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Bâle est deux fois Baselitz

Anne Malary 24 janvier 2018

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« Pas vu la montagne à l’envers… » Si vue, et même vu « bien mieux que ça » en Suisse. La Fondation Beyeler de Bâle consacre une rétrospective au peintre Georg Baselitz et le Kunstmuseum expose ses œuvres graphiques jusqu’au 29 avril. À l’occasion des 80 de l’artiste, la ville est deux fois Baselitz !

Georg Baselitz, 2015, Couple dystopique, Huile sur toile, Courtesy of the artist and White Cube © Georg Baselitz, 2018 © Jochen Littkemann, Berlin

Prendre le train à l’envers

« Un objet peint sur la tête ou un sujet à l’envers ont leur place dans la peinture car ils n’en ont pas dans la vie réelle. » dit Georg Baselitz en 1981.

Dès le hall blanc de la fondation Bayeler flottent deux corps comme des chauves-souris qui phosphorent sur fond gris. C’est un Couple dystopique, peint en 2015. L’œuvre de près semble par endroits giclée de projections de peinture pour bâtiment.

Si l’on regarde à gauche, quatre visages bizarres nous regardent les cous tendus comme des asticots : l’œuvre Oberon date 1964. Flash-back !

Georg Baselitz, 1964, Oberon (1er Salon Orthodoxe 64 – E. Neïzvestny), Huile sur toile, Städel Museum, Francfort-sur-le-Main © Georg Baselitz, 2018 © Städel Museum – ARTOTHEK

Vendredi 19 janvier à Bâle, Georg Baselitz a évoqué son parcours comme un voyage à l’envers :

Jeune homme, à l’école je ne voulais pas faire quelque chose de raisonnable, j’étais contre tout.

On m’a toujours dit qu’il fallait « monter dans le train de l’avenir ». Moi je voulais un train qui retournerait en arrière ; on ne peut le faire que si on est dans le dernier wagon.

Alors il a regardé derrière et a embrassé la tradition artistique. Baselitz commence à dessiner quand il n’a pas 17 ans. Sa première œuvre de petit format représente un chevreuil aux couleurs pâles fondues dans le brouillard, une vision d’automne à travers une vitre embuée. Parmi la centaine d’œuvres graphiques exposées au Kunstmuseum basel, il y a aussi les jeunes copies de maîtres anciens à la plume, des Rembrandt, des ondes renaissantes et estampes maniéristes.

Georg Baselitz, Maler, 1969, Kunstmuseum Basel © exponaute

C’est sur cette voie que Baselitz trouvera la liberté de sa manière. Bientôt il va multiplier les techniques : crayon, craie, mine, encre et peinture liquide. En 1969, il représente un peintre la tête sur le sol de son atelier. Autour des tasses, des toiles et des brosses, la figure glisse, pivote et se renverse tranquille. L’artiste est assis au plafond.

Un an plus tard, le peintre bascule carrément un paysage. Les usines et leurs panaches sont à terre et en gris. Le ciel minéral, c’est la roche : les cailloux ont l’air et la hauteur d’une montagne déchiquetée. Baselitz contrecarre la banalité de son environnement et de ses symboles. On respire à l’envers.

Georg Baselitz, 1972, Peinture au doigt – Aigle, Huile sur toile, Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Pinakothek der Moderne, Wittelsbacher Ausgleichsfonds, Munich © Georg Baselitz, 2018 © Bayer&Mitko – ARTOTHEK

En 1972 il peint au doigt son grand Aigle. La pose serait étrange à l’endroit et la couleur des ailes ne goutterait pas ainsi en pluie délavée jusqu’au bord blanc. A-t-on déjà vu un rapace avec une telle dynamique chuter ?

De pièce en pièce, on retrouve les hommes à l’envers déclinés. Recroquevillés dans de grands plans dorés comme des panneaux japonais ou fantômes roses surgis du gris, ce sont presque des figures cosmiques, hors sol et sans âge.

Les sculptures en regard ont quelque chose d’antique. C’est que Baselitz taille des troncs pour révéler la matière sans rien y ajouter. Les Femmes de Dresde sont des têtes jaune vif, rayonnantes de pollen et disposées comme des piliers qui n’ont pas de visage mais des faces estropiées à la hache.

