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La Tapisserie de Bayeux pourrait rejoindre le British Museum…

Anne Malary 17 janvier 2018

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…l’institution serait alors la première à exposer la Tapisserie de Bayeux hors de la France ! L’Élysée a confirmé mercredi 17 décembre ce prêt historique au Royaume-Uni après que l’affaire a été soufflée par les médias anglais.

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© Ville de Bayeux

Le British Museum en lice

La Première ministre britannique Theresa May s’est réjouie de la décision de l’Élysée : « nous ferons en sorte que le maximum de gens puisse voir [la Tapisserie] », a-t-elle déclaré ce mercredi devant les députés britanniques.

Le prêt de la Tapisserie de Bayeux au Royaume-Uni fait partie d’un série d’annonces qui visent à renforcer les liens entre Paris et Londres. Emmanuel Macron l’annoncera officiellement jeudi 18 janvier à l’occasion d’un sommet franco-britannique.

Mais le British Museum a déjà annoncé qu’il serait honoré d’être l’hôte de l’œuvre ! Hartwig Fischer, le directeur de l’institution, a déclaré qu’il s’agirait probablement du prêt « le plus important de la France au Royaume-Uni ».

Tom Tugendhat – député et président de la commission des Affaires étrangères de la Chambre des communes – a exprimé sa faveur envers le British Museum : « contempler la Tapisserie au milieu de pièces qui nous parviennent du temps de Guillaume le Conquérant, donnerait une valeur actuelle à l’œuvre aux yeux du plus grand nombre de visiteurs[1]. »

Parmi les autres institutions candidates, l’abbaye de Battle – construite sur le site théâtre de la bataille d’Hasting -, et le Victoria and Albert Museum (V&A) qui n’a pas encore commenté l’annonce… qui n’est encore qu’une annonce ! Le prêt ne pourra se réaliser avant cinq ans, et ne sera réellement envisageable qu’après analyses. Le musée de Bayeux ne pourra confirmer l’opération que lorsqu’il sera certain que la pièce peut supporter un voyage.

La grande cour du British Museum, à Londres © Niklas Halle’n

Un voyage sensible

La Ville de Bayeux, elle, a annoncé que ce prêt se ferait « sous conditions ». C’est cependant à l’Élysée que revient la décision finale, l’État étant propriétaire de l’œuvre.

Dans tous les cas, ce prêt aurait lieu durant la réalisation du projet Tapisserie de Bayeux 2023 pour réaliser un centre de compréhension et d’interprétation de l’Europe du Moyen Age. Mais le voyage d’une œuvre reste une opération sensible, et il s’agit d’une pièce inscrite au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO…

Si elle est bien conservée, la Tapisserie de Bayeux reste très fragile. La Direction régionale des affaires culturelles précise : « La toile de lin est oxydée et présente des trous, usures, déchirures, rapiéçages qui provoquent parfois des tensions. »

L’œuvre aurait été réalisée par un atelier anglo-saxon ou normand – des environs de Bayeux – durant la seconde moitié du XIe siècle. En 1724, une doublure a été superposée afin de protéger son revers. La Tapisserie aurait subi une lourde restauration après 1860, comme le laisse penser l’analyse des colorants qui a révélé l’usage de substances synthétiques. 120 reprises ont alors été faites sur la toile afin de la consolider et 518 fragments ont été apposés pour la raccommoder.

L’œuvre a par ailleurs très peu voyagé, même dans l’enceinte du territoire français. Sur la demande de Napoléon, elle avait été transportée à Paris en 1804. Et en juin 1944, elle avait été exposée au Louvre sur ordre d’Adolf Hitler.

Depuis 1983, elle est conservée au musée qui porte son nom.

© Musée de Bayeux

Une broderie historique

La Tapisserie de Bayeux est une broderie sur une toile de lin de 68 mètres composée d’une bande centrale et de deux bordures.

Dix couleurs différentes animent les scènes. Les fils de laine ont été teintés avec des colorants végétaux : la garance pour les rouges, la gaude pour le jaune et l’indigote pour les bleus et les verts.

Afin de réaliser un tel ouvrage, plusieurs mains se sont croisées ; de ce fait, l’envers de la broderie révèle des qualités inégales dans l’application et la confection. Mais cela n’apparaît pas à l’œil du visiteur qui admire l’endroit !

Sur 70 mètres de long et 50 centimètres de haut s’élance la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Normandie. C’est l’évêque de Bayeux Odon de Conteville, le demi-frère de Guillaume de Normandie, qui a commandé la Tapisserie après l’expédition pour orner la cathédrale qu’il faisait reconstruire.

Au XIXe siècle, on l’appelle la « broderie de la reine Mathilde » car on prétend que l’épouse de Guillaume le Conquérant en est l’auteure… Si cela est depuis longtemps démenti, le rapprochement n’est pas si alambiqué : il s’agit en effet d’un instrument de propagande normande qui a des allures rocambolesques !

La broderie raconte comment, en 1064, le roi Edouard d’Angleterre envoya Harold en Normandie afin d’annoncer à Guillaume qu’il lui succèderait sur le trône. Mais quand ce dernier mourut, Harold s’empara de la couronne. Guillaume de Normandie partit en guerre, et vaincu Harold lors de la bataille d’Hastings à l’octobre 1066.

Musée de la Tapisserie de Bayeux

[1] Cité par Anny Shaw dans The Art Newspaper, 17 janvier 2017.

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