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Un oiseau nommé Boix-Vives au musée des Beaux-Arts de Chambéry

Anne Malary 29 novembre 2017

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Le musée des Beaux-Arts de Chambéry présente la première exposition rétrospective consacrée à Anselme Boix-Vives (1899-1969), un nom qui virevolte poétiquement dans l’air comme celui d’un oiseau coloré… un drôle d’oiseau dirait-on, avant de s’approcher plus près des étincelles qu’a laissées l’artiste, un autodidacte dont l’œuvre est associée à l’art « brut » ou « naïf ».

Anselme Boix-Vives, Les fruits et les oiseaux, 1963, gouache sur carton, collection particulière

Au-dessus de la montagne

Entre les reliefs de la Savoie, l’ancienne halle aux grains de Chambéry que l’on appelait joliment « grenette » fait une belle architecture au musée des Beaux-Arts, des piliers sous voûte au rez-de-chaussée jusqu’aux grandes verrières du deuxième étage.

Mais c’est au premier, entre les colonnes métalliques et blanches de type Eiffel, que les couleurs de Boix-Vives illuminent l’espace unique. C’est une grande salle divisée par des pans de murs en biais. Dans les cadres, en relief et sans verre, la matière épaisse et picturale tranche la lumière naturelle. Il fallait cela pour exposer un tel coloriste…

Anselme Boix-Vives est né en Espagne en 1899. Durant son enfance de berger, il fréquente davantage les reliefs et les troupeaux que l’école. Dans les années 1920, installé en France, il ouvre un magasin de primeurs à Brides-les-Bain, et se fixe plus tard à Moûtiers.

C’est ainsi que vit Anselme Boix-Vives, jusqu’à sa retraite en 1962. Alors, son fils artiste lui montre la peinture : c’est en quelque sorte une biographie inversée, le père est « autorisé » à l’art par son fils… et il développe son propre langage pictural. Un langage fait de hachures, de division des plans, de points et de cloisonnements. Une expression picturale qui est imprégnée de la nature et des affects, tout cela accentué par l’hallucination. Il déploie une forêt colorée dans laquelle semblent voler des créatures, beaucoup d’oiseaux et d’autres animaux.

Anselme Boix-Vives, Arbre Fleuri, 1966, huile sur contreplaqué, Bönnigheim (Allemagne), Museum Charlotte Zander

Le peintre n’est pas un  inconnu. Depuis ses montagnes, l’oiseau a volé : il a notamment été exposé à New York, et l’artiste Corneille – du mouvement Cobra – a préfacé le catalogue qui lui a été consacré à cette occasion. Mais c’est la première fois que la région Auvergne l’expose.

Un des premiers tableaux montre la multiplicité de sa peinture : Les Fruits et les oiseaux, une gouache sur coton réalisée en 1963. Il y a en rose, en violet et en rouge, des oiseaux entre les lignes d’une étoile pointillée et des hachures. Dans une corbeille, des fruits peints, pleins. Verts et jaunes, orange aussi. L’artiste cherche la plénitude en serrant ses cadres. Il y a de l’art des Nabis dans ces aplats et ces zones compartimentés comme des champs vus du ciel, des airs de Matisse, de céramiques iraniennes et parfois même de l’art océanien… En surface la lumière change selon que l’on s’approche ou l’on s’éloigne, des reflets se créent. Il y a tout cela en cet artiste qui n’avait rien appris de l’art, mais avait tout élaboré en sept années de sa vie.

On compte aujourd’hui plus de deux mille quatre cents œuvres de son pinceau : figures humaines et animales, paysages, compositions abstraites. Idéaliste pragmatique et enjoué, optimiste viscéral, il a fait vivre un monde merveilleux et fantastique, des histoires nourries des souvenirs des montagnes catalanes, des animaux et des végétaux de Tarentaise, des images qui lui arrivaient aussi par la télévision.

Mythologie individuelle

De quoi parle alors ce faiseur de mythes au sein de l’exposition en question ? Il y a… une Dame patronnesse qui ressemble à un chamane orange avec du jaune dans ses yeux noirs, une Reine Marguerite ou Chardons de Courchevel (!), panier sanglant et saturé. Une bohémienne espagnole en cérémonie politique. Des rentières dans un jardin de roses. Des robes de duchesse qui s’épanouissent comme un feuillage. Une panthère, bête étrangère. Une jolie dame fumeuse de pipe sur un paysage divisé vert et rouge, bleu, jaune, qui font éclater la robe rouge. Un homme lunaire. Un sujet classique : grand nu composé de membres décoratifs séparés, désarticulés et posés. Des plants de coton en pointillisme localisé, des traits tantôt mouchetés tantôt allongés. On dirait Vuillard, une tapisserie mille fleurs déclinée et maintes fois reprise.

Anselme Boix-Vives, Le Bouquetin et ses amis, 1965, gouache et feutre sur carton, collection particulière

À la campagne, il y a deux béliers, des oiseaux et des coqs. Plus loin un arbre en fleurs comme un paon fait la roue, des couleurs pailletées en jaune-mimosa, rouge-coquelicot, tout un jardin sur un arbre géant. Il y a quelque chose de compulsif mais composé. De vraies scènes aussi auxquelles le berger assiste devant l’écran animé de sa cuisine – New York, la marche sur Washington – ou en vrai – le Baptême des jumelles –, et toujours traduit les personnages en masques.

Ainsi ses petites-filles ont bien des tresses blondes, des mains avec cinq doigts, au cou des chapelets mais des corps en forme de cloches. C’est la plus grande toile de l’artiste, trois fois plus grande que ses plus grandes œuvres. En bas il est une frise de plantes aux contours clairs, noirs, au-dessus de laquelle les personnages flottent rigidement.

Entre les palmes dans ses cadres la lumière s’infiltre comme l’homme entre les feuilles. En fait, tout passe par le filtre de la vision merveilleuse de l’artiste. Tout, même le tiercé du dimanche où figure un homme-créature sur sa monture qui doit être un cheval en orange presque fluo contre des reflets bleus.

C’est un monde longtemps observé et enchanté, que l’on tente de décoder. Parmi le bouquetin et ses amis une chauve-souris surgit vers nous dans un paysage au vocabulaire volontiers mystique. Parmi les animaux du parc national à Pralognan-la-Vanoise, c’est peut-être un bébé dans l’herbe, peut-être une Nativité.

Anselme Boix-Vives, Salut, 1969, ripolin et feutre sur carton, collection particulière

Ces œuvres procèdent de la réminiscence et non de la description. Le parallèle le plus évident semble à établir avec l’œuvre de Séraphine. D’ailleurs Anselme Boix-Vives utilise parfois le même matériau qu’elle : le Ripolin, une matière pauvre sur des effets luxuriants.

Les peintures déploient la quête d’un homme à la biographie particulière qui a également fait œuvre en militant pour la paix. L’utopie de l’artiste est explicitée en un ouvrage : un Plan d’organisation mondiale pour la paix par le Travail. Une union mondiale comme seul moyen de sauver la civilisation.

Dans le fond de la salle, un être tangue et nous fait signe de la main : Salut, c’est comme l’artiste qui nous dirait au revoir. Il nage dans la peinture, ondulatoire.

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