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Résonance : deux musées trois consonances

Anne Malary 22 février 2018

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Le Fonds régional d’art contemporain (Frac) Normandie Rouen révèle ses dernières acquisitions, et la première partie de cette exposition se déroule jusqu’au 13 mai au musée des Beaux-Arts de Rouen. S’exfiltrer afin d’éclairer les œuvres par parallèles, cette idée est une réussite. C’est une des plus belles expositions de la saison, peut-être parce qu’elle s’affranchit des codes, crée et offre une libre résonance !

Evariste Luminais, Deux académies d’homme, 1896 © Y. Groslambert/Réunion des musées Métropolitains Rouen Normandie

L’espace à l’œuvre

Un bunker, un Panthéon, un carré dans le plafond. Triple écho translucide dans l’avant-dernière salle de l’exposition.

Le premier – Point de vue (2012) par Jonathan Loppin – est une maquette de bunker traduite en volume de plexiglas et posée sur un plateau de verre. Le second est une reconstitution à l’aquarelle de la cour du Panthéon d’Agrippa à Rome par Georges Chedanne, datant de 1891. Le dernier, c’est le niveau percé du musée lui-même qui sépare la salle du grand hall et sur lequel est tendu un carré de toile.

Le blockhaus opaque est fait transparent, la cour de marbre est décrite par une perspective aérienne flottante, la topographie de l’espace parfait cette scénographie si fluide… Passage exemplaire de l’exposition « Résonance » qui se visite en ce moment à Rouen. Une poésie nécessaire qui appréhende tous les arts par leurs formes et leurs expressions.

Cette narration sans bride se déroule en cinq thèmes : la nature, le corps, les espaces architecturés et les nouvelles formes de récit.

Vue de l’exposition

Les formes parallèles

En entrant, on s’attendait à voir les œuvres contemporaines éclairées par celles du passé. Mais la collection du Frac est aussi un relief pour celle du musée des Beaux-Arts. Les rappels, les renvois, ces ponts et passerelles durent sur plus 110 œuvres et jamais ne nous perdent.

La première salle expose peut-être les lignes parallèles les plus allongées par les commissaires, et c’est heureusement osé !

Au XIXe siècle, Auguste Anastasi trace à la pierre noire et à la gouache les profils stricts des carrières de Grignon sous un ciel traversé par les oiseaux. En 1919, Bernard Plossu en Arizona photographie un aigle survolant le pays apache. Les paysages sont minéraux ; hors cela rien à voir. Sauf que les volatiles rompent dans le ciel les lignes horizontales de la pierre.

Ce que l’exposition donne à voir c’est justement cette construction du paysage, « de l’horizontale à la verticale, du centre aux marges ». On dépasse l’observation érudite, on embrasse la contemplation… et on atteint la délectation devant les œuvres à l’encre, à l’acrylique et au crayon de Thomas Müller. Elles sont faites de lignes si proches qu’elles ressemblent à des feuilles lisses, des pétales ou des voiles nouées dans l’abstraction.

Au milieu comme dans chaque salle, des livres d’artistes sont sous vitrine. Ici l’Encyclopédie parallèle de Batia Suter avec des diagrammes, des mesures et des sources numériques de l’origine du paysage.

Panneau en cuir repoussé, peint, doré, XVIe siècle, Italie. Rouen, musée des Antiquités.

Si l’on approche en macro la nature des arbres, on atteint le « feuillagisme » dans la deuxième salle. Il y a là un mur d’images sublimes.

La Vie secrète (2012) de Sylvaine Branellec fixe la projection de feuillages sur un drap blanc tendu dans le jardin l’été. Joachim Koester en regard, est l’auteur de photographies contemporaines plus scientifiques. Pour la première, il joue avec la focale afin de confondre une mante religieuse avec la végétation environnante. Sur la seconde il fait sonner les surfaces et les couleurs d’une nature à la loupe…

Près de son œuvre vibre un petit panneau en cuir repoussé et peint, doré, avec des rehauts colorés. Cette antiquité était accrochée au XVIe siècle dans un intérieur italien et représente un oiseau au plumage de petits grains brillants, l’aile levée. Autour, des feuillages arabesques… Ce carré organique met en relief l’approche décorative et le jeu des surfaces des photographies voisines. De tout coin de la pièce il rayonne, ce phénix qui se gondole !

Collier Schorr, Untitled (back), 2011. Collection Frac Normandie Rouen

Échos de fonds

Outre les formes, « Résonance » lie des artefacts séculaires à des œuvres contemporaines pour créer des échos libres de sens et de fonds.

Illustrant le corps à l’épreuve, les Effets coercitifs (2013) de Sophie Dubosc nous font face. 24 morceaux de mousse blanche sur un mur blanc : cette installation clinique est un répertoire de la torture en ficelle, mousse et résine.

Sur le mur voisin, des petits papiers photographiques tués de plusieurs balles sont alignés. L’artiste, Jonathan Loppin, a tiré sur eux et exposé au premier plan les plombs qui les ont transpercés ainsi que les fragments de papier tombés. Snapshot (expander) (2012) fait allusion au tirage photographique et présente la naissance d’une œuvre par la destruction littérale.

Elle crée aussi l’impact direct : en face, sous vitrine, il y a un casque corinthien oxydé par le temps. Au VIe siècle avant J.-C., l’objet était doré et étincelant. Aujourd’hui c’est une feuille, une carcasse érodée, un fragment de guerre dont il reste encore un œil sur le côté pour observer les feuilles shootées.

Initiale N filigranée – parchemin enluminé. Italie, deuxième moitié du XVe siècle. Rouen, musée des Beaux-Arts © IRHT-CNRS/Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

L’exposition élargit toutes les dimensions de l’expérience du corps qui est femme, homme, trans, mise en scène et rejet, plastique ambiguë… Elle applique aussi ce processus au portrait qui singularise ou objective les personnes comme les intérieurs, espaces imaginés, mémoriels, dématérialisés.

Les nouvelles formes de récits exposent un panorama sélectif de la collection exceptionnelle de livres d’artistes du FRAC Normandie. La page épuisée par Julien Nédélec dans La mort du livre de 1985 à 1999 côtoie un livre d’heures à l’usage de Rome du XVe siècle, et autres trésors bibliophiliques… Le temps crée des parallèles que l’on n’attendait pas, et l’exposition se clôt, encore, sur un choix d’œuvre qui ne sature ni ne perd la compréhension du spectateur. Au contraire, il l’éclaire.

« Résonance » : ce titre est aussi le lieu qui agence avec grâce les échos et crée une acoustique évidente. Après cette exposition, les œuvres des Beaux-Arts de Rouen infiltreront les salles du Frac. On a déjà hâte de parcourir cette autre scénographie, troisième lieu des musées !

RESONANCE

17/02/2018 > 13/05/2018

Musée des Beaux-Arts de Rouen

ROUEN

Dans le cadre de ce parcours 2018 dédié aux collections, le Fonds régional d'art contemporain (Frac) Normandie Rouen s'est associé au Mu...

Exposition terminée
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