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Man Ray, l’oeil et la valse

Anne Malary 20 février 2018

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Depuis le 14 février, le Kunstforum de Vienne présente Man Ray en artiste universel. L’exposition qu’il donne à voir fait tourner les objets, contourne les motifs et pose les visions d’un scrutateur. Valse viennoise à mille temps autour de quelques-uns de ces artefacts !

Violon d’Ingres, 1924 (1990) Courtesy Galerie Johannes Faber © MAN RAY TRUST/Bildrecht, Wien, 2016

Alors qu’à Paris le Jeu de Paume dévoile les photographiques du maître dadaïste Raoul Hausmann (1886-1971) – né à Vienne – le Kunstforum révèle une œuvre complète parfois éclipsée par une icône surréaliste, Le Violon d’Ingres de Man Ray (1890-1976) – mort à Paris.

Des colonnes blanches marbrées de rouge, incrustées de bleu à chaque passage de porte, encadrent le visage de l’homme signé d’une écriture ronde. Man. Ray. L’œil comme un rayon observe et orchestre la valse du monde-objet à travers 200 œuvres issues de collections internationales : le Museum of Modern Art et le Whitney Museum de New York, le Centre Pompidou, la Tate de Londres, la Fondazione Marconi de Milan…

Tôt fasciné par le dessin technique qui fait tourner les objets dans toutes leurs dimensions comme des formes abstraites, Man Ray observe et décline ainsi les choses matérielles et humaines.

En 1913, il séjourne au sein de la colonie d’artistes de Ridgefield et parcourt à New York l’Armory Show. Il y découvre les œuvres originales de Georges Braque, Pablo Picasso, André Derain, Henri Matisse, reste fasciné par les formes cubistes et les éléments fauvistes. Sa première femme, la poète belge Adon Lacroix est son motif de prédilection pour appliquer le vocabulaire de l’avant-garde européenne. Woman Asleep, c’est elle dans la lueur silencieuse d’une lampe à huile, visage ombragé posé comme un objet sculpté.

Woman Asleep, 1913, Whitney Museum of American Art, New York

« Le Roi est à moi, la Reine est la tienne » : un échiquier exposé dans la même salle, lustre de pions noirs et dorés sur carreaux de plateau marbré… Cette invention en bois et bronze introduit la collaboration entre Marcel Duchamp et Man Ray à partir de 1915, lors du retour du second à New York. Si Man Ray s’inspire des readymade comme des perspectives radicales, il crée aussi son propre vocabulaire visuel. C’est Duchamp qui lui enseigne les échecs. Les deux amis se rencontrent régulièrement au Marshall Chess Club de Greenwich Village. La structure, le schéma de la table et des figures du jeu deviennent des éléments centraux dans l’œuvre de Man Ray. Derrière l’exemplaire posé sous la vitrine sont encadrés des profils de pions dessinés au crayon graphite : des études comme des patrons sur mesure ou des gouachés, des bijoux !

Objets précieux, et bientôt indestructibles. Au début des années 1920, Man Ray est pris dans le tourbillon parisien, dada et surréaliste. Lui aussi poétise ce qui l’environne. En résultent un fer à repasser, une machine à coudre, des boîtes d’allumettes posées sur de longues tablées : les inspirations quotidiennes servies sur un plateau Man Ray ! Autour, des peintures, des photographies déclinent les visions planes de ces tridimensions.

Jeu d’échecs, 1920/1962, Sammlung, Collection Marion Meyer, Paris

Parmi elles, un objet à détruire : c’est un métronome faisant osciller le cliché d’un œil accroché au pendule par un petit trombone. Le rythme oculaire animait le travail à l’atelier « pour créer l’illusion d’être regardé quand je peins » disait Man Ray, ordonnateur observé du spectacle valsé !

Cet œil, on le retrouve derrière le prochain mur. C’est un fragment de Lee Miller dans un petit cadre, qui révèle au verso quelques vers écrits en octobre 1932 à la femme qui le quitte, femme statue et adorée :

With en eye always in reserve

material indestructible…

Forever being put away

Taken for a ride…

Put on the spot…

The racket must go on –

I am always in reserve.

Ce poème entouré des vues de Miller – sa gorge renversée, de sa taille à ses fesses, ses courbes objectivées – clôt la liaison esthétique et érotique des amants. Mais la section voisine illustre de même le corps approprié, décliné, joué, redessiné de lignes en alphabet poétique, sur un air de Cocteau…

Indestructible Object, 1923/65, Metronome, Collection Marion & Eva Meyer, Paris © Marc Domage, courtesy Galerie Eva Meyer, Paris. © MAN RAY TRUST/Bildrecht, Wien, 2017

De tous les portraits fixés ensuite par le procédé de la solarisation, on retient – encore ! – le profil sublime et le regard mouillé de Lee Miller. La plus sensible peut-être de toutes ces icônes de mode illustres, solides et contournées de lignes matérielles… Comme la peinture de Man Ray à la fin des années 1930.

Cette dernière a des allures prophétiques. Ainsi La Fortune : un billard avancé sur une terre aride et un ciel polyphonique semé de nuages colorés. Nuances primaires sur un paysage simplifié comme une peinture de Hodler. Perspective irréelle et pourtant de son temps, qui annonce le nazisme imminent.

Solarized Portrait of Lee Miller, 1929, Museum Ludwig, Köln © Rheinisches Bildarchiv, Köln © MAN RAY TRUST/Bildrecht, Wien, 2017

On s’arrêtera à la fin devant Les Voies Lactées (1974) à la gélatine comme des surfaces d’écorce. Ce sont des coulées de lait sur des plaques de verre. Onze photographies de sillons esthétiques qui reviennent à l’expérience abstraite des toutes premières photographies de Man Ray…

Son travail a mille temps. La bouche de Kiki de Montparnasse capturée par solarisation en 1929 est plus tard élargie en motif flottant au-dessus du Jardin du Luxembourg. Les lèvres sont peintes comme deux corps serrés l’un contre l’autre. Derrière, l’Observatoire de Paris et ses dômes évoquent une poitrine de femme…

Humour et secret, cache-cache érotique et valse des choses infinie… Après Man Ray, Jean-Paul Gaultier a repris l’esthétique de Noire et blanche pour illustrer son parfum Classique, les cosmétiques Nars ont imprimé les lèvres de Kiki sur un highlighter solide… Man Ray, œil et icône pop !

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