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À la Fondation Maeght : regarder les hommes vivre en traversant les échos libres

Anne Malary 19 décembre 2017

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« Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » C’est le titre de l’actuelle exposition de la Fondation Maeght à Saint-Paul-de-Vence. La fondation éclaire de nouveau les œuvres de son illustre collection, avec cette saison un prélude poétique : les vers de Louis Aragon. C’est une poésie humaniste et spatiale car une belle scénographie agence le dialogue des œuvres et des hommes.

Eduardo CHILLIDA, Main, 1961 © Zabalaga-Leku, Adagp, Paris 2017-2018. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Entre les pins parasols, le temps de cheminer vers l’entrée on vogue, on contemple les œuvres de plein air, métal et pierre, bois posés sur l’herbe.

Alors, avant de découvrir les premières œuvres agencées sur les chaudes tomettes, on appréhende quelques vers d’introduction :

Dans ma peau mes entrailles

Les marques honteuses de mes rêves

C’est Le Cœur Soudain de Pierre Reverdy.

L’extrait sera illustré par des corps en situations. Dans la deuxième salle, ils sont de toutes mesures : peints au mortier par Raoul Ubac, ils sont allongés comme des troncs jusqu’à dépasser leur cadre ; un corps surgit hors de lui-même, déséquilibré, il est finalement mis À terre par Vladimir Veličković. Dans Piège II, FRANTA représente des membres contorsionnés à l’encre et au lavis qui font des flaques compactes comme des roches. Et les Mains virtuoses tracées à l’encre de Chine par Chillida font une gymnastique des doigts au rythme de calligraphies alternant les pointillés et les lignes.

Puis ces corps trouvent des cadres à habiter. Il y a des rumeurs urbaines  : Toute la Ville en parle d’Eduardo Arroyo est comme une scène de polar dans une ville au sang froid, un homme anonyme passe et des mystères se lèvent, un crime s’achève – un autre se prépare ? – dans la nuit noire. La Chasse, un relief de Braque, ne semble pas moins ambigu, ni plus sauvage.

Tibor CSERNUS, Peinture, 1972 © Adagp, Paris 2017-2018 – Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght

D’autres actions se trament dans une peinture de Tibor Csernus comme un cliché en clair-obscur. La lumière donne à la ville un caractère d’intrigue. Elle rayonne autrement sur La partie de campagne de Fernand Léger, où se superposent en bandes de couleurs l’air et le soleil. À côté est accroché le pique-nique contemporain de Jacques Monory, Pompéi. C’est une après-midi entre amis, on a sorti les nappes et les bouteilles, il y a – les noms sont inscrits et numérotés en légende – Annette Messager, Antoine Monory… C’est un cercle. On les regarde, ils nous regardent : c’est comme observer la scène par le filtre d’un écran teinté. Tout le monde est bleu.

Puis les voilà, « les marques […] de mes rêves » : ce sont les lithographies et aquarelles de Chagall en noir et blanc et en couleurs. Le Nu de Vence fait une courbe, et proche de lui, un Paysage bleu dessine aussi un tendre et doux croissant de lune. Sur Le Quai aux fleurs, un oiseau à l’envers, un âne bienveillant, une faune onirique tourne autour de deux amants en couleurs sur un fond noir de nuit.

Marc CHAGALL, Le coq sur Paris, 1958 © Adagp, Paris 2017-2018 CHAGALL ® Photo Archives Fondation Maeght

Après ces rêves éclate la fureur. Le Nu sur fond noir de Paul Rebeyrolle évoque une scène de boucherie sous une lumière de crime, un abat-jour, une table de cuisine. La peinture est une matière qui saigne, se déforme comme un Soutine et crie comme un Baselitz. Plus discrètes, muettes et inquiétantes lorsque l’on s’en approche, les compositions fragmentaires de Joël Kermarrec : des mouches sont collées en série près d’un visage esquissant un sourire, son voisin voit des ailes d’insectes s’échapper de ses lèvres et une tête de serpent poindre en contrebas. Ces deux visages pâles sont dessinés au crayon et concentrés en bas de la page ; ils n’ont pas de contours, ce sont des yeux, un nez, une bouche. Des carrés noirs surplombent leur registre souterrain, reptilien.

