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Bernard Tschumi à La Villette, « faire un parc pour le XXIe siècle »

Anne Malary 24 mars 2018

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Ce 24 mars dans l’atrium de la Grande Halle de La Villette, les architectes Bernard Tschumi, Jean Nouvel et Christian de Portzamparc ont conversé avec Jack Lang. Ce qui réunit ces personnalités ? Le lieu. La Villette fête ses 35 ans, et voici comment ses bâtisseurs parlent d’elle…

Christian de Portzamparc, Bernard Tschumi, Jack Lang, Jean Nouvel se sont réunis le 24 mars à la Grande Halle de La Villette © exponaute

Folle embellie

Il y a 35 ans, Jack Lang apprenait à Bernard Tschumi qu’il était choisi pour être l’architecte du parc de La Villette. L’ancien ministre évoque la genèse de la reconversion du site de La Villette comme un vœu : réaliser un « Beaubourg de la musique. » Le grand projet de La Villette s’intégrait à celui de la présidence : s’incarner par des réalisations fortes, liées à une pensée politique et culturelle.

Le parc était en déshérence, c’était une zone. Son dossier est confié à Paul Delouvrier et en 1979, l’Établissement public du parc de la Villette chargé de l’aménagement des 55 hectares du site, est créé.

Puis il est question de l’ensemble du parc, qui doit intégrer la Grande Halle aux bœufs, vestige du site de l’ancien abattoir devenu salle de concerts, ainsi qu’un musée. C’est le physicien Maurice Lévy qui doit donner une vision, une âme à ce qui sera la Cité des sciences et de l’industrie.

Au début des années 1980, des séries de concours d’architecture sont lancées, qui donnent aux jeunes talents l’occasion d’entrer en scène.

Le concours pour l’aménagement du parc est présidé par l’urbaniste paysagiste brésilien Roberto Burle Marc. Il compte les architectes italiens Vittorio Gregotti et Renzo Piano, mais aussi des intellectuels, des musiciens… 472 candidats y participent. Parmi eux, Bernard Tschumi, qui n’a encore rien construit :

Nous sommes en 1983, quinze ans après Mai 1968, dit Tschumi. Le premier concours ouvert et anonyme s’adresse à une nouvelle génération d’architectes, qui peuvent alors confronter leurs idées. C’est une plateforme d’échanges, et le début d’une nouvelle période. Le début d’un changement de la garde.

Le programme de La Villette est complexe. 500 pages d’une ambition incroyable. De ce grand projet, l’architecte retient la générosité. Alors qu’il bâtit des théories dans le milieu de l’architecture, il tente de matérialiser ses idées à partir d’un espace déjà existant. Il commence à dessiner sur sa table de cuisine, et surtout sur l’idée d’une liberté absolue ! « C’est ce qui permet de faire évoluer un contexte, de faire un parc pour le XXIe siècle ».

Vue aérienne du parc de la Villette © Bernard Tschumi

Pour le parc, l’architecte propose des points, des lignes et des surfaces. Soit 26 « folies » rouges posées tous les 120 mètres, des cheminements couverts, une promenade cinétique, et des pelouses.

Le jury, dit Tschumi, est très divisé. Les architectes et les paysagistes ne s’accordent pas. Un deuxième tour est organisé, au terme duquel l’anonymat est levé et les neufs projets retenus sont exposés à Beaubourg. Puis, le jury annonce son choix dans la Grande Halle. Le lauréat se souvient :

Delouvrier s’avance vers moi, immense, il met son bras autour de mon épaule, et me dit : « nous allons commencer cette extraordinaire collaboration. Mais j’ai demandé à ce qu’on remplace le mot folie par fabrique sur toutes les planches. » Vers cinq heures du matin, on remet « folie » juste avant le début de la conférence de presse. Et trois mois plus tard, ce que craignait Delouvrier arrive, Le Canard enchaîné titre « Les Folies de Mitterrand ».

