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Henri Michaux : hors de soi à Bilbao

Anne Malary 8 février 2018

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Des taches créent des visages, des lignes d’encre inventent des signes et des foules, des substances produisent des hallucinations. C’est toujours l’œuvre de l’autre, la matière, pas moi. C’est l’art plastique d’Henri Michaux (1899 – 1984) qui là sort de soi et n’écrit plus « je ». Jusqu’au 13 mai au Guggenheim de Bilbao : « Henri Michaux : l’autre côté ».

Henri Michaux, Sans titre, 1938, Aquarelle et gouache sur papier noir, Collection particulière

Apparitions et frottages

Si en entrant dans l’exposition du Guggenheim on a en tête une poésie qui remue, c’est qu’elle affleure les œuvres de Michaux, mais c’est aussi qu’elle est encore un corset qui serre son art. Son dessin et sa peinture, nous allons le voir, sont libres.

Elles apparaissent à la surface des supports comme des flaques : des taches colorées qui font des visages, des créatures, des scènes et des paysages. Parfois dans ces rêves passent des chevaux. S’ils ont des allures originelles de peintures pariétales, ils ne sont typiques que des mirages de Michaux.

Ce serait bien une flamme, si ce n’était déjà un cheval, ce serait un bien bon cheval, s’il n’était en flammes. Il bondit dans l’espace. Combien loin d’être une croupe est sa croupe éclatante de panaches ardents, de flammes impétueuses ! […] C’est comme ça qu’il est mon cheval, un cheval que personne ne montera jamais.

On cherche sur toute œuvre à identifier des formes comme dans un jeu de nuages. Sur ces derniers sont maints visages et tant de fantômes. Il y a même une figure rouge et pointillée qui semble l’empreinte du Christ tiraillant le Saint-Suaire. Et à cela se mêle tout un bestiaire…

Henri Michaux, Sans titre, 1981, Aquarelle sur papier, Collection particulière

Des feuilles et des insectes, des chouettes ou des fœtus, des renards oranges sans contour dans la nuit verte et noire, des faces de poissons fixées à la surface de l’eau, une bête comme un grand loup de dos qui retourne son flanc rouge sang. Michaux fait aussi naître des créatures sur des dessins frottés, certaines ont des tentacules et des gueules flasques sur des attitudes élastiques.

Il y a dans les matières ainsi griffées, dans ces ovales quasi créés et colorés à même le mur, des Otages de Fautrier, de l’art brut. Oui mais Michaux ne « crée » pas comme les autres. Il a un processus aussi libre qu’il est fixe. L’aquarelle pour lui est d’abord un accident. Sa tache se répand jusqu’à ce que l’artiste spectateur y voie quelque chose. Comme il perçoit une apparition, il la stabilise avec la plume ou le pinceau. Il faut être assez rapide pour dompter l’eau.

Par ces matières fluides et imprévues, Michaux apprend à faire émerger mille visages. Il couche sur les feuilles ses autoportraits de toutes formes et toutes natures.

Heureusement, heureusement que je l’ai dessiné. Sans quoi jamais je n’en eusse vu un pareil. Un tout petit cheval, vous savez, une vraie idée « cheval ». Beaucoup plus près des brises que du sol, beaucoup plus ferme dans la pure atmosphère malgré ses pattes de devant posées comme deux crayons. Et il rue vers le ciel, il rue des ruades de flammes[1].

Henri Michaux, Sans titre, 1950, Encre de chine sur papier nid d’abeille, Collection particulière

Partitions polyphoniques

Quand il écrit à l’encre noire, Michaux trace des signes, des hiéroglyphes. Si l’on peut y voir l’inspiration des caractères akkadien, sumérien… ils ne disent rien. Ils s’autonomisent : ses pictogrammes sont d’abord contraints, puis mouvements, puis explosés en corps dansants, qui s’élancent d’une falaise, se courbent, s’étreignent, se muent en foules et laissent des traînées sauvages.

Lâchées en liberté sur de larges panoramas, celles-ci s’achèvent en seiches laissant des sillons d’encre. Sur le mur d’en face, resserrées sur des feuilles, elles font des partitions tremblées composant  des couples imbriqués ou des figures en rondes.

On pense à la calligraphie, à un barbare en Asie qui croit en cet Orient qui pourrait s’intensifier sans l’Occident. C’est Michaux qui a inspiré Lee Ungno ! C’est Michaux qui a conseillé à Zao Wou-Ki de retravailler à l’encre de Chine sur papier !

Sur d’autres partitions, l’artiste a expérimenté la mescaline. Pour manipuler la psyché, Michaux teste des substances psychotropes comme des modes de création. C’est à partir de 1955 le fruit d’une collaboration avec un neurologue originaire de Bilbao, Julian de Ajuriaguerra.

Henri Michaux, Sans titre, 1956, Encre de chine et crayon sur papier, Collection particulière

Cela donne des sortes de forêts alambiquées, des champs, des géographies internes où l’on croit percevoir des régions du corps. Les dessins constituent aussi des fibres, des sillons, des tissus, ils bâtissent des colonnes et au milieu de miasmes amorcent des figures. Toutes ces lignes se lèvent en nuées, s’agrègent, se désagrègent. Et nous, tentons de voir quelque chose sur ces feuilles saturées et hallucinées, plus opaques qu’au début, plus criardes aussi. Comme au début pourtant, Michaux perçoit des formes dans les milliers de stimulations qu’il reçoit.

Du début à la fin, hors de soi, il élabore des processus. Plus tôt à Bilbao, c’est dans ces mêmes salles que le Guggenheim exposait Anni Albers. Elle aussi avait tissé des procédures pour faire apparaître des effets de couleurs et de textures. Elle avait inventé un standard maîtrisé par la tête et la main. Cette saison, le musée montre un art plastique aussi sériel, mais intime et étranger à soi. Ce faisant, il poursuit son orientation : montrer l’art moderne à travers des figures qui parlent du temps familier et contemporain.

[1] Henri Michaux, La nuit remue

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