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Rétroprospective : une exposition-spectacle consacrée à Nicolas Schöffer bientôt au LaM !

Anne Malary 18 décembre 2017

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Le musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut de Lille métropole présentera à partir du 23 février prochain une rétrospective consacrée à Nicolas Schöffer. L’occasion de (re)découvrir l’œuvre d’un premier cybernétique, le grand spectacle d’un artiste disparu étonnamment contemporain !

Portrait de Nicolas Schöffer (superposition), vers 1954. © DR

Une « exposition spectacle » et liée au territoire

De la peinture aux sculptures animées, de la cybernétique à l’urbanisme, Nicolas Schöffer a exploré les médiums pour lier l’art à la vie, l’art et la vie. Le LaM lui consacrera donc une exposition vivante, une « exposition spectacle », un espace scandé de projections, rythmé de sons de machines et d’échos immatériels.

Les sections relateront l’évolution de son art. Du surréalisme au spatiodynamisme, Nicolas Schöffer pratique la peinture puis l’objet mécanique. Sa sculpture cinétique – pensée comme une actrice ! – le mène aux théâtres d’ombres et aux mises en scène en lumières comme au cinéma.

Bientôt d’autres protagonistes rejoignent ces scènes. Robots compositeurs et robots danseurs animent le spectacle audiovisuel. Ils pourraient aussi peupler les villes et tours imaginées par l’artiste, les premières formes de l’art cybernétique. Des Dream Machines aux Visions Prismatiques, Nicolas Schöffer module même le temps, l’allonge ou l’accélère par la stimulation des nerfs.

Artiste chercheur, visionnaire, architecte, urbaniste, Schöffer a produit une œuvre de fantasmagories audiovisuelles… qui flirtent avec la science fiction et la magie. Elle se greffera naturellement à Villeneuve d’Ascq, « nouvelle ville », prospective ! Car l’homme est lié au Nord. La carte de ses expositions s’y est dessinée : Londres, Paris, Amsterdam, New York, Liège… le LaM !

Effet prismatique. Photo : N. Dewitte / LaM. © Adagp – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2017

Progrès technologiques et collaboratifs

Dès la fin des années 1940, Schöffer embrasse les recherches les plus novatrices, au carrefour des sciences et des technologies. La cybernétique devient son vecteur artistique et son médium animé. Le premier spectacle, ce sera Kyldex, donné à l’Opéra de Hambourg en 1973, et accompagné par le compositeur Pierre Henry et la danseuse Carolyn Carlson.

Car Nicolas Schöffer est un artisan pluridisciplinaire qui recherche la collaboration comme un catalyseur de son art. Il fait œuvre avec les architectes, les photographes, les musiciens, les chorégraphes, les scientifiques et même les industriels de son temps. Ce sont autant de tentatives, de prises de risque qui naissent dans son atelier de la Villa des Arts à Montmartre, point d’entrée international.

On dirait qu’il est un visionnaire porteur d’un projet fou, peut-être démesuré, qui croit en un art fonctionnel – on parle tantôt de ses « œuvres » tantôt de ses « objets » – à l’usage dans la vie. Il crée une horloge, des sémaphores, des pylônes, fait passer de l’électricité, se lie aux industriels pour parfois faire des combinaisons en séries (sous la forme de reliefs dans les années 1960).

Il croit aussi à l’usage de la vie pour faire passer son art par des canaux de diffusion inédits : il cible un public multiple, en somme il est un artiste « populaire », qui cherche à densifier l’échelle, l’ampleur et la diffusion de ses objets dans l’espace, la géographie et la société.

Yves Hervochon, Maurice Béjart et Spatiodynamique 16, 1953. © DR / © Adagp – Éléonore de
Lavandeyra-Schöffer, 2017

Art à voir, à revoir, à écouter et expérimenter !

En 1961, Schöffer construit sa Tour Spatiodynamique Cybernétique et Sonore à Liège. C’est l’avènement d’une reconnaissance internationale et radicale. Mais aujourd’hui, se souvient-on beaucoup de lui ?

Il a des héritiers, des artistes usagers des nouvelles technologies, des spécialistes, mais son souvenir semble s’être estompé dans la mémoire collective. Pourtant, il greffe sa création sur le paysage usuel : Schöffer conçoit  des décors pour la boîte de nuit Le Voom-Voom à Saint-Tropez, des émissions de télévision, et édite le Lumino avec Philips.

Le Lumino qui, explique-t-il, a des vertus relaxantes ! Il croit en l’art psychopathologique, à l’action motrice et aux mécanismes de perception qui font mouvement. Il croit que les phénomènes de conscience peuvent être créateurs et que l’art peut être thérapie. Il en discute d’ailleurs avec André Breton, visite les collections d’art brut de Dubuffet au sous-sol de la galerie René Drouin. Il est aussi lié à quelques psychiatres et expérimente certaines de ses œuvres en contexte thérapeutique : le Lumino aurait des effets d’endormissement sur des patients de Sainte-Anne ; l’artiste installe aussi au service radiologie de Saint-Antoine un mur de lumière. Schöffer expérimente son oeuvre et l’offre à l’expérience des autres !

Ses conceptions prospectives trouvent une certaine pérennité dans les anticipations matérielles et numériques des ingénieurs et des jeunes créateurs contemporains. Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains (Tourcoing) est d’ailleurs partenaire du projet d’exposition.

Cette dernière sera nommée « prospective » et non « rétrospective », car l’œuvre à parcourir est exploratoire, reflet d’une vision qui anticipe, se projette sur le long terme et s’avère parfois plus libre que le geste de son père. Quand les créations sont déléguées aux machines, leurs effets ne sont pas toujours prévisibles. C’est un fait et c’est à voir, Nicolas Schöffer n’est pas un artiste traditionnel : il ne pratique pas le modelage, il fabrique, il crée des spectacles.

Le prochain grand événement en son honneur sera inauguré en février !

Nicolas Schöffer, Lumino Philips, 1968. Métal, écran translucide, moteurs, éclairage et système
électrique ; 37 x 37 x 37 cm. Photo : N. Dewitte / LaM. © Adagp – Éléonore de Lavandeyra-Schöffer, 2017

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