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Les objets de l’encens : Parfums de Chine au musée Cernuschi

Anne Malary 21 mars 2018

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Au centre du musée Cernuschi trône un bouddha monumental. Quand l’hôtel particulier ouvrit ses portes il y a 120 ans, des brûle-parfums étaient disposés au pied de la sculpture. Ils rappelaient les pratiques rituelles qu’Henri Cernuschi avait pu observer lors de son voyage en Asie entre 1871 et 1873. Aujourd’hui et jusqu’au 26 août, le musée expose ces objets de la culture de l’encens au temps des empereurs de Chine, pièces de la maison et du musée de Shanghai… embaumées par Dior.

Peinture représentant la consumation de l’encens, éventail circulaire en soie, Anonyme, 24 x 43 cm, Dynastie des Yuan
(XIIIe s. – XIVe s. apr. J.-C.), musée de Shanghai © Musée de Shanghai

Voir l’odeur

Le parfum volatile est posé à l’entrée du parcours. Sous la première vitrine, de la myrrhe comme des gommes brunes, du buis de santal, du camphre comme de blancs cristaux, cannelle, auréoles de musc, patchouli et jasmin, oliban et ambre gris…

Là commence le cheminement sensoriel, jalonné de bornes olfactives qui tout le long de l’exposition découvrent des recettes chinoises. Le parfumeur-créateur de la maison Dior, François Demachy, a réinterprété des parfums chinois à partir des formules anciennes.

Et c’est âpre au nez ! Les premières matières millénaires râpent les narines. Mais le parfumeur nous offre finalement l’interprétation contemporaine d’une ultime recette Qing…  À partir de magnolia, rose, osmanthus, jasmin sambac, « réduire les clous de girofle, ajouter du jasmin… » Ajuster à la culture olfactive !

Dans la Chine impériale, les parfums étaient désignés par le caractère qui signifie la senteur elle-même, l’effet de l’aromate brûlé pour exhaler une fumée odorante.

Mais si le parfum est fugace, il expose là au regard les formes d’art que lui a données la Chine depuis le IIIe siècle avant notre ère.

Brûle-parfum en forme de canard,
bronze, Han de l’Ouest (206 av. J.-C. –
9 apr. J.-C.), musée Cernuschi
© Roger-Viollet / Musée Cernuschi

Marcher entre les profils

Un brûle-parfum en forme de canard lève son cou entre deux larges écrans estampés. Une procession y défile, nous entourant comme les parois d’un couloir rupestre. C’est celui d’un sanctuaire de Longmen fondé au VIe siècle. L’empereur Xiaowen et l’impératrice douairière Wenzhao y présentent pour l’éternité des offrandes d’encens au Buddha.

On a le dos tourné à la vitrine par laquelle on est entré, on est face à celle que l’on s’apprête à passer. Dans la première il y a un brûle-parfum gris en forme de montagne boshalu, et au bout de la salle deux boîtes à parfum de porcelaine à couverte blanc crème, « semblables à la neige »[1].

Paysage élémentaire, pour pénétrer les pratiques rituelles bouddhiques des Han aux Tang. Mais parmi les objets de l’encens, il y a aussi des pièces profanes qui se font face…

Sous les Song, une nouvelle élite lettrée édifie une culture qui intègre l’encens parmi ses trésors, lui consacre des ouvrages, des peintures, des éventails. Les murs de jade de l’exposition continuent la couleur de ces ciels peints au-dessus des nuages, au-dessus de l’encens consumé. En face flotte parfois une phrase : « Un grain de bois d’aigle brûle tout le jour, je dévore les pages jusqu’après minuit[2]. »

Puis on atteint des sphères autrement élégantes, quand on rencontre une dame qui hors de ses drapés fluides tend son profil. Elle a piqué des fleurs dans son chignon (peut-être jasmin, peut-être osmanthe) et regarde un oiseau peint au-dessus d’elle, alors que devant nous et sous vitrine, est exposé un brûle-parfum en forme d’oie sauvage.

Il ressemble à celui que l’on devine sous la cage à encens que l’on prenait pour les baleines d’une crinoline sous la dame. Pourtant il s’agit bien d’une cloche ouvragée sous laquelle le brûle-parfum exhale ses senteurs. Les vêtements posés dessus s’imprègnent lentement du parfum, pour longtemps. Et le demi-globe semble comme un nuage porter la femme…

Chen Hongshou, Femme parfumant ses manches sur un brûle-parfum, Ming (1368-1644), 129 x 47 cm (détail) © Musée de Shanghai

Approcher les matières

Il y a non loin l’une des plus élégantes boîtes à encens : des rosaces rouges de camélia en laque sculptée… Les pétales font la matière et le relief de l’objet.

Du bronze antique, on a atteint la laque. Entre temps, on a traversé des prouesses de grès à couverte céladon. Sous la dynastie Yuan, les brûle-parfums en céramique inspirés des bronzes antiques Song ont cette couverte pâle dont les craquelures forment un réseau décoratif. Sur la panse de l’un, on peut lire huit trigrammes symboles des éléments naturels – ciel, terre, foudre, vent, eau, feu, montagne, lac. Sur celle de son voisin, un décor gravé de lotus.

Déjà il y a des chefs-d’œuvre, comme cette boîte de type tixi : une sculpture qui superpose des couches de laque d’au moins deux couleurs différentes, puis grave dans cette matière des motifs géométriques ou floraux.

On s’approche encore, on se penche sur les objets Ming faits en alliage cuivreux. L’un a la forme d’une chimère luduan à corps de cerf, à queue de cheval, et corne unique. Les brûle-parfums voisins sont parsemés de paillettes d’or, on peut deviner leurs petites particules sous la couverte.

Brûle-parfum zoomorphe, alliage cuivreux,
Dynastie des Ming (XIVe s. – XVIIe s. apr. J.-C.),
musée de Shanghai © Musée de Shanghai

À côté, la porcelaine « bleu et blanc », l’émail rouge et vert, et les émaux cinq couleurs… La tradition de l’encens sous les Ming module les talents des céramistes, des bronziers, laqueurs, sculpteurs… et elle atteint sa superbe sous les Qing. Ainsi au détour d’une vitrine on reste fixe devant un brûle-parfum en porcelaine à glaçure de type Jun. La couverte bleue jaspée de rouge a la finesse et la fluidité du papier marbré. Ces variations de teintes apparaissent quand l’émail coule sur le corps de la pièce… c’est un niveau de technicité inégalé.

En face, un porte-encens orné d’un éléphant en porcelaine rose ménage le long des pattes du pachyderme de subtils renflements de peau. Là la forme est adaptée à la consommation de l’encens en bâtonnets, et adapte l’éléphant porte bonheur. Tout est repensé dans l’objet Qing de l’encens !

Pour illustrer cela, le musée Cernuschi met enfin en scène un ensemble mobilier… À découvrir, l’encens, volatile immobile !

Brûloir à encens, porcelaine
bleue et blanche, four de
Jingdezhen, Dynastie des Ming
(XIVe s. – XVIIe s. apr. J.-C),
musée de Shanghai
© Musée de Shanghai

[1] Lu Yu, Classique du thé, 733-804

[2] Liu Kezhuang (1187-1269)

PARFUMS DE CHINE, LA CULTURE DE L'ENCENS AU TEMPS DES EMPEREURS

09/03/2018 > 26/08/2018

Musée Cernuschi

PARIS

Cette exposition au sujet inédit propose un voyage à travers la civilisation chinoise depuis le IIIe siècle avant notre ère jusqu’au X...

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