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Adolphe Braun : l’évasion photographique, une expédition fantastique

Anne Malary 18 février 2018

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Dans la nouvelle architecture du musée Unterlinden se déploie l’évasion photographique d’un grand entrepreneur, Adolphe Braun (1812 –1877). Des murs de chapelle font résonner les craquements des larges glaciers blancs sous les pics fixes et gris. Ces expéditions captées en altitude succèdent aux impressions d’animaux et de fleurs, précèdent les panoramas et les reproductions d’œuvres… Mille fuites pour l’œil !

Adolphe Braun, Le Cervin et le lac Riffelsee, Tirage au charbon, Collection particulière / Droits réservés

Évasion en majesté

Les murs de la pièce carrelée transpirent encore le chlore. L’ancienne piscine de Colmar est maintenant reliée au cœur du musée Unterlinden, couvent du XIIIe siècle. Au bout de ses escaliers en colimaçon blancs, on n’atteint plus les vestiaires mais l’évasion… C’est dans une nouvelle architecture, l’Ackerhof, que se tient la nouvelle exposition temporaire dédiée à l’œuvre photographique d’Adolphe Braun.

Le premier cliché expose son entreprise à Dornach, faite de volumes triangulaires sériels. En face, le portrait du patron au regard sévère et visionnaire. Adolphe Braun, photographe français, a exploité et perfectionné des procédés techniques de 1851 à 1877. Il a commercialisé et diffusé en masse le tirage comme une production d’usine, a bâti la plus grande entreprise de son genre en Europe et offert aux yeux du public le plus large des vues fantastiques…

Le musée Unterlinden détient une collection de tirages et de négatifs cédée par la société Braun. Il dévoile avec le Stadtmuseum de Munich l’intérêt et la majesté de ce fonds lié au système des arts du XIXe siècle.

Sous l’extension du musée en forme de petite cathédrale, les sections se déploient comme des chapelles ouvertes. Un toit pyramidal, une fenêtre en ogive. Et des murs qui dans ce blanc limpide posent des pans rouges et bleus, passages élégants d’un espace moderne et évident.

Adolphe Braun, Alpinistes sur le glacier de Morteratsch, 1875, Tirage sur papier albuminé, Collection particulière / Droits réservés

Au détour de ce lieu comme un écrin de montagne sont posées une chambre noire mobile et une tente-laboratoire sur pied. Ce matériel d’expédition était déployé quand les conditions météorologiques et la lumière étaient adéquates, pour développer les négatifs en face du paysage…

Nous observons justement en regard les chutes du Staubbach se jeter de la roche humide et déchiquetée. Loin derrière, il y a la neige et les forêts de pins. Devant, les dos des dunes. Puis le Cervin en relief inversé à la surface du lac Riffelsee comme la Suisse dans les yeux de Ferdinand Hodler. La Mer de glace et l’aiguille des Grands Charmoz. La profondeur d’un gouffre devant les sommets couleur ardoise.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, la limite de l’enneigement permanent constitue un obstacle difficilement franchissable pour les peintres et photographes. L’opérateur et son équipage devaient pratiquer l’alpinisme. Ici, minuscules, ils prennent la pose sur une vue accidentée des glaciers de Grindelwald, là ils pénètrent une grotte humide à contre-jour…

Les clichés de Braun révèlent ces images monumentales et inaccessible au public, mais ils constituent aussi une référence pour les cartes topographiques, la connaissance géologique et le tourisme naissant. Pour nos yeux contemporains, ce sont des captures infiniment esthétiques, des lignes des strates glaciaires à celles des hauts pics et des chemins sur le ciel.

Adolphe Braun, Château d’Engelbourg, 1859, Tirage sur papier albuminé, Collection particulière / Droits réservés

Premières impressions

Toutes ces vues ont la valeur de premières impressions. Comme les images que l’on trouve dans un énorme livre en maroquin rouge posé sous une vitrine : L’Alsace photographiée. Cet ouvrage fait la célébrité d’Adolphe Braun en 1858-1859.

La cathédrale de Strasbourg, les visages froncés et les drapés gothiques des Vertus terrassant les Vices. Le château de l’Ortenbourg, ruine sur la colline. L’intérieur du Haut-Koenisbourg, amoncellement de pierres, escalier en volée digne et effritée. L’Œil de la Sorcière hérissé d’herbes arides au château d’Engelbourg…

Ces motifs choisis par Braun sont largement diffusés : c’est sur ce principe que repose sa grande fondation !

Adolphe Braun, Bouquet de pieds-d’alouette et de digitales, Vers 1855, Tirage sur papier albuminé, Collection particulière / Droits réservés

C’est l’histoire d’une entreprise née en Alsace, où Braun réalise d’abord des planches lithographiques en recueils, des modèles floraux pour l’industrie textile et les arts décoratifs… Jusqu’à ce qu’il utilise le langage de la photographie !