Un dialogue en forme d’échos

Le fil rouge de cette année à Saint-Paul est l’humanité. La Fondation a de nouveau puisé dans ses collections pour en déployer sa part humaniste et dévoiler quelques œuvres rarement – voire jamais – montrées. Comme celles signées Julio González, les pièces redécouvertes de Juan Martinez ou encore les petits ronds dessinés de manière obsessionnelle par Anne Tréal-Bresson. Toutes dialoguent dans un espace scénographié pour leurs rencontres.

Alexander CALDER, Les Deux yeux, 1974 © 2017-2018 Calder Foundation New-York / ADAGP, Paris. Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght

Dans la première salle qui expose les regards, deux œuvres se font face. Sur un Calder halluciné avec un fond saigné, une figure vient à notre rencontre. Ses yeux sans pupille sont rouge et bleu. En face, le Portrait de Fabiani par Matisse nous toise. Ce visage incolore est dessiné par un trait plus doux, plus sage, plus sophistiqué ?

Les deux images encadrent  l’Œuf de mammouth par Miró, en céramique. Il porte sur lui des étoiles, des dessins humains qui semblent des traces archéologiques enfouies depuis des millénaires. Il est rond comme un œil et on dirait qu’à travers lui, le temps d’avant nous observe. C’est ainsi interrogé et curieux que l’on se tient entre ces regards de trois temps, trois humanités, et que l’on entre dans l’exposition.

Au gré d’allers et retours, de ricochets, de chuchotements et cris des œuvres, on passe à travers des étapes qui sont autant d’états de vie.

Claude Garrache, Avocette, face à Dead Rabbit de Henk Visch © exponaute

Sous les vitraux colorés de Miró évolue le théâtre amoureux des figures rouges. Avocette, de Claude Garrache, est repliée et accroupie sur la pointe de ses pieds, elle a la forme d’un fœtus rond en empreinte féconde et monochrome. Sur le mur en parallèle, y a les bizarres folles de Saché par Calder, des ombres de papier qui s’agitent de loin. Une femme élastique est assise entre ces deux œuvres : Dead Rabbit par Henk Visch. Elle n’a pas de bras, est juste posée là, croise ses jambes et regarde ces corps qui lui ressemblent. Parce qu’elle est placée dans cette salle et ainsi enserrée, elle flirte avec les œuvres et avec le spectateur. Selon son auteur, c’est l’espace qui fait la sculpture, le contexte qui la détermine. Le commissaire a formé un trio étrange et séduisant, étrangement fascinant.

Des figures plus seules se côtoient sans le savoir dans la dernière salle de l’exposition : « Silence et solitude ». Chaque être sculpté par Giacometti part de son côté, se tourne le dos, se détourne de l’autre. L’objet invisible, pétrifié entre les barres d’une longue chaise est aussi contraint que le personnage assis de Sam Szafran, dessiné au fusain dans le recoin d’une page blanche.

Sam SZAFRAN, Personnage assis, 1975 © Adagp, Paris 2017-2018 – Photo Claude Germain Archives Fondation Maeght

Pages et toiles, espaces entre les murs accueillent des figures isolées qui se font écho par la seule volonté de l’homme qui a déplacé les œuvres. Hommes singuliers et œuvres plurielles vivent ensemble, sous le soleil d’hiver de Saint-Paul-de-Vence.

 

partenaire-créa-adrien

« EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT ? »

16/12/2017 > 11/03/2018

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Riche d’une collection figurant parmi les plus importantes d’Europe, la Fondation Maeght réunit un ensemble extraordinaire d’œuvres ...

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