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Edmond Frapier et les estampes de maîtres au musée d’art et d’histoire de Saint-Denis

Anne Malary 6 février 2018

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Edmond Frapier, marchand, collectionneur et aquarelliste, fonde la Galerie des Peintres-Graveurs en 1901. Entre 1924 et 1935, il édite et diffuse près de deux-cents planches d’estampes originales. Signées Kees van Dongen, Toulouse-Lautrec, Maurice de Vlaminck, Pierre Bonnard, Georges Rouault, Maillol, Maurice Denis… ces lithographies sont à contempler jusqu’au 5 mars au musée d’art et d’histoire de Saint-Denis.

Kees Van Dongen, Les cheveux courts (lithographie sur papier, 1926) musée d’art et d’histoire – Saint-Denis © Irène Andréani

Une gamme lithographique

Une gamme infinie. C’est ainsi que l’on saisit les lithographies exposées au musée de Saint-Denis.

Kees van Dongen a tout le long des Cheveux courts et du Collier de perles pour diluer ses encres noires sur le papier teinté. Leurs nuances font le maquillage et les ombres sur les visages : fards intenses, lignes de khôl sur yeux charbon et paupières denses.

Jeanne Bardey dessine le visage de son maître Rodin par des traits fins, plus véristes et plus creux. Des sillons qui ressemblent à ceux d’un autre sculpteur : Bourdelle reproduit en gravure le croquis dessiné de La mort du cygne. Quand Matisse, lui, trace son modèle, il affaisse ses lignes bordant le menton jusqu’aux seins.

Henri de Toulouse-Lautrec en maître de la narration parisienne fixe la chanteuse de cabaret Mary Hamilton, figure altière dans son costume masculin, avec les feux de la scène projetés sur la face en noir et en blanc. Toujours incolore, pourtant tant de couleurs !

Pendant ce temps, Pierre Bonnard crayonne de la fenêtre du 56, rue Molitor, le coin de son quartier, en gribouillis ludiques et tremblants : Paris au crayon à papier.

Georges Rouault fixe en lignes grasses et satiriques L’âne (Aliboron) en costard, et L’écuyère. Il fait des portraits – Huysmans, Moreau… lui-même sur les ténèbres intellectuelles. Non, lui est plus simple avec son béret : « teint pâle, œil clair toujours en éveil, mais au regard plutôt intérieur que fixé sur l’objet, bouche violente, front bombé, vaste crâne garni jadis d’une abondante chevelure blonde » Et toujours une matière épaisse et sourde, un art muet, un « art qui ne plie pas ».

Georges Rouault, Parade (lithographie sur vélin, 1926) musée d’art et d’histoire – Saint-Denis © Irène Andréani

Maurice Denis à Saint-Germain-en-Laye n’en finit plus de dessiner son cocon familial et les Maternités sur la terrasse, à la fenêtre, au jardin. Très rond, très doux, très sucré.

Tandis que Maillol applique sa manière antique de Méditerranée à Pomone, aux femmes courbées et accroupies, de dos, en lignes charnues et claires, en jaune et sépia. Sur le dessin de la peau, les courbes massives sont si contemplatives !

Bonnard lui capte à la mine de plomb et à la pierre noire toutes les attitudes inconscientes de Marthe, femme à sa toilette, assise, s’essuyant la cuisse, au bain… Cette dernière pose recroquevillée est biffée sur le certificat d’effaçage.

Il y a encore toutes les étapes de l’Arbre vert de Maurice de Vlaminck, de l’essai à l’épreuve finale en passant par les corrections crayonnées par l’artiste : « éclairer le chemin », « donner plus de lumière » là, ici « augmenter le brun »…

Quand il propose aux artistes d’éditer leurs lithographies, Edmond Frapier leur laisse toute liberté. C’est ce qui nous permet aujourd’hui de contempler cette multitude d’effets permis par la technique de la lithographie ! Les sujets, les compositions sont aussi larges que le matériel mis à disposition des créateurs par l’éditeur. Attentif, il leur envoie des pierres, des cuivres, du papier et des crayons, et leur confie le soin de vérifier les tirages d’essais pour qu’ils formulent leurs corrections.

Lorsque l’état final est défini, la matrice est biffée pour empêcher une réimpression illicite. Ce sont toutes ces étapes de la lithographie que le musée de Saint-Denis donne à voir comme les coulisses de la création !

Pierre Bonnard, Le bain (lithographie sur vergé, 1925), musée d’art et d’histoire – Saint-Denis © Irène Andréani

Diffuser l’art intime

Cette création est mise au service d’un vœu de partage. Edmond Frapier a la lithographie pour passion et œuvre à sa diffusion. Ces estampes, Frapier les édite et les propose en portfolio ou à la planche. Car il veut faire découvrir « la séduction d’une belle lithographie fleur de presse, œuvre d’art direct, possédant le charme prenant et toute la saveur délicate d’un dessin ».

Ce médium effectivement permet d’introduire dans chaque salon l’œuvre première et intime qu’est le dessin, ses lignes spontanées, esthétiques ou expressives comme celles d’Honoré Daumier, qui incarne pour Edmond Frapier la première révélation.

Dans la première salle du musée, on peut savourer quelques scènes vivantes élaborées par le maître du Charivari, comme ces deux artistes qui au Salon se congratulent mutuellement en se tenant les mains :

« Mon cher je vous félicite, votre tableau est d’un effet délirant !! – Mais oui ! c’est ce que je trouve aussi. »

On comprend là effectivement tout l’attrait et toute la malice que Frapier trouve à ce médium mineur !

Maurice Denis, Maternité à la fenêtre ouverte (lithographie sur vélin, 1926) musée d’art et d’histoire – Saint-Denis © Irène Andréani

Pour faire connaître auprès du public les artistes de son temps, il édite aussi une série d’albums monographiques : les Maîtres et Petits Maîtres d’Aujourd’hui (1924-1926).

Et en 1950, il ouvre à Nogent-sur-Marne un musée social dans sa propre maison, donnant ainsi accès aux œuvres qu’il a réunies à travers ce qui deviendra le noyau de la collection de l’actuel musée municipal nogentais.

UN CHEF D’ŒUVRE DANS TON SALON ! EDMOND FRAPIER OU LES ESTAMPES DE GRANDS MAÎTRES À PORTÉE DE TOUS

09/11/2017 > 05/03/2018

Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Denis

SAINT-DENIS

Cherchant à favoriser l’accès du plus grand nombre aux œuvres d’art, Edmond Frapier (1878-1960), collectionneur et galeriste, entrepr...

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