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Learning from New Jersey à la Friche la Belle de Mai

Anne Malary 16 mars 2018

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Dans un quartier périphérique, une friche, dans la Belle de Mai, une méta-banlieue. Le New Jersey est transposé à Marseille par les yeux de Théodora Barat qui a retrouvé au-delà de l’Atlantique le visage de la Seine-Saint-Denis. Que de parallèles de béton se croisent à la lumière fluo des minéraux cueillis par l’artiste… Entrez au New Jersey par un tunnel violet, sortez éblouis par le ciel de la Friche la Belle de Mai.

Vue de l’exposition Learning from New Jersey, Théodora Barat © jcLett

Le boulevard périphérique

En arrivant dans le New Jersey, Théodora Barat a pensé : « c’est la Seine-Saint-Denis ! ». Lisière de la ville, à la lisière de deux villes, le New Jersey se situe entre New York et Philadelphie. De quoi faire de lui une périphérie modèle au profil universel, une porte de capitale, de métropole : un lieu sans caractère.

Oui mais cette terre est criblée de cratères. Terrain d’expérimentations, elle est devenue décor de science-fiction. À travers un film de 44 minutes et trois sculptures hybrides réalisées lors de sa résidence à la Friche la Belle de Mai, l’artiste rend compte de cette ambiguïté.

Théodora Barat part explorer le New Jersey en 2014. En 2016, elle est lauréate Audi Talents. C’est dans le cadre de ce programme qu’elle expose jusqu’au 8 avril un portrait actuel du laboratoire de la modernité que fut le New Jersey. Mais son œuvre n’est pas un strict documentaire.

Sur cette terre, des mineurs avec leurs lampes UV font phosphorer les minéraux qui contiennent du zinc. Ce seul trésor national brut est mis sous des vitrines fantastiques au Franklin Mineral Museum où brillent esperitz, chabazite, chondrodite. Sur ce pays, les instruments militaires et scientifiques inventés à New York sont testés jusque dans les années 1950. La Guerre froide venue, l’Etat se crible de bases militaires.

Théodora Barat filme les surfaces d’une région enclavée entre deux méga-voisines. Une terre comme une sœur ingrate que l’on charge et souillonne. Elle porte les missiles anti-aériens, elle boit les coulures de plutonium, et est recouverte d’une immense chape de béton.

C’est comme si les hommes en avaient fait une terre de Land Art sans le savoir. Quand on la regarde par la caméra de Théodora Barat, on voit une grande chose minérale observée de l’aube au soir.

Vue de l’exposition Learning from New Jersey, Théodora Barat © jcLett

Les bandes roses du ciel s’étalent en nuées sur un paysage de golf, sur un cimetière et sur des stèles, derrière se lève la devanture d’une marbrerie qui inspire à l’artiste le titre du film : PAY-LESS MONUMENT. Le temps de voir la nuit tomber, des points rouges clignoter comme des lucioles sur les routes, et des villes s’embraser de lumières acides, on atteint le paysage paranormal…

Un paysage toujours minéral. Des pierres des carrières aux baies des centres commerciaux, le long des façades des maisons – rose, menthe givrée, Lila, vert antique, ciment… tout est matière solide, même si la seconde image du film éclaire doucement des feuilles végétales et monte la cime des arbres. L’écho de roches s’entrechoquant dans nos oreilles est maintenant bruissement d’ailes, de pépiements et de vert, mais dans nos yeux les formes sont toujours inertes.

Parfois dans ce temps long, entre les machines et les arbres passe une biche qui crée une étrangeté picturale à la lumière des projecteurs. Théodora Barat enchaîne ainsi les visions comme des nappes d’ambiance, car chaque séquence a son indépendance.

Et chacune peut être prise comme une œuvre, qui a nécessité la participation d’un chef opérateur, un assistant, un ingénieur du son. L’acoustique – réalisée par Arno Ledoux – incarne le paysage tant elle traduit la profondeur, le malaise et la pudeur des lieux. Et tant elle porte l’écho d’une dramaturgie lumineuse.

