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Magistral Delacroix (1798-1863) au musée du Louvre

Aurélia Antoni 4 avril 2018

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Son nom retentit dans les esprits comme une figure de liberté, de classicisme et de romantisme. Les sources d’information à son sujet ne tarissent pas et pourtant, le connaissons-nous réellement ? Du 29 mars au 23 juillet 2018, le musée du Louvre s’engage à faire redécouvrir le génie Delacroix, retraçant une carrière étonnement protéiforme. À voir absolument.

Eugène Delacroix, Jeune tigre jouant avec sa mère. 1830. Salon de 1831. Huile sur toile. 130 x 195 cm. Musée du Louvre © RMN- Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Lumière et volupté

On entre dans l’exposition ombragée en humant l’air d’œuvres grandioses. On s’arrête devant le jeune portrait du peintre ténébreux, l’allure fière et l’œil perçant. Delacroix à dix-sept ans, c’est la France en quête de gloire qui voit ses espoirs de notoriété anéantis. Dans un cahier de classe de 1815, un croquis de Napoléon à l’encre brune confirme cette déception. Sa soif de grandeur, le jeune homme la placera dans sa peinture et pas plus tard qu’au Salon de 1822…

Dans la deuxième salle, cinq immenses tableaux nous encerclent dans un fond bleu nuit pour voir « comment sa peinture perce les murs », justifie Sébastien Allard, commissaire de l’exposition. Devant La Bataille de Nancy, Delacroix assouvit son désir de guerre triomphante en peignant en son centre un cheval terrorisé monté par un soldat déterminé au meurtre. Immersion totale. On note encore l’allure du cheval en épouvante sur les Scènes des massacres de Scio ou les éclaboussures de sang sur la pierre du premier plan dans La Grèce sur les ruines de Missolonghi. Puis, ça sent la mort devant La Liberté guidant le peuple. On retrouve cette lumière tragique voire apocalyptique révélant les détails de chair macabres, jaunis ou verdis. Les contours sont bien nets et pourtant la brume avance à grands pas. La lumière de l’espoir tremblote dans le couloir de la mort quand l’odeur de la poudre semble chatouiller les narines.

C’est sans doute la qualité d’homme de lettres de leur auteur qui fait ressortir le pouvoir narratif des œuvres. Passionné par le romantisme, Delacroix dévore Goethe ou Shakespeare et se plaît à illustrer des publications littéraires comme témoignages de son érudition. Ses lithographies fascinent et suscitent une admiration face à une maîtrise irréprochable du croquis, de la hachure et des ombres. Sur Faust dans son cabinet, il façonne la lumière avec ses traits, les superposant à l’infini pour créer une profondeur inouïe.

Sur les Feuilles d’études pour la mort de Sardanapale, une esquisse à la craie blanche relevée de quelques traits sauvages, la facture si particulière de l’artiste commence à se déceler. C’est un geste sensuel, jamais rigide, toujours dans la volupté. Face à elles, se trouve une reproduction de La Mort de Sardanapale que Delacroix aurait peinte après avoir trouvé un acquéreur pour son tableau original. Le coup de pinceau vaporeux traduit une violence traumatisante dont le souvenir tourmente. Puis on admire les innombrables touches de couleurs modelant les cuisses de son Nu assis, Mademoiselle Rose et l’habileté du pli dans son « lit défait » dessiné à l’encre brune. Sa technicité en serait presque horripilante !

Eugène Delacroix, La Bataille de Nancy. Mort de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. 1831. Salon de 1834. Huile sur toile. 237 x 356 cm. Nancy, musée des Beaux-Arts © P. Mignot

Le Maroc, l’autre horizon

Les femmes d’Alger dans leur appartement éblouissent d’apparat. Par de légers dépôts de matière sur les bijoux, l’illusion fait scintiller les objets à l’œil du spectateur. Chez Delacroix, on pourrait presque se fier aux allures et expressions des chevaux pour saisir l’ambiance générale. Ainsi lorsqu’il peint le sultan du Maroc, l’artiste figure aussi un équidé qui se tient droit, tête penchée et regard fixé vers le spectateur, exagérant une supériorité avilissante.

La découverte d’une nouvelle culture permet au peintre d’illustrer des situations pittoresques. Les exercices militaires des Marocains impressionnent par l’arrêt brutal de chevaux en pleine course. Et devant les Noces juives au Maroc, on se trouve comme des intrus au milieu de la foule. Les séries d’aquarelles, les notes et croquis pris à Tanger dévoilent les dessous du Delacroix fini, un Delacroix expérimental au coup de crayon furieux de représenter. 

Au bout du couloir, l’Autoportrait au gilet vert marque une pause dans le parcours. Delacroix apparaît fièrement au firmament de sa carrière. Le Maroc fut moins une rupture qu’une respiration, un aboutissement pour le peintre qui jusque-là ne s’était jamais approprié la scène de genre.

Eugène Delacroix, Femmes d’Alger dans leur appartement.1833-1834. Salon de 1834. Huile sur toile.180 x 229 cm. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux

Au gré de son âme

La salle suivante informe sur l’homme Delacroix, grâce à une quantité d’extraits de journaux et de correspondances, à lire et relire pour saisir ses tourments, son quotidien et son art. Ensuite, ce sont des décors peints à l’allure baroque et néo-caravagesque qui impressionnent le visiteur à mi-chemin d’un parcours empli de chefs d’œuvre, qui n’en finit pas. Sur les esquisses, le trait de l’artiste se démultiplie, toujours aussi courbe et sensuel. En avançant, on se perd dans son Panier de fruits dans un jardin fleuri, découvrant une légère insouciance dans son esthétique de la nature. À côté, ses fauves nous transportent d’un délicieux paradis terrestre à des sauvageries aux compositions anarchiques. 

Versatile, complexe, Delacroix surprend par son inlassable expérimentation de genres variés. La thématique religieuse s’installe dans les salles à venir, dévoilant un pathos et une souffrance à la palette radicalement modifiée. D’une lueur tantôt verdâtre tantôt blanchâtre, l’atmosphère nocturne est résolument crue. L’amour du peintre pour la narration s’en ressent, mais La liberté guidant le peuple semble bien loin…

La dernière salle est un véritable tourbillon de peintures. On y retrouve Les baigneuses, peint à la manière de Watteau, et Le naufrage de Don Juan. On aurait presque le mal de mer sur la barque autant agitée que les flots, soulevant une femme à l’agonie et un passager mal-en-point.

Au centre de la pièce, de grands panneaux exposent des aquarelles marines ou études de ciel. Les souvenirs d’enfance de Delacroix rejaillissent avec une clarté fascinante et chaleureuse dans La mer à Dieppe peinte en 1852. « Tout en lui était énergie, mais énergie dérivant des nerfs et de la volonté… » disait Baudelaire dans son article nécrologique de 1863, La vie et l’œuvre d’Eugène Delacroix. Quelle énergie, quelle volonté pour s’être réinventé au gré de son âme et de son pinceau virtuose !

Eugène Delacroix, La Mer vue des hauteurs de Dieppe dit aussi La Mer à Dieppe. Vers 1852. Huile sur bois. 35 x 51 cm. Musée du Louvre © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Philippe Fuzeau

Il y a dans la longueur de l’exposition un excès qui sidère et peut décourager, mais la qualité des œuvres est telle que nous devons la boire du regard, d’autant plus que l’exposition s’envolera ensuite pour le Metropolitan de New York !

DELACROIX

29/03/2018 > 23/07/2018

Musée du Louvre

PARIS

En partenariat avec le Metropolitan Museum of Art de New York, le musée du Louvre présentera, au printemps 2018, une exposition retraçant...

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