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Un paysage d’Argenteuil par Monet sera bientôt exposé à la National Gallery, après une retraite de 123 ans !

Anne Malary 18 décembre 2017

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Le commissaire de l’exposition « Monet et l’Architecture » a repéré la pièce qui manquait à son événement… sur Google ! Il a retracé le parcours de l’œuvre méconnue qui sera révélée avec logique à la lumière de quelques voisines de cimaise et de style.

Claude Monet, Effet de Brouillard, 1872 © Joseph D Conté et Lynn Von Freter Conté/Photo courtesy of the owner

Une trouvaille 2.0

Traquer les œuvres implique souvent pour les chercheurs de passer de longues heures dans la documentation des musées, des galeries, dans les bibliothèques… Ce temps de l’étude peut-être une enquête délicieuse, et les lieux d’archives des mines où fouiner avec plaisir.

Mais le commissaire de l’exposition « Monet et l’Architecture », qui sera présentée à partir du mois d’avril prochain à la National Gallery de Londres, a trouvé un tableau « manquant » grâce à un mode de recherche plus récent : Google !

La peinture, qui s’intitule Effet de brouillard, était déjà connue de l’historien de l’art et professeur à l’université d’Edinburgh Richard Thomson. Elle figurait en effet dans le catalogue de l’œuvre de Monet, avec pour lieu de conservation indiqué « collection privée », mais demeurait depuis des décennies hors de la portée des radars des historiens de l’art.

Grâce à ses recherches Google, Richard Thomson a pu déterminer sa trajectoire : récemment vendu par un marchand de la Nouvelle-Orléans à un couple américain, l’oeuvre avait déjà été manquée par les historiens de l’art chez Christie’s en 2007. Le catalogue de cette dernière vente détaille les dernières expositions au sein desquelles l’œuvre avait figuré : en 1874 « peut-être » à Londres, et en 1895 à Boston et New York.

Le dernier marchand de l’œuvre a mis Thomson en contact avec ses propriétaires actuels. Le commissaire, qui reconnaît aussi l’œuvre dans le livre Monet à Argenteuil de Paul Hayes Tucker, publié en 1982, a ainsi pu la voir en vrai, et obtenir son prêt pour l’exposition à venir ! Une part importante des prêts pour cette exposition proviennent d’ailleurs des collections privées.

Claude Monet, Argenteuil, 1872, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Sur les bords d’Argenteuil

Le tableau représente un paysage atmosphèrique d’Argenteuil, où Monet s’installe en décembre 1871. Un écran de brume couvre la perception. On distingue après le lopin de terre et l’herbe verte une grande maison. À l’arrière-plan le village s’étend en s’estompant, beige et gris.  Un peu de fumée noire s’échappe d’une frêle cheminée, au loin dans l’air saturé.

C’est en 1872 que Monet exécute ce petit tableau. Richard Thomson le considère comme la « pièce manquante » de son grand puzzle, celui qu’il prépare pour sa grande exposition consacrée à l’architecture muse de Monet !

Dix autres œuvres peintes à Argenteuil figureront dans l’exposition aux côtés de paysages des alentours parisiens, de quelques cathédrales de Rouen et de la capitale anglaise ! Elles illustreront la pensée directive de l’œuvre de Monet, qui l’exprimait en ces mots en 1895 :

D’autres peintres font un pont, une maison, un bateau… Je veux peindre l’air dans lequel se trouvent le pont, la maison, le bateau. La beauté de l’air où ils sont ; et ce n’est rien d’autre que l’impossible.

La gare Saint-Lazare, les rues de Paris, le village d’Argenteuil… sont autant de murs et de matières, de compositions architecturales et architecturées, autant d’aires de jeux pour la brosse du peintre de l’insaisissable !

Argenteuil, une peinture conservée par le musée d’Orsay, date de la même année que le Brouillard de Monet. Elle témoigne de la manière de l’artiste à cette époque. Il revient alors de Londres où il a pu étudier la touche de deux peintres du ciel, de la mer et de l’air : Constable et Turner. Et surtout, il a retenu leur manière de capter et traduire la lumière qui brouille les contours des sujets. C’est cette confusion des formes et cette contamination des teintes que l’on retrouve dans le Brouillard à Argenteuil. La vision du peintre y est aussi englobante, elle embrasse largement le paysage pâle et dilué.

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