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Oh High Society !

Anne Malary 13 mars 2018

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Le Rijksmuseum d’Amsterdam convie la High Society à briller entre ses murs de parme revêtus, et le public est invité à la regarder se regarder du 8 mars au 3 juin 2018. Tête haute, robe chatoyante et souliers vernis, la haute société se damne pour attirer nos yeux ébahis devant tant de faste et de textures larges !

John Singer Sargent, Dr Samuel-Jean Pozzi, Los Angeles, The Hammer Museum

Beauté lustrée

 « Aujourd’hui et pendant deux mois, le Rijksmuseum est en fête ! » a annoncé le commissaire de l’exposition. Du Brésil à la Norvège, chaque pays a envoyé la figure peinte qui le représenterait… Au total, trente-cinq portraits exécutés par de grands maîtres voisinent sur quatre siècles.

Illustrer des statuts politiques ou sociaux, annoncer des alliances, célébrer une beauté… les fonctions de ces portraits sont aussi éloquentes que leurs atours. Tout concourt à polir le lustre du haut du panier !

Déjà les plus anciens portraits invitent à infiltrer le sérail… Il s’agit de Catherine de Mecklenburg et de Henry IV de Saxe. En 1515, Lucas Cranach peint ce couple d’une manière jamais vue en Europe du Nord : grandeur nature et en pied. Leurs figures hiératiques sont la surface d’une mosaïque de couleurs rouges, vertes, jaunes, or… Et parmi ces ornements sont incrustés de précieux détails : les époux portent leurs vœux de mariage dans leurs bijoux, symboles gravés sur grand écran figé.

Lucas Cranach the Elder, Henry the Pious, Duke of Saxony, Dresden, Alte Meister

Mais on voit un siècle plus tard tout l’apparat exploser dans l’extravagance décadente de Richard Sackville peint par William Larkin. Le riche héritier porte l’excentricité à la fête comme dans le vêtement. Des rosettes déployées sur les souliers à la dentelle blanche de la fraise, les tiges et les lignes rendent un relief graphique et foisonnant de motifs, mille piqures d’or sur une trame en noir et blanc. Et quand on croit tout percevoir on discerne une énième finesse, des franges de gaze bordent les genoux et filtrent en transparence le tapis écarlate.

Passé le mur et de la troisième salle, d’autres illustres attendent notre regard… Ce sont Marten Soolmans et Oopjen Coppit, deux portraits de mariage peints par Rembrandt. Acquis par les Pays-Bas et la France en 2016, ils sont présentés pour la première fois au public après leur restauration au Rijksmuseum, et reluisent d’accessoires. Sur la robe de la femme, une chaine dorée, la dentelle apposée, l’anneau au bout d’un long collier guidant à la finesse d’un sourire esquissé sous des paupières rosies.

À cette fine monumentalité succèdent les grands ciels romantiques, arrière-plans de la beauté… comme celle de Jane Fleming bientôt comtesse d’Harrington. Drapée de rose comme une sculpture de nymphe animée, elle porte son bras et sa chevelure dans un même geste en majesté.

Rembrandt van Rijn, Portrait of Oopje Coppit, 1634, acquis par la France pour le musée du Louvre

Toucher des yeux

Si elle montre sa beauté sans nous regarder, d’autres exercent leur attraction par leurs yeux singuliers ! Ceux de Willem van Heythuysen sont aussi vibrants que tous les regards peints par Frans Hals. Ni prince ni noble, l’homme porte le vêtement d’un marchand de Haarlem et pose fièrement, une main sur la hanche, l’autre sur l’épée.

En face Don Pedro de Barberana y Aparregui est planté devant un mur de terre par Velázquez. Sur son torse gonflé le peintre a dessiné la croix rouge de l’ordre de Calatrava. Elle signe l’austérité contrainte de cette figure modelée, la tête ronde et l’air froncé. On dirait presque qu’il lève un sourcil pour défier son vis-à-vis de ses yeux bruns !

Mais de tous les portraits, le plus émouvant est peut-être celui de l’artiste bohème peint par Manet. Dans sa pauvre scène, chambre de hère, il tient sans la voir sa bourse des deux mains. Entre son petit foulard blanc et son chapeau penché, il fixe ailleurs son regard, loin. Sa figure est aussi éclairée que son chien qui derrière lape l’eau à même le verre, à terre.

Sir Joshua Reynolds, Jane Fleming, later Countess of Harrington, San Marino, Hunthington Art Collections

Jeux de charme

Juste en face, trois hommes arrivés à point dans la société.

Samuel-Jean Pozzi porte la main à son cœur. De la grande tenture à la robe de sa chambre, tous les rouges vibrent autour du docteur gynécologue peint par Sargent… Bordeaux, écarlate, pourpre et sang servent la sensuelle figure qui embrasa jusqu’au cœur de Sarah Bernhardt. Une seule note pique la teinte de velours : le bleu du regard, langueur mouillée…

Beau clin d’œil, une œuvre du professeur de l’auteur est placée juste à côté : la Dame au gant de Carolus-Duran nous fixe élégamment !

Autour de l’iconique « docteur Love » deux autres hommes achèvent d’illustrer la classe séductrice de la non aristocratie. David Lyon, propriétaire d’esclaves et parfait dandy. Puis Walter Rathenau, directeur d’Allgemein Elektizitäts-Gesellschaft. Flottant devant un mur de perle et sur un sol de jade, une main dans la poche, un cigare dans l’autre poignée, le dernier détone clair crayonné par Munch !

Giovanni Boldini, Marchesa Luisa Casati, New York, Christie’s Particulier

Il côtoie le climax de la haute société : la Marchesa Luisa Casati par Boldini. Cette femme charrie tout l’imaginaire des nuits de fête, d’opium et de champagne. Flamboyante de soie noire entre des traits en trombe et coups de fouet, elle est prolongée par la race aristo tenue en laisse de son chien. Elle attire, elle intrigue, et jette son regard mutin au sommet de sa figure réglisse…

Après elle, une passerelle mène à l’alcôve ronde des plaisirs coupables : dessins et gravures, ellipses moins conventionnelles de la sphère de l’intime… Là dans les draps roses, on quitte la représentation et le paraître pour être voyeur de luxure confidentielle.

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