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Quack Quack ! Rose Wylie brise l’art anglais en éclats d’enfance et de liberté

Anne Malary 6 décembre 2017

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La peintre Rose Wyle est exposée jusqu’au 11 février à la Serpentine Sackler Gallery de Londres. L’événement se nomme « Quack Quack » et le critique d’art britannique Jonathan Jones voit en ces couleurs et ces formes enfantines une voie de salvation pour l’art anglais…

Rose Wylie, Installation view, ‘Quack Quack’ Serpentine Sackler Gallery, London (30 November 2017 – 11 February 2018) © 2017 Mike Din

Les formes et les couleurs d’une enfant

Il y a un autoportrait sur lequel elle mange un biscuit au chocolat. Une bouteille d’huile d’olive. Un match de foot. Et quand Rose Wyle peint le soleil, elle fait un grand cercle avec autour de fines lignes jaunes. Dessous, des palmiers, des bâtons marrons et quelques courbes vertes au sommet. Sur la mer, elle pose les contours d’un navire et la fumée noire qui s’en échappe.

Ses toiles montrent en surface un vocabulaire quotidien au style distinct. On les dirait volontiers naïves, comme faites de la main d’un enfant. Mais il y a quelque chose de sophistiqué dans ces images pictographiques.

Cuban Scene, Smoke © Rose Wylie – Private collection

Rose Wylie a plus de 80 ans, et l’année dernière le journal The Independant louait une révélation qui dynamitait les discriminations envers les aînés : le Turner Contemporary à Margate inaugurait sa programmation avec l’œuvre de la peintre anglaise. Ses œuvres accumulées sur les murs formaient une mini chapelle vibrante de couleurs et de simplicité astucieuse.

Ce sont des peintures qui semblent confiantes et énergiques, qui déploient une pléthore d’images et forment notre mémoire collective.

Des inspirations quotidiennes et mémorielles

Les inspirations de Rose Wyle ne sont pas lointaines : ce sont des rencontres quotidiennes, le cinéma, les bandes dessinées, le monde naturel, les anecdotes et les objets du quotidien, de la consommation, les dernières nouvelles… et aussi les nouvelles de l’histoire.

Une peinture illustre le Blitz. Rose Wylie était alors une enfant qui vivait à Bayswater. Sur le paysage il y a des chiens et des canards, le lac Serpentine qui coule sur le parc, et des avions qui bombardent en surplomb. Le titre de l’exposition induit une référence à « ack-ack », un terme utilisé pour décrire l’artillerie anti-aérienne de la Seconde guerre mondiale.

 Rosemount (Coloured), 1999 © © Rose Wylie Courtesy of Regina Gallery, Moscow

Le contour en rouge d’un missile V1 avec des ailes carrées survole une carte de l’ouest londonien, centrée sur la silhouette noire d’une usine qui porte le nom gribouillé « Rosemount ». Les bombes tombent entre les parcelles et les immeubles d’habitation. Un œil regarde le V1. Avec des couleurs éclatantes, cette peinture parle d’horreur, de terreur, d’explosion et de mort.

Wylie peint à travers le filtre du souvenir et utilise le texte pour recomposer des faits et livrer des impressions comme des collages.

Une alternative pour l’art anglais

Rose Wylie est sortie diplômée du Royal College of Art en 1981. Elle a visité un grand musée pour la première fois quand elle avait 15 ans. C’était au Louvre et le parcours l’avait laissée de marbre car elle se sentait incapable de se lier aux peintures monumentales : « Je n’avais aucun moyen de les comprendre ». À l’époque elle préfère peindre dans ses cahiers d’écolière, puis d’étudiante, remplir de peinture les lignes et les diagrammes sur toutes les pages.

Si l’artiste n’a jusqu’ici pas fait « carrière » dans l’art, elle n’en conçoit pas d’amertume.

Rose Wylie, Installation view, ‘Quack Quack’ Serpentine Sackler Gallery, London (30 November 2017 – 11 February 2018) © 2017 Mike Din

Chez elle, avec son mari – artiste et écrivain – elle a organisé des cours de peinture, et a même fait de son jardin un campement pour les étudiants. Une manière de garder la fraîcheur de son art, de garder ce besoin qui s’apparente à de l’obsession : Wylie livre des notes visuelles, des teintes sans peur, des couleurs d’humour et de joie qui semblent au premier abord naïves.

Mais ce que l’on prendra si l’on veut pour des gribouillis, représente selon le critique d’art Jonathan Jones – pour The Guardian – un espoir : une liberté enfantine, canalisée pour peut-être enfin prolonger la voie de l’art anglais.

Car Jonathan Jones comme d’autres journalistes, la compare volontiers à David Hockney pour la célébrer. Si quelques arbres ressemblent aux précis palmiers californiens du peintre, ils en disent davantage sur l’essence de l’arborescence en quelques feuilles végétales largement brossées.

Selon le critique, l’artiste à la formation académique a redécouvert à la maturité la liberté de touche et de composition qu’ont les enfants : « Faire un chien. Faire un canard. Faire une bombe volante V1. »

Rose Wylie, Installation view, ‘Quack Quack’ Serpentine Sackler Gallery, London (30 November 2017 – 11 February 2018) © 2017 Mike Din

C’est l’œil simplifié mais authentique lorsqu’il se pose sur la nature, qui force la comparaison avec Hockney. Mais ce dernier reste loyal aux règles et aux traditions, quand Wylie trouve un point de fuite dans la manière d’une enfant.

Et rapprochant son art du souvenir du Douanier Rousseau, de Flore Stetteheimer à New York, et même d’Alfred Wallis dans les Cornouailles, le journaliste regrette l’état contemporain de l’art en Grande Bretagne, comprimé dans une tradition « conservatrice et guindée ». Selon lui, on fait toujours la queue pour admirer les piscines parfaitement peintes par Mr. Hockney, on attend toujours en file de voir les Turner Prizes livrer une oeuvre propre et laborieuse.

Oui mais voilà selon Jones la peinture n’est pas un travail, « c’est une joie ». Et Rose Wylie montre qu’en se faisant libre, la peinture est « courageuse ». Elle montre la voie à oser suivre aujourd’hui.

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