L’environnement a déterminé la création artistique. Un boulevard de création périphérique et prêt à s’effondrer. Ce que Théodora Barat a aimé, c’est aussi le paroxysme et la fragilité de ce bastion monumental…

Vue de l’exposition Learning from New Jersey, Théodora Barat © jcLett

« Retenir le mur »

Les lieux parcourus par l’artiste matérialisent les strates historiques du New Jersey de la fin du XIXe siècle à la Guerre froide. Ils portent des gens qui les exhument à bout de bras.

Les vivants de cette terre marquée tentent de « retenir le mur » pour ne pas qu’il s’effondre. C’est ce qu’a ressenti Théodora Barat en filmant ces bénévoles qui animent un patrimoine pour tenter de révéler l’histoire de leur maison.

On croise ainsi la guide du musée Thomas Edison. Maison au charme de plastique irrésistiblement clignotant, de la boutique qui brille de babioles – ampoule, crayons élastiques, kit à inventer son phonographe,… – à la clameur d’être le « first », premier lieu où « it happened »…

Et « ça » peut s’appliquer à une panoplie d’événements. Ainsi l’apparition d’extraterrestres. Avec en mémoire le canular radiophonique d’Orson Welles annonçant l’atterrissage d’un engin spatial dans le New Jersey, on assiste à un show d’ufologie qui questionne les pistes des nouvelles formes de vie – et si elle ne se trouvait plus dans le système solaire mais dans le creux de notre propre planète ? On croise encore des anciens militaires devenus conférenciers sur des sites abandonnés, et des chasseurs de pierres fluorescentes.

Comme les images se superposent par strates, les sculptures hybrides installées dans la salle des Machines sont des matériaux réels du film posés dans notre dimension, artefacts de pierres fluorescentes et barrières de construction.

Vue de l’exposition Learning from New Jersey, Théodora Barat © jcLett

Les Headwall 1, 2 et 3 reprennent la structure des barrières jersey utilisées en voierie du monde entier, standards augmentés par l’artiste d’éléments composites.

Au bout d’un sillon creux, l’une a atterri comme un vaisseau sur une piste. En façade c’est une structure de béton, mais si l’on tourne autour on découvre un châssis brut qui révèle le caractère factice du module. Il est bleu et rouge comme un ovni et comme des lunettes 3D anaglyphes. Une mise en scène clin d’œil au cinéma des années 1960. L’artiste a aussi construit un cadre désuet à son film…

Une autre barrière abrite face aux chasseurs de minéraux animés, des roches posées sous une lumière qui alterne le blanc et l’extra violet.

Et sur le mur du fond, un grand missile anti-aérien Nike témoigne des radars avec ogives nucléaires qui jalonnaient les bases confidentielles comme le site de Livingston durant la Guerre froide. Aujourd’hui exposés à l’air fixe, ils donnent au paysage des allures fantastiques.

A cela s’ajoutent les cratères qui témoignent de l’expérimentation sur un terrain brouillon : un terrain dévasté, laboratoire de la destruction et aujourd’hui « de l’étiolement », confie l’artiste. Théodora Barat observe les vivants de ce milieu qui vacille comme autant de bras qui tentent de maintenir un mur chaviré, et de retarder une érosion fatale.

Le travail de l’artiste se base sur la mention récurrente du New Jersey dans les textes d’acteurs de l’Art Minimal comme Tony Smith ou Robert Smithson. Dans The Crystal Land, Robert Smithson parle de l’Etat comme d’un territoire avec des creux. Ce dernier est aujourd’hui épuisé, rebouché. Et les couches, les surfaces, les strates bâillonnées sont autant singulières que souvenirs.

Pour les révéler, Théodora Barat  a traversé la terre et construit une trilogie avec pour trois sommets le béton, l’art minimal, et l’urbanisme modulé.

C’est une fantastique exploration.

Vue de l’exposition Learning from New Jersey, Théodora Barat © jcLett

LEARNING FROM NEW JERSEY

11/03/2018 > 08/04/2018

La Friche Belle de Mai

MARSEILLE

Lauréate Audi talents, Théodora Barat présente le projet « Learning from New Jersey », une installation composée de plusieurs sculptur...

Exposition terminée
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