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Niki de Saint Phalle, première couleur des possibles pour Mons 2025 !

Anne Malary 28 novembre 2017

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En 2015, Mons était Capitale européenne de la Culture. Depuis, la ville s’est transformée et se prépare un avenir dynamique nommé Mons 2025. Premier projet de cette programmation, la grande exposition Niki de Saint Phalle débutera le 15 septembre 2018.

Niki de Saint Phalle, Baigneurs, 1981.Donation Maurice Duvivier, propriété de la Communauté française, en dépôt à l’Artothèque, Mons © 2017 NIKI CHARITABLE ART FOUNDATION, All rights reserved – Photo : © Atelier de l’Imagier

Niki de Saint Phalle, « Ici tout est possible »

Kyla McDonald, commissaire de l’exposition, a choisi une déclaration de Niki de Saint Phalle pour sous-titrer l’événement : « Ici tout est possible ». La phrase est emblématique de la pratique de l’artiste, gouvernée par une imagination qui ne considère pas les frontières.

Cela est aussi nécessaire car elle est née femme dans un temps et un contexte sans possibles pour les femmes. Le médium artistique est donc pour elle un moyen de se libérer des contraintes, de sortir du confinement lié à son corps et à sa condition. Cela se traduit notamment de manière spatiale, quand elle popularise l’espace extérieur en y exaltant son art, et investit la place occupée par l’homme pour être sa libre égale. Toujours l’invasion, toujours la création s’amalgament.

Elle fait ainsi naître et s’épanouir ses Nanas, mais explore aussi le théâtre, les films, l’architecture ! Tous ces médiums que Niki de Saint Phalle a travaillés seront exposés à Mons. Car l’artiste est plusieurs fois liée à la Belgique. Par le Dragon de Knokke, par les expositions qui lui ont été consacrées à Knokke-le-Zoute : « Last Night I Had a Dream » à la galerie Guy Pieters, le Cirque de papier au Casino Knokke.

Le Dragon de Knokke, Belgique, 1973 © Laurent Condominas

Pour être à l’image de son œuvre, l’exposition présentera son art à l’intérieur et à l’extérieur. Il sera miroir de la rage qu’elle couve et expulse à ses débuts, mais aussi de la joie qu’elle partage et répand autour d’elle plus tard, offrant aux gens des refuges, des lieux de calme, des lieux de discussion.

Ses œuvres peuvent ainsi être perçues comme des portes ouvrant sur des mondes incroyables dont on ne connaît qu’une infime partie. Et si on ne percevait pas l’art de Niki de Saint Phalle ainsi, elle est à découvrir, à redécouvrir. Si elle a fait de la femme un être capable de jouir, elle a déployé ses couleurs sur bien d’autres corps en reliefs, et vitalisé bien des paysages.

Niki de Saint Phalle, Lili ou Tony, 1965 © 2017 NIKI CHARITABLE ART FOUNDATION, All rights reserved. – Photo : © André Morin / Courtesy Galerie GP & N Vallois, Paris

Les visiteurs pourront marcher entre ses œuvres dans les salles sur deux étages, sur les murs et sur le paysage. Ils auront l’occasion de voir et pénétrer l’architecture en plans, maquettes et esquisses, les projets qu’elle imaginait et ceux qu’elle n’a jamais réalisés, comme une église pour les quatre religions, un métro, une école… des lieux qui intègrent l’art et la vie dans une dimension spirituelle et quotidienne, immersive, sensible et sensitive. Des décors de scène, des croquis et tournages de ses productions théâtrales. Son grand Jardin des Tarots en Toscane, figuré par des maquettes et des visuels.

Niki de Saint Phalle mettait en scène la vie, sa vie, ses amis, ses enfants, ses collaborateurs, elle parlait de la société, et même du Sida dans un livre… Édité avec le médecin Silvio Barandun Le Sida, c’est facile à éviter entreprend avec humour d’éveiller à la prévention et de briser le tabou de la maladie sous la forme d’une lettre adressée à son fils. C’était en 1986 ! Voilà entre autres ce que voudra démontrer la rétrospective : l’art de Niki de Saint Phalle était personnel, subjectif, politique, universel et joyeux, libertaire.

