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Margiela Galliera 1989/2009

Anne Malary 20 mars 2018

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Des moulures du palais Galliera tombent confetti et câbles, sur les murs sont griffés tags, plaqués meubles et estrades. C’est ainsi que devait être la première rétrospective consacrée à Martin Margiela à Paris. Elle retrace la carrière du créateur belge du printemps-été 1989 au printemps-été 2009. Fidèle, elle a la forme d’un chantier, et retourne le Palais Galliera en Margiela !

 © Pierre Antoine

Soulever la bâche de chantier, suivre des pas rouges de biche, tourner à droite entre les murs étriqués, atteindre un terrain vague …

« Il paraissait impossible de concevoir une scénographie neutre, car les espaces où les vêtements ont été pensés, créés et présentés à l’époque ne l’ont jamais été. » dit Ania Martchenko qui a conçu la scénographie de l’exposition avec Martin Margiela lui-même.

Les premiers mannequins circulent le visage couvert d’un voile, aux pieds ces bottines tabi conçues sur le modèle des jikatabi japonaises, qui séparent le gros orteil et laissent leur empreinte peinte sur le podium. Il faut quelques secondes pour se saisir de la scène originelle.

Diplômé de l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, assistant de Jean-Paul Gaultier entre 1984 et 1986, Martin Margiela est le seul créateur belge de sa génération à fonder sa maison à Paris. Une maison bâtie comme elle déconstruit, des bottines aux vêtements non finis dès 1989, début des premières collections manifestes.

On n’observe pas seulement, on pénètre ce qui fait le matériau Margiela : ce que la mode a toujours caché. Les doublures, les coutures, les collages, les jointures, les patrons, les étages de fabrication. Les tuyaux de PVC qui côtoient cuir et mousseline.

Martin Margiela, paire de bottines « tabi » taguées, 1991
Cuir blanc, toile de coton blanc, encre feutre noir et bleu
© Françoise Cochennec / Galliera / Roger-Viollet

Les cartons arrivés « par avion » et marqués des entrepôts Sernam encadrent les silhouettes chaussées de vraies cuissardes de pêche et emmaillotées d’un pull « punk » détendu. On est dans un parking désaffecté, où sur leur carré blanc même les tabi – encore – sont taguées.

Des confetti à terre nous mènent vers la station de métro Saint-Martin « fantôme » aux rambardes rouillées plantées de cierges. Aux coins des yeux les mannequins ont des strass et le bout de leurs doigts a été trempé dans une peinture fuchsia. Ils portent des foulards imprimés vintage qui habillent l’étrange atmosphère souterraine…

On tourne le dos à ce couloir en rencontrant un grand pilier. C’est le mannequin XXXXX – taille 44 – que Margiela trouve aux Puces en 1992. Il initie ses recherches sur l’oversize : le créateur décidera d’agrandir le vêtement à 200% !

En attendant, il transforme de longs manteaux en cuir noir des années 1970 en robes « dos devant »… Un artisanat brut, avant Summer 93. Là, Margiela répare et transforme des costumes de théâtre renaissance, les surteint en noir, les déteint en blanc. Ils sont présentés face à face en couloir, entourés des définitions « blanc, blanche » / « noir, noire ». Pareillement, dans l’espace Margiela les avait à l’origine compartimentés en deux endroits : un parking et un hôpital désaffecté.

© Pierre Antoine

À ce moment de l’exposition, on a l’impression que le créateur ne « crée » pas : il collecte, réemploie, détourne, transforme. Même, il expose cette première œuvre ! Dès 1994, cinq années après ses débuts, il propose une collection « rétrospective » qui réédite ses pièces favorites unies par une teinture grise. Margiela deux fois revoie, deux fois refait.

Alors on regarde mi-étonné les vêtements de poupées des années 1970 qu’il agrandit à taille humaine : petit pull rayé rouge et beige, blouse blanche, jupe cintrée, jean taille haute… et à côté, la ligne « Replica », littéralement répliques d’habits anciens renouvelées chaque saison. « J’aime les vêtements que je n’ai pas inventés », dit Margiela.

Pas inventés non plus, les vêtements photographiés : des négatifs d’imprimés vintage posés sur des matières fluides ou transparentes. Un texte en regard achève de nous téléporter dans le défilé de ces pièces en 1996 : « Les invités se dirigent vers la salle des banquets de la Maison de la Mutualité, où sont disposées quatre longues tables en bois en guise de podium. »

Martin Margiela, épaulettes à carrure étriquée, Printemps-été 1990
Toile de coton lavée
© Julien Vidal / Galliera / Roger-Viollet

Après cette narration scénographiée, on tombe à plat. À plat devant les patrons « Stockman » portés en veste ou en plastron. Ils révèlent toutes leurs étapes de fabrication, les coutures, les emmanchures, les encolures qui peuvent être reportées sur le devant pour supprimer le volume. Plats et relevés de simplicité.

Voilà ce que crée Margiela : la formule. Comme celle de l’oversize en 2000, quand l’obsession XXXXL contamine toute sa collection et atteint un climax avec ces deux imperméables assemblés en un à quatre mains, qui tombe dans le dos. Visuellement, c’est troublant, plus encore face à deux miroirs allongeants…

Sept ans plus tard, Margiela rompt avec ses propres recherches et puise dans ses souvenirs d’enfance, tapisseries de magasins décorés au printemps, motifs kitsch, percutants : en rouge, blanc, bleu, imprimés fluo, rayures et pois en pantalon-jupe, robe-body… avec ces typologies classiques basculées, le créateur parvient encore à surprendre nos yeux et le corps.

Ce dernier atteint enfin le cône, prouesse technique de la quarantième collection Margiela : 2009 est pur et radical. La carrure est verticale, n’a plus d’épaules, est rigide comme un soldat qui désaxe, déconstruit le vestiaire.

 © Pierre Antoine

MARGIELA / GALLIERA, 1989-2009

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PARIS

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