Ce nom, il l’a choisi dans un climat. Michel Foucault avait publié son Histoire de la Folie, il y avait eu la Folie du Jour de Maurice Blanchot, et puis Georges Bataille… c’était aussi une époque d’irrationalité, de déraison. Et puis, « j’ai joué la provocation. Le nom a servi de catalyseur. »

Un morceau de ville

Bernard Tschumi pose des prémices. Il lie les rythmes de l’espace comme ceux d’une pièce musicale. Alors que l’architecture répétitive est méprisée, il impose des « folies » euphorisantes, car elles appartiennent au répertoire de la musique avant celui de l’architecture. Et ce faisant, il crée un projet urbain répondant à la logique de l’assemblage.

Jusqu’à la Philharmonie, les constructions se sont additionnées. Elles se collent sans se nuire, sans qu’un signe en détruise un autre, car elles ont intégré un système répétitif et fluide, un morceau de ville. C’est cela qu’il fallait créer à partir de rien : une pensée de parc sur la ville.

Parmi les réalisations que Bernard Tschumi allait dessiner plus tard, Le Fresnoy à Tourcoing, et le nouveau musée de l’Acropole d’Athènes. Pour ces bâtiments iconiques, toujours et depuis La Villette, l’architecte a procédé par idées :

Un projet commence par une manière de penser, des stratégies qu’il faut transposer dans la matérialité. Cette approche a informé tous les projets qui ont suivi dans ma carrière. Il faut commencer par la générosité des idées : c’est ce que doit être l’architecture.

Aujourd’hui, on parle de « PPP » (partenariats public-privé), avec une usine à gaz de règlementations de la conception. Ce n’est pas direct, ce n’est pas si simple.

L’architecture est un concept et une expérience. Une vie des sens. C’est ainsi que l’on fait la ville et la vie.

Bernard Tschumi en 1986 © F.-X. Bouchart

« Ce qui marque, c’est une attitude »

Christian de Portzamparc et Jean Nouvel, les architectes de Cité de la musique et de la Philharmonie, ont chacun travaillé avec le parc tel que Tschumi l’avait pensé. L’un l’a ouvert, l’autre l’a densifié.

Christian de Portzamparc livre une anecdote :

Une quinzaine d’architectes ont été invités à répondre au concours pour la Cité de la Musique. Il était prévu que tout soit relié, mais que la Grande Halle soit au milieu. Alors tout le monde s’interrogeait, s’appelait, intrigué : il fallait donc relier et ouvrir… ? Il y a eu un second tour, et Paul Delouvrier nous a annoncé : « j’ai présenté les projets au président. Il voudrait une symétrie par rapport à la fontaine et à la Halle. Si l’un de vous a un projet dissymétrique, je lui conseille de proposer une variante. » Évidemment, j’étais le seul à avoir un projet dissymétrique. J’ai décidé de le garder ainsi, et j’ai été choisi… Plus tard, le président m’a dit : « finalement, ça va avoir beaucoup de gueule ! »

Christian de Portzamparc a ouvert la place : « Je voulais que le parc vienne à la ville, qu’on le voie de l’avenue Jean Jaurès. C’est le trait marquant de mon projet. »

Jean Nouvel, en regard, a donné au parc de la densité, selon Bernard Tschumi. Densité spatiale, mais aussi conceptuelle, et culturelle.

Et ce 24 mars, l’architecte de la Philharmonie et du Louvre Abu Dhabi a parlé peu. Il a parlé pour s’adresser à Bernard Tschumi :

La Villette est unique. À chaque fois, tu as dessiné quelque chose qui n’existe pas ailleurs. Dans Le Fresnoy à Tourcoing, dans le nouveau musée de l’Acropole à Athènes, ce qui marque, c’est une attitude. C’est comme une mesure qui oblige de confronter chaque nouveau bâtiment à ton ADN, et cette ADN devient celle du quartier. Ton architecture est la mesure du lieu. Rouge n’est pas une couleur, mais ce marquage est lié à une identité qui marque l’histoire. Ce lien n’est pas figé : c’est un lien avec la ville. Ce que tu as mis là comme structure indélébile, est la marque du lieu. Tu fais vivre en fonction de cette mesure du lieu.

Pour connaître le programme complet de ce week-end festif et gratuit, rendez-vous sur le site de la Villette.

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