Mons 2025

Quand elle imagine sa vie future, Mons fait le pari de créer du lien. C’est le mot d’ordre du comité qui la bâtit ! Cette nouvelle coopérative culturelle est formée par la Fondation Mons 2025, Mars – Mons arts de la scène et le Pôle Muséal de la Ville de Mons. Ils souhaitent tous poursuivre la métamorphose du territoire : incarner une ville attractive, une énergie participative, un laboratoire de nouvelles pratiques culturelles. Soutenir la création locale et intégrer un réseau international.

En ce sens, le musée des Beaux-Arts de Mons se souvient de l’exposition « Van Gogh au Borinage. La naissance d’un artiste » organisée en 2015. Le directeur souhaite voir de nouveau s’ébahir et s’épanouir le regard et la fierté des visiteurs en leur ville.

Cela va avec la conception du musée qu’il voudrait redéfinir. L’adieu au musée traditionnel signifie pour lui tomber les murs. Le lieu d’exposition ne serait alors plus contraint par ces cimaises qui l’enclosent. Il s’agirait d’ouvrir l’espace et d’inscrire un message dans le relief du territoire.

Niki de Saint Phalle, Nana-Maison II, 1966-1987. Donation Niki de Saint Phalle / Sprengel Museum, Hannover. © 2017 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved – Photo : © Monnaie de Paris – Aurélien Mole

Hier recroquevillé sur sa collection, le musée devrait demain étendre ses bras et embrasser la vie publique. La médiation serait l’élément clé pour l’institution posée sur la ville comme une de ces Nana-maisons qui sera exposée à Mons, une sculpture de femme-cathédrale qui pèse quelques tonnes et accueille en elle le monde qui veut bien la visiter et s’asseoir en son ventre… Le Musée-maison, un lieu reconnecté avec la cité. Gratuité, proximité, territoire, médiation, ce sont autant de mots-clés que Mons cherchera à appliquer hors cloisons.

Ils s’accompagneront de la mise en place d’un laboratoire de réflexion et de projets d’extension pour le musée des Beaux-Arts. Une des questions qui gouverne cet agencement à venir : qui détient la connaissance ? qui donne son sens au musée ?

Niki de Saint Phalle, Tir première séance – deuxième séance shooting session, 1961. MAMAC, Nice. Donation Niki de Saint Phalle, 2001 © 2017 NIKI CHARITABLE ART FOUNDATION, All rights reserved _ Photo : Muriel Anssens/Ville de Nice

Niki de Saint Phalle est l’artiste qui illustre en premier ce projet. Ses œuvres dans le musée et le paysage urbain seraient des marquages et marqueurs d’une ville rénovée et en cours de reconquête. L’artiste a été l’une des premières à quitter le musée pour investir l’espace public, et fait le vœu de rassembler en concevant des parcs pour enfants, des fontaines, des sculptures-au-paysage, des œuvres et lieux d’intersection pour les humains qui s’y confrontent et les contournent.

Intégrer ses œuvres monumentales au sein de la ville permettrait le dialogue entre la cité et le musée, et l’expression de concepts, car ceux de Niki de Saint-Phalle sont miroirs des voeux de la ville à venir. Des concepts essentiellement locaux qui ont la capacité de rayonner et de gonfler pour se frotter à une politique globale du territoire.

Le Mundaneum de Mons, Centre d’archives et d’exposition reconnu par l’UNESCO  © F. Raevens

Car le processus de création de Niki de Saint Phalle entre en cohérence avec le projet Mons 2025 tout en ouvrant un champ des possibles illimité. Elle créait un lien utopique avec les autres en un lieu à créer. Pas toujours sur la base du réel, souvent sur celle du rêve. L’utopie de la femme au pouvoir qui dévore l’homme et rit très fort. Le tiers-lieu en ce sens n’existe pas, il s’imagine et se prolonge, évolue et se transforme.

La manière de travailler de Niki de Saint Phalle était similaire à celle d’une grande factory fondamentalement avant-gardiste. Son idée principale pour chaque projet déviait au fil des collaborations, et l’approfondissement modelait les installations. On dit que ses assistants étaient en quelque sorte « nikifiés » quand ils rencontraient l’artiste et travaillaient à ses