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Mondes tsiganes au musée de l’histoire de l’immigration

Aurélia Antoni 14 mars 2018

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Il y a un avant et un après. L’exposition Mondes tsiganes. La fabrique des images donne à voir, à questionner, à traverser les destins de familles françaises tsiganes photographiées entre 1860 et 1980. Le voyage est presque initiatique. Si le témoin photographe s’est épris un temps de la guitare emblématique, son sujet n’a pas tardé à lui échapper tant il est libre, et à le mener vers des approches multiples frappantes d’humanité.

Auteur inconnu (photographe de police judiciaire), Portraits face/profil réalisés en 1908,
M. Lopez, négatifs sur verre, 9 × 12 cm.
© Archives nationales, service central photographique du ministère de l’Intérieur, Reproduction Nicolas Dion/Pôle Image, Archives nationales, F/7/16319-16324

Face à face

Dans le musé de l’histoire de l’immigration, on marche à travers l’espace cerné de fragments de vie. Au bout du chemin on repense à notre arrivée, la construction d’un folklore de guitares ou d’éventails nous parait désormais bien éloignée. Et pourtant tout semble logiquement lié.

À l’entrée, portraits de face et de profil défilent comme un panorama de photographies judiciaires ou un inventaire de stéréotypes. L’étude anthropologique des Bohémiens mène à considérer la photographie comme vecteur d’une image catégorisée du peuple nomade.

Puis les épreuves s’accumulent comme les clichés. L’État impose à ces hommes et ces femmes des restrictions, des fichages, des expulsions aux frontières. Les photographies documentaires de panneaux de restriction écrits à la main rehaussent le sentiment d’exclusion. On peut y lire « Stationnement interdit aux Nomades au-delà de 48 heures. »

Les guerres mondiales n’épargnent pas non plus ceux que l’on nomme alors « gens du voyage ». Parmi eux, sont des communautés venant d’Autriche-Hongrie rassemblés en camps ou en dépôts surveillés, dont les rares photographies et écrits sont saisissants. En 1945, les campements sont déplacés dans les bidonvilles à la périphérie des villes, exposant les Tsiganes aux dangers des incendies et des inondations. On observe, l’œil empathique et studieux, l’évolution d’un peuple libre.

François de Vaux de Foletier, Stationnement interdit aux Nomades au-delà de 48 heures, Solignac (Haute-Vienne)

L’art d’être Tsigane

Cassant les codes des frontières et de la sédentarité, les Tsiganes représentent un modèle de vie en conflit avec une politique diabolisant ceux qui échappent à son contrôle. Les portraits tsiganes qui figurent sur la Une des journaux et magazines nourrissent une vision éternelle de fantasme et d’illusion, criblée d’illégalités provoquées.

Ils étaient vanniers, chaudronniers, artisans et sont devenus forains, montreurs d’ours, diseuses de bonne aventure. Notre fascination à leur égard les a transformés en source de divertissement, en emblème de beauté et de sensualité féminine, en mystère indomptable.

L’œuvre Gitanes de Jacques Henri Lartigue nourrit ainsi le mythe de la femme tsigane sensuelle, séductrice et mystérieuse signifiant des mèches ondulées, des jupes dansantes, des explorations de lignes de main.

Au cœur de l’exposition, la joie de vivre devient palpable, interdisant la mélancolie face aux fragments de vie disparus et aux difficultés évidentes. Des pays nordiques au sud du Chili, une salle circulaire nous emmène parcourir les régions des familles tsiganes, maîtresses de l’adaptation et de l’ancrage en toute terre.

Les photographes qui croisent leurs destins à ceux des Tsiganes se succèdent aussi. Jan Yoors rejoint une compagnie à 12 ans. Emile Savitry se lie d’amitié avec Django Reinhardt et saisit la poésie d’un violon jouant pour son fils. Jacques Léonard dévoile l’intimité d’un quotidien vibrant. Matéo Maximoff perpétue le travail familial d’archives photographiques.

Emile Savitry, Django Reinhardt et son fils Babik à l’âge de huit mois, Paris, 1945, film négatif, 6x6cm
© Courtesy Sophie Malexis

« Trois Tziganes sont étendus

Sous l’ombre d’un saule. […]

Tous les trois ils ont à leurs habits

Des trous, des déchirures.

Mais ils sont fiers et libres.

Et méprisent tout sur terre !

Trois fois ils nous ont montré comment,

Quand la vie nous est dure,

On peut dormir, fumer, chanter,

Et trois fois, oui ! en rire !

Depuis ce temps les trois Tziganes

Hantent ma pensée,

Ainsi que leur visages noirs,

Leurs cheveux sombres flottant au vent ! »

Nikolaus Lenau, Mélodies pour chant

La cicatrice du vivant

Mathieu Pernot clôt l’exposition avec Les Gorgan, travail photographique entrepris entre 1995 et 2015, dont le sujet est une famille rom installée en France depuis plus d’un siècle. Entouré de photographies à tout âge de Ninaï, de Johny ou encore de Vanessa, on est touché par l’univers entier d’une vie partagée et traduite, entre poses calculées, souvenirs de grands événements et portraits intimes. Certains choisiront une vie en appartement, d’autres reviendront à la roulotte. Certains sont grands parents, d’autres sont partis trop tôt. Les morsures de la vie sont notables et jamais n’épargnent, surtout pour qui vit pleinement comme les Tsiganes.

«  L’exposition reconstitue les destins individuels des membres de cette famille. Elle retrace l’histoire que nous avons construite ensemble. Face à face. Et désormais, côte à côte. » Mathieu Pernot

Johny, Arles, 2012 © Mathieu Pernot

MONDES TSIGANES, LA FABRIQUE DES IMAGES

13/03/2018 > 26/08/2018

Musée de l'histoire de l'immigration

PARIS

Photographier les Manouches, les Kalé et les Roms, ceux que les autres, les Gadjé, appellent les Romanichels, les Gitans et les Tsiganes, ...

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