Ses premiers clichés sont des bouquets naturalistes dont la presse loue le rendu précis des couleurs, le respect des teintes et des valeurs, la plastique comparable aux plus illustres peintures du temps. Braun relève le défi technique du collodion.

Tulipes, cerisiers, narcisses en biais fleurissent, on ne voit pas leurs racines. Sous nos yeux, en éclosion, des pétales marbrés comme du papier de Venise. Roses et chrysanthèmes, petites cloches prises comme elles se profilent, digitales et pieds d’alouette. Longues quilles de jacinthes émergées de leurs bulbes et grosses têtes tendues de camomilles. Papier de soie, papier de crêpe. Renoncules à mille franges, froufrous juste dilatés.

Tant d’effets naturels qui paraissent nouveaux relèvent d’une fraicheur agencée : il faut lier les tiges et les tremper dans l’eau durant quatre heures avant de photographier ! Ces motifs inspirent les fabricants de tissus d’ameublement sous le Second Empire. Dessus les digitales pourpres tombent leurs trompes tachetées. Et nous croyons toujours regarder pour la première fois comment se mettent les fleurs, comme elles tombent et nous ébahissent !

Après ces images, des vues végétales en négatifs relient deux murs comme une petite passerelle nous menant vers la technique du stéréoscope. Inventé au début des années 1850, il permet au bourgeois de « voyager dans son fauteuil », produisant dans un même instant deux photographies jumelles qui restituent le relief. Corps en bois, miroir à glissière et soufflet sont conçus par les ébénistes ; les objectifs à monture de laiton sont fabriqués par les opticiens.

On découvrira après ce bel objet la chambre photographique panoramique qui permet à Braun de créer plus tard des vues horizontales du Lac majeur, Isola Bella, de la Suisse à l’Italie, et puis Paris, l’île de la Cité en tableaux panoramiques.

Adolphe Braun, Troupeau de moutons s’abreuvant, Vers 1858, Tirage sur papier albuminé, Münchner Stadtmuseum, Sammlung Fotografie

Empreintes picturales

Ces clichés comme des cadres influencent les peintres. Tout le long de l’exposition, ce lien plastique est exploré et peut mener à la surprise lorsque l’on aborde l’idée inédite d’Adolphe Braun : composer des trophées de chasse !

Étranges vues décoratives que ces cadres où l’on observe les moindres plumes et poils des gibiers crucifiés avec élégance près des fusils et des arceaux, toutes les ombres des fleurs et des feuillages dans des compositions pyramidales. En regard, l’exposition présente le Trophée de chasse de Manet, dans la tradition de la nature morte hollandaise du XVIIe siècle.

Braun innove aussi – et avec plus de succès ! – quand il photographie les animaux dans les bâtiments de ferme ou en liberté dans les champs. Nadar faisait poser de profil des spécimens de comices dans des studios de plein air. Sur les vues de Braun, un mouton peut se détacher de son troupeau par la mise au point : derrière et devant les montagnes et l’herbe sont floues comme les autres duvets blancs.

Les chevaux montrés par les valets prennent des poses expressives qui font luire leur robe. Rosa Bonheur regarde ces images et les colore. Le crin blanc de son Cheval fixe est semé de ciel bleu, ses sabots sont vert tendre comme le sol entre les genêts.

Adolphe Braun, Vénus de Milo, Tirage au charbon, Münchner Stadtmuseum, Sammlung Fotografie

Ces échos picturaux s’assemblent pour constituer le propos du dernier chapitre de l’exposition : la reproduction d’œuvres d’art majeures par la technique du tirage au charbon. Les fresques de Michel Ange, les gravures de Dürer s’insèrent sur carton bleu entre des lignes tirées à la main. En 1865, l’entreprise Braun acquiert le brevet de reproduction de Joseph Swan et remplace le charbon par des pigments colorés pour s’approcher du dessin originel. Des générations de critiques, conservateurs, historiens, étudient grâce à ces éditions.

Dernier écho plastique, le Retable de la Passion d’Holbein le Jeune, vu par Jean-Jacques Henner qui réalise son Christ au tombeau horizontal et blanc. Aussi blanc que le marbre de la Vénus de Milo reproduite quand l’entreprise Braun obtient une franchise exclusive comme « photographe officiel du musée du Louvre ». Grandiose aboutissement…

Et fantastique final : vous croiserez dans le musée le seul appareil connu pour provenir de l’entreprise Braun à Dornach. Une chambre photographique au collodion, de format 50 x 40cm !

L’ÉVASION PHOTOGRAPHIQUE — ADOLPHE BRAUN

17/02/2018 > 14/05/2018

Musée Unterlinden

COLMAR

Du 17 février au 14 mai 2018, le Musée Unterlinden de Colmar présente une rétrospective consacrée au photographe Adolphe Braun (1812-18...

Exposition terminée
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