dérivant pendant de longues heures sans toucher le sol, pendant une éternité en suspens. Et comme un jupon léger, comme un long froissement, comme une méduse il se balance au bleu du vent. Antoine Belot est l’auteur de cette animation 3D panoramique, basée sur les archives des premiers lancements de ballons stratosphériques et de la naissance du projet Eole. Il est aussi l’auteur de son titre qui laisse rêveur : Un ballon qui dérive se fiche de savoir l’heure qu’il est.

Autre support, poésie et froissement : la série Aéropolis. Son auteur, Sylvie Bonnot, a développé la « mue » de ses photographies, en retirant la gélatine de leurs surfaces. Ces clichés sont en fait des archives spatiales du CNES, des images de ballons stratosphériques qui deviennent des sculptures à ridules, mises en volumes, pliées, brûlées.  « Les ballons décrivent, par leur traîne, des pans nuageux. C’est un rapport formel, géométrique, que je voudrais saisir ici, en même temps que le geste, ou plutôt les gestes de ceux qui les propulsent. » Ou quand le geste de l’artiste cherche celui de l’explorateur des airs.

GRAVITÉ ZÉRO

06/04/2018 > 07/10/2018

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