Georg Baselitz, 1990, Femmes de DresdeKarla, Bois de frêne et tempera, Collection Froehlich, Stuttgart © Georg Baselitz, 2018 © Jochen Littkemann, Berlin

 L’objet de la discorde

Georg Baselitz est né en 1938. Son inclination pour une peinture figurative, expressive ou réaliste, est un point de discorde dans l’art ouest-allemand d’après-guerre, dominé par l’abstraction. Le peintre n’est d’aucune avant-garde. Au milieu des années 1960, il fait scandale avec ses « nouveaux héros » et des êtres en lambeaux, avant de renverser ses tableaux.

Dans la collection du Kunstmuseum, on retrouve les membres fragmentés de la fondation Bayeler, comme des corps puissants de taureaux, des cornes aux sabots décharnés par bandes verticales. Des carcasses par wagons.

Baselitz défigure la vie environnante et confronte la société allemande à son passé récent. Tout semble chair dans ses premières peintures, le médium est un champ d’impacts où sifflent les motifs pulvérisés. Pour l’artiste, il n’y a pas d’alternative, pas d’œuvre « propre ».

Georg Baselitz, Edvards Kopf, 1983, Kunstmuseum Basel © exponaute

Il déroute aussi par le caractère composite de ses références. Parmi les œuvres graphiques, une figure à l’envers hallucinée est dédoublée à l’aquarelle verte, hors de l’homme en charbon dur et sec, qui rappelle Munch.

On rencontre aussi Antonin Artaud ratatiné et crayonné de multiples traits colorés. La figure du poète enfermé semble apparaître d’un gribouillis enfumé. Chez Baselitz, le dessin rend les motifs mobiles… Antonin Artaud est pour lui une inspiration essentielle, tout comme l’art des aliénés.

L’art brut aussi. Sur un mur de la fondation Bayeler, un énième couple à l’envers : ces silhouettes sont pleines de gris sur un fond noir. De loin, on les dirait incrustées et encore bordées de plâtre comme sur un chantier sale. De près, la peinture large se compose de bleu, de vert d’eau, de terre brune et de jaune. Les lignes dynamiques sont grattées dans la matière comme un Grand paysage noir de Dubuffet.

Georg Baselitz, 2016, Bis auf weiteres abwärts © exponaute

Encore aujourd’hui, on retrouve des échos : des contorsions comme les lignes de Schiele, des marches en altitude comme l’inversion du Nu descendant un escalier de Duchamp… et l’étrange à l’horreur passe parfois l’humour. Bis auf weiteres abwärts date de 2016. Là encore l’aquarelle double la ligne mais ne la substitue pas. Elle donne plutôt au torse l’écorce zébrée du bouleau.

Dans les dessins combinés à la couleur, d’ailleurs, apparaissent d’autres formes et figures. Les arbres inversés sont noirs jusqu’à ce que le rouge contamine leur tronc. Alors le bordeaux est la source d’un ciel de sang qui renversé fait une terre saturée de racines. Un terreau inondé qui jamais ne respire.

Georg Baselitz, Kampfmotive I © exponaute

Comme Pollock fait des coulures, Baselitz laisse glisser la couleur sur le papier avant de le retourner, et raye ainsi un oiseau par un ciel clair qui dégouline…

Les lignes évoquent aussi les têtes et les corps cadrés/décentrés sur la feuille et dans l’espace de Giacometti. Ces recherches d’équilibre semblent faites pour réveiller les silhouettes statuaires.

Si les dessins, selon la commissaire, sont plus « transparents » que les peintures et révèlent le processus à vif, ils sont aussi compositions. Comme ce Torso au pastel semé d’une mosaïque de couleurs. Ou Kampfmotive I exécuté en 1886 : un cache-cache de corps et de faces entre les sapins, contenus sous vitrines et continus entre cadres multiples.

Georg Baselitz, Ohne Titel, 1992 © exponaute

Il y a même des oiseaux à la verticale qui conversent sous leurs capes et les couleurs apposées comme des tampons, en tonale composition.

Et dans le genre du portrait, la gouache en flaques donne à Schwester Rosi une expression évaporée de l’individu. Le pigment fait le visage à l’eau, graphique mobile… et imprévisible !

Georg Baselitz, Schwester Rosi, 1995 © Georg Baselitz © Anne Malary

GEORG BASELITZ

21/01/2018 > 29/04/2018

Fondation Beyeler

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Exposition terminée
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