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L’événement Schöffer au LaM

Anne Malary 1 mars 2018

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Nous vous avions annoncé cette « rétroprospective » consacrée à Nicolas Schöffer, artiste visionnaire et père de la cybernétique. Elle a commencé le 23 février au LaM de Villeneuve d’Ascq, et déplie toutes les dimensions d’une œuvre toujours active. Voici quelques-unes de ses facettes qui nous ont fait valser, rêver, planer… tant et si bien qu’on vous les présente à l’envers : moteur !

Jean-Jacques Morer, Danseurs avec projections dans Kyldex I, 1973. © Jean-Jacques Morer, 2018. © Adagp, Paris – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2018

Valse clap clap !

Quand le commissaire nous invite à pénétrer dans cette exposition ritournelle et « musique visuelle », le robot Lux tourne déjà comme un carrousel et on entend les échos d’un boucan rythmé par un bruit aigu. Quelles mécaniques sonores nous appellent ?

La curiosité est le point d’entrée de cette exposition-spectacle, cette promenade entre des robots qui tournent sur leurs socles dans un éclairage transformant l’espace…

Ainsi l’ensemble « lumino-dynamique » – dont Schöffer dépose le brevet en 1958 – rend la sculpture inséparable d’un ensemble de projecteurs, brasseurs de lumières et écrans de projection. Pour murs, de larges toiles blanches tendues reçoivent le théâtre des ombres de ces créatures.

Partout les couples Lux et Chronos valsent et se propagent hors d’eux-mêmes en formes de flashes. Parmi eux, Chronos 13 (1974). On le piste en tendant l’oreille car c’est lui qui cadence la valse de son petit tintement… et on trouve une colonne tournante fermée par des volets de plexiglas articulés. Ces derniers s’ouvrent lentement selon des mouvements programmés pour révéler le cœur de l’objet qui génère des effets luminodynamiques !

Vue de l’ancien atelier de Nicolas Schöffer à Paris en 2017. Au centre : Chronos 13, 1968. Collection Éléonore de Lavandeyra-Schöffer. Photo : N. Dewitte / LaM. © Adagp, Paris – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2018

Chronos nous introduit aux robots danseurs, moteurs en route, hélices qui s’agitent ! Quand on claque des mains, ces cerveaux électroniques font leur ronde sur la piste. Le danseur cybernétique CYSP 1 est ainsi stimulé par le son, l’obscurité l’arrête et le fait repartir dans une nouvelle direction. Il incarne, écrit Schöffer, la « libération totale de la sculpture ». Craquer le corset, c’est supprimer les volumes opaques, l’ossature apparente, et faire valser le corps au rythme des sons électroniques !

Schöffer impulse là un mouvement « organique ». En décembre 1955, la revue Radar ne le contredit pas en présentant CYSP 1 comme « la partenaire idéale ». Oui, au féminin ! C’est elle qui prend pour partenaire Maurice Béjart, directeur des Ballets de l’Étoile, pour exécuter des pirouettes avec « la précision sinon la grâce d’une danseuse étoile » :

Dès que je la vois, assure Maurice Béjart, elle me suggère des mouvements. Un jour, j’aurai peut-être toute une troupe de ce genre. Elle sera moins turbulente qu’un ballet de femmes toutes en chair et en os !

Puis Chronos 8 dansera à l’opéra de Hambourg en 1973 dans le spectacle Kyldex 1 dont Schöffer conçoit la chorégraphie. On sourit devant ce robot qui siffle comme un serpent, Cysp 1 le rejoint et nous devant prenons la mesure de cette polyphonie élémentaire, ces formes rouges, blanches et jaunes au allures de Calder. Géométrie mobile !

Dream machines

Si l’on est fasciné devant ces créatures ludiques, on est hypnotisé devant les Dream machines de Schöffer : le Luminoscope et le Téléluminoscope, brevetés en 1958 et 1963.

Le Lumino développé par Philips a des allures de Minitel mais son écran s’allume pendant 45 minutes toutes les heures et alors, c’est comme dans un océan… « I am The Dream Machine. Look deep into my colors » dit-il.

Nicolas Schöffer, Lumino Philips, 1968. Collection Éléonore de Lavandeyra-Schöffer. Photo : N. Dewitte / LaM. © Adagp, Paris – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2018

Brassant les couleurs en vagues chromatiques, les infusant dans l’écran aquatique, le Lumino nous plonge parmi des algues ondulantes qui provoquent en nous une très lente léthargie…

Sur le même mur est diffusée la « Préparation au sommeil » élaborée par Nicolas Schöffer pour la télévision. Il faut expérimenter cette œuvre, se planter devant, la fixer et se laisser bercer, puis de nouveau couler progressivement…

Le manuscrit de ce programme relaxant est sous vitrine. Il déroule une partition de couleurs accompagnées de notes qui ressembleraient presque à celles d’une Gnossienne : « ondulations étirées », « sensation d’enlacement », tout cela est quasiment « très luisant » !

Voilà l’aboutissement psychédélique d’une pensée qui a posé des années plus tôt les fondations du « spatiodynamisme ».

Tours de ville

Le « spatiodynamisme » est défini en 1952 par Schöffer comme « l’intégration constructive et dynamique de l’espace dans l’œuvre plastique ». À l’échelle monumentale, l’architecture et l’espace selon Schöffer s’imbriquent dans la rénovation totale de l’urbanisme : c’est l’invention de la ville « spatiodynamique ».

Sur les murs du LaM sont exposés les mots d’un architecte ordonnant les unités d’une « cité horizontale, sans l’effet écrasant des gratte-ciels » qui « planera au-dessus du terrain, donnant un effet d’allègement. » Cette ville, c’est l’« Alpha habitat » conçue sur pilotis, libérant le sol pour les loisirs, les jardins, l’agriculture.

Sur les plans, les dessins et les carnets figurent des habitations, des théâtres, et même un centre commercial pour Châtenay-Malabry dessiné avec l’architecte Claude Parent en 1954-1955. C’est le visage de cette ville fonctionnelle et futuriste…

…mais il lui faut aussi des tours et des villas ! Justement, sur une même ligne en voilà trois : trois profils verticaux qui projettent derrière les spots leurs ombres d’acier et les facettes de leur poli miroir. Des courbes, des lignes géométriques et des vides.

La première est la Tour Lumière Cybernétique (1967) imaginée pour le nouveau quartier de La Défense à Paris. On la voit sur un dessin en perspective, comme un signal qui projette ses rayons sur le ciel urbain la nuit. Elle est faite de mille rectangles et carrés, tant d’unités combinées sur un phare hérissé ! Paris Match annonçait alors une « super-tour Eiffel » « fulgurant d’éclairs et de flashes polychromes ».

Nicolas Schöffer, Tour Lumière Cybernétique de Paris-La Défense en situation, illuminée, vers 1970 (vue d’artiste). Collection Éléonore de Lavandeyra-Schöffer. Photo : N. Dewitte / LaM. © Adagp, Paris – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2018

C’est le grand moment de l’architecture visionnaire. On dépasse là la ville Alpha. Toute sculpture a son ton et sa logique de « centre opérateur » calculé pour la société de l’info-com. La ville spatiodynamique devient cybernétique.

Face à cette grande échasse jamais réalisée, un Soleil. Ce disque tournant comme un tournesol est garni de rubans métalliques réfléchissant la lumière et l’énergie solaire. Il devait s’insérer dans les projets de Schöffer autour de 1980.

On découvre devant les maquettes chauffées à ses rayons la Tour Soleil de Los Angeles, mais aussi la superstructure d’un péage routier, et une sculpture publique faite pour être frappée et défouler les pulsions agressives !

Premières créatures

Quand on a marché parmi ces tours futuristes et ces êtres robotisés, revenir sur ses pas pour contempler les premières œuvres de Schöffer offre une lecture éclairée.

La première peinture, Le Prophète, annonce déjà les citadelles futuristes. Fascinés par un être visionnaire, des personnages comme des statues d’argile entre de hautes tours s’agglutinent. Près de ce paysage aux allures de Cinquième élément, des créatures bifaces tracées à l’encre. Monstres surréalistes et hybrides sortis du crâne d’un docteur Frankenstein…

Nicolas Schöffer, Le Prophète, 1932. Courtesy Janos Haas – Haas Gallery, Budapest. Photo : Haas Gallery, Budapest. © Adagp, Paris – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2018

Par ses multiples collaborations, Nicolas Schöffer était à la pointe de la création musicale, dansée, mise en scène et filmée. On en avait presque oublié que l’ingénieur était artiste.

Les collections du LaM nous le rappellent, avec le portrait de Fleury Joseph Crépin. C’est Schöffer qui a représenté son ami.

Crépin était un plombier-zingueur et quincailler, proche des milieux spirites. Entre 1940 et 1950, dans ses « tableaux merveilleux » il représente des motifs perlés en relief, construit des surfaces étagées et colorées.

Avec lui Schöffer s’approche de l’art médiumnique qui projette des idées transcendantales, et rejoint peut-être là la dimension magique contenue dans sa technologie. Schöffer bâtisseur « émerveilleur », qui louait l’« architecture du rêve » de Crépin…

NICOLAS SCHÖFFER. RÉTROPROSPECTIVE

23/02/2018 > 20/05/2018

LaM – Musée d’art moderne et contemporain de Lille Métropole

VILLENEUVE-D'ASCQ

Cette exposition consacrée à l’œuvre de Nicolas Schöffer, artiste français d’origine hongroise (1912-1992), prend le parti de la ...

Exposition terminée
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