Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

William Robinson, des cimes à la ville

Anne Malary 25 janvier 2018

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

« Genèse » est la première rétrospective en France du peintre contemporain William Robinson. Cet artiste australien déploie à l’huile, au pastel, en gravure, à l’aquarelle, les vastes panoramas du Queensland. L’exposition – qui ouvre ce 25 janvier à l’ambassade d’Australie – révèle aussi de friandes surprises : en cadres resserrés, les rues et les citadins vus par un Australien à Paris…

La mer au soleil du matin depuis Springbrook, 1996,
Huile sur toile, Collection de l’Université de Technologie du
Queensland (QUT)

Visions célestes

A Springbrook, le matin, la mer émerge comme une lumière dorée abstraite des nuages dans le lever du jour. Le paysage situé à 1 000 mètres au-dessus du niveau de la mer est une forêt tropicale délicate, auto-suffisante. S’y promener dans le petit matin et regarder naître la lumière est une expérience qui transfigure.

La mer au soleil du matin depuis Springbrook selon William Robinson est une irréelle déclinaison de verts qui donne une impression duveteuse.  A côté, le même paysage en lithographie, à la gouache et au pastel, rend des verts plus vifs, des rayons plus secs. C’est comme la première découverte, avant le premier rêve.

L’artiste s’imprègne de la vue, revenant au même point, en haut de la même cime, et chaque fois explorant une impression spécifique selon chaque technique…

William Robinson a acquis une reconnaissance à l’échelle nationale dans les années 1980. C’est à partir de cette époque qu’il conçoit deux séries d’œuvres majeures : Créations et Montagnes, inspirées des paysages du sud-ouest de la région du Queensland qui ont souvent été comparées à des « cartes postales envoyées de Dieu »…  Ces visions célestes et volontiers symbolistes rappellent parfois les dessins d’un divin géomètre, William Blake.

Étude pour Paysage de création : terre et mer, 1995, Huile sur toile,  Collection de l’Université de Technologie du Queensland (QUT), Dation du Programme culturel du gouvernement australien, 2015

La plus grande de ces peintures mesure 9 sur 11 mètres… vision monumentale comme l’ Etude pour paysage de création : terre et mer, qui déroule le cycle des éléments sur 24 heures. Comme en travelling, de la lune claire entre les lianes des forêts de Springstone, on survole l’océan partagé par le soleil jusqu’au coucher de l’astre. La lumière court et révèle le bleu, le gris et le vert, les ombres brunes.

Lumière du soir, Springbrooke (2005) est différent. Le peintre y cherche la sensation par le pastel. C’est la fin de l’après-midi, la tempête approche, il y a dans le ciel deux éclairs. Les nuées bleues et violettes enveloppent tant le papier que ce dernier devient un fragment intense déchiré dans une matière déjà colorée. C’est une épaisse couche de paysage.

William Robinson déroule le monde entier, et parfois le courbe comme un Turner. Il est d’une région où la mer et la montagne sont liées par des forêts vierges millénaires, des collines glissant vers les vallées. Dans l’arrière-pays de William Robinson, il n’y a pas de frontière entre la montagne et la mer, ni le ciel, mais un monde sphérique.

Le pain aux oiseaux, 1977-78, Gravure, Collection de l’Université de Technologie du Queensland

Les pieds sur terre

Dans les années 1970, il vivait dans une ferme et admirait Bonnard. Il appliquait ses compositions et points de vue au bétail jusqu’à trouver sa propre voie sur leurs caractères.

Les vaches au crayon Conté réalisées en 1979, représentent à ce titre une percée stylistique. Elles rappellent les premiers daguerréotypes, et le papier à nu réserve la lumière dans un ovale opaque et noir.

Poules 1, 1980, Collection privée, Brisbane

Un an plus tard, le peintre réalise Chèvres et poules, de sa ferme. Il n’y a pas de ligne d’horizon ni d’environnement sur ce tableau qui fait songer à une tapisserie chaotique et à la vie d’une ferme en bataille. Dans la basse-cour, ça caquette, ça bêle, et tout court en tous sens. Un an après ses vaches vues par un tondo ovale comme une lunette sur le Bain turc d’Ingres, ses chèvres sortent du cadre de la toile. Il y a du Bonnard, des Nabis, du Brueghel aussi.  Son humour s’épanouit dans une peinture savante.

Et parfois il est aussi tendre qu’une illustration dans un livre sur Paris. Le pain aux oiseaux, une eau-forte réalisée en 1978, était déjà un indice.  La rue des Rosiers à Paris (2006)  a la saveur d’un récit truffé d’astuces narratives et de détails anecdotiques. Dans la foule qui remue, une femme se penche, hésite, le dos rond, la main à la bouche, devant l’étal des pâtisseries. Une fillette près du comptoir regarde en boudant les mêmes objets de convoitise. La rue monte à droite et file à gauche, saturée comme un monde qui frétille. Il y a des marinières dans la foule du printemps à Paris.

La rue des Rosiers à Paris, 2006

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE