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L’empire des roses : le Louvre Lens percé de portes

Anne Malary 9 avril 2018

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« C’était un jour d’hiver et de brume. Vers trois heures de l’après-midi, j’entendis une marche guerrière des chevaliers-gardes, […] je vis de loin deux masses étranges qui avançaient avec un balancement régulier. Je crus voir une apparition de l’autre monde. » C’est une image comme un mirage que décrit le prince russe Aleksei Saltykov lorsqu’il découvre les éléphants de l’ambassade envoyée par le souverain iranien à Saint-Pétersbourg en 1815. C’est une image comme un mirage que ce palais qajar élevé entre les baies du Louvre Lens… Au XIXe siècle, pour les Occidentaux l’Iran s’appelle la Perse et il est empire des Qajars. En ce printemps 2018, il est toujours empire des roses.

Images de l’exposition © Laurent Lamacz / musée du Louvre-Lens

De porte en robe

Alors que l’on flotte encore dans le hall ample de Lens, derrière une triple arcade bleue et turquoise on devine une robe blanche. Portes et robe ont été conçues par Christian Lacroix, scénographe de « L’empire des roses ».

La première structure est inspirée du palais d’Ashraf construit sous le règne du souverain safavide Abbas Ier. La robe est un costume de scène dessiné pour le ballet Shéhérazade de Blanca Li à l’Opéra national de Paris.

Elle introduit le tissu, l’or et l’argent qui vêtissent les portraits et les salles inspirées du château de plaisance de Souleymanieh. Ils se déclinent en soie, en damas bleu et rouge, vert et jaune. Entre les salles, des tapis ornés à l’iranienne font des passerelles de feutre. Et en contraste sont posées des chaises de style Napoléon III et des vitrines d’exposition du début du XXe siècle.

Christian Lacroix a cueilli ses inspirations à Paris, à Londres et en Iran pour élever un palais des Qajars « jardin de roses », pour faire émerger l’art qajar sur la mappemonde.

Images de l’exposition © Laurent Lamacz / musée du Louvre-Lens

Perles sur soie

Les premières « impressions persanes » filent l’illusion sous le pinceau des artistes occidentaux du XIXe siècle.

Jules Laurens peint les toits d’Ispahan sur un ciel de soir liseré du jaune au bleu, tranché de rose et de terre. Il colore aussi les arcs brisés du palais d’Ashraf en ruines qui se profile derrière l’embrasure d’une ouverture, devant de hauts cyprès. Le mur du palais, le cadre doré de l’œuvre, le damas de la cimaise répètent des arabesques végétales bleues sur le rose et l’or…

Pénétrant les palais, on rencontre les souverains. A Téhéran, capitale de l’empire Qajar, Fath Ali Shah est peint en trône comme une mosaïque grise et or. Au début du XIXe siècle, le souverain mécène pour l’architecture et les arts joue un rôle essentiel dans la construction de l’image de la nouvelle monarchie iranienne.

Un réseau perlé entoure son long habit métal. Jusqu’au fourreau, jusqu’au poignard, les petites boules qui vibrent bordent la longue barbe noire du roi, finalement couronné d’une coiffe qui éclate…

Tiare offerte à la reine Victoria, Iran, avant 1838, Or, décor d’émail peint, perles, diamants et rubis, Windsor, The Royal Collection Trust © Royal Collection Trust © Her Majesty Queen Elizabeth II 2018

Au temps du Grand Jeu, quand la Russie et la Grande-Bretagne s’immiscent en Orient, l’Occident ajoute à la mosaïque iranienne ses fragments… Sur la tiare qui lui est offerte en 1838 par un émissaire de Sayyid Saïd – gouvernant un petit État de la péninsule arabique – la reine Victoria fait poser des perles par les bijoutiers londoniens Kitching & Abud. Sur les « palmes dorées serties de diamants », roses et rossignols s’élèvent sous vitrine dans l’allée scandée de couleurs et de trésors en file…

… Succession de perles, qui brillent aussi en tenture. Le relief est réel sur les habits de Nasir al-Din Shah, portraituré sur un drap de laine brodé de soie. On y a ajouté de la verroterie pour rendre l’éclat des bijoux, de la couronne et de l’aigrette.

Muhammad Ghaffari Kamal al-Mulk, Vue du pavillon du musée au palais du Golestan, Iran, Téhéran, 1884-1885

Du livre au mur

Mais aux murs resplendissent aussi les enluminures. Surtout celles, foisonnantes et sans vide, peintes par Razi Taliqani. Alors que l’Iran redécouvre son antiquité, les grands empires préislamique, achéménide, sassanide, il bâtit son image en brodant ses marges…

Le peintre d’enluminures orne en bordure des peintures authentiques des XVIe et XVIIe siècles. Il reprend de l’esthétique safavide l’abondance des ors, des rouges et des violets pour ennuager largement l’arrivée d’un prince ou un jeune homme au faucon.

En regard, les portes et les encadrements sur cimaises soulèvent des siècles de décor intérieur, dans les palais et les riches demeures. Ils sont en céramique peinte et moulée sous glaçure, inspirés des modèles antiques à l’époque des rois achéménides. En bois peint, verni, laqué, ils dessinent des scènes de chasse entre les ramures et en registres comme sur les feuilles de papier. Et la laque, du mur au Livre fait aussi reluire le Coran de roses épanouies.

Plus loin des sculptures animalières en acier portent leurs ombres sur les parois comme des enluminures. Cerfs et chats, paons et félins tendent leurs crêtes et leurs bois. Chaque animal damasquiné a une dimension symbolique et joue un rôle dans les grandes processions du mois de Muharram, fiché sur un étendard dévotionnel.

Sabre d’Ahmad Shah et son fourreau, Iran, vers 1909

Vue sur cour

Leurs silhouettes nous mènent à la cour. Après le satin rose, le vert clair de pastel ouvre trois portes et toutes les fenêtres…

Voilà le palais du Golestan aménagé par Aqa Muhammad Khan à Téhéran. De petits pavillons sont dispersés dans ce « jardin des roses ». L’un d’eux ruisselle derrière l’eau des pigments jaillis du pinceau de Muhammad Ghaffari Kamal al-Mulk, le peintre de la Modernité en Iran. Ce n’est pas la lumière bordée d’arabesques de Monet, c’est un large miroir fluide fait d’un bassin et du ciel bleu-vert.

Un tapis Senneh fait la perspective vers la cour… Là, les hommes portent de longs manteaux de soie, tapisseries de fils métalliques sergées de laine et toilées de coton. Ils portent des épées aux lames en acier damasquiné, aux manches d’os sculpté et incrusté de turquoise. Et leurs dagues ont des poignées en agate. Et les sabres ! Les sabres ont un fourreau de cuir, et de la passementerie de soie.

Couronne d’Aqa Muhammad Shah Iran, vers 1788 Alliage de cuivre, décor d’émail peint Téhéran, Palais du Golestan

Les bijoux du Shah sont des pierres aussi précieuses qu’une « couronne de la lune » (Taj-i Mah) et qu’un « océan de lumière » (Daria-yi Nouh). Quelques pièces du Victoria & Albert Museum brillent jusqu’à nous de perles et d’émail, d’émeraude et d’acier… Tout cela, on l’embrasse des yeux, juché sur une estrade bleue comme si l’on surplombait une audience imaginaire, une cérémonie qui chatoierait.

On y donnerait des danses et des concerts de târ alternant douze mélodies. Les tambours tonneraient, on soufflerait dans les flûtes de roseau et les danseuses sur les pieds, sur les mains, feraient rire le bronze et trembler leurs cymbalettes.

Tout cela dans le luxe d’un palais qui atteint son ultime éclat au bout du bout de l’enfilade, dans la vision d’un grand candélabre Baccarat… On l’appelle celui du « Shah de Perse ». Voilà l’infusion irradiante de l’art européen dans le palais qajar.

Dès 1861, le Golestan est taillé de facettes nouvelles, venues de Saint-Pétersbourg, de Paris et de Londres… Ces pièces de mobilier nous mènent à une petite porte sur le côté, par laquelle on s’extrait des couloirs flamboyants. Par là on rejoint notre continent, qui est fait de pays couvant en leurs musées ces œuvres qajares que l’on regarde de nouveau depuis une dizaine d’années. Le temps de tout réassembler pour se téléporter.

Images de l’exposition © Laurent Lamacz / musée du Louvre-Lens

L'EMPIRE DES ROSES

28/03/2018 > 22/07/2018

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Exposition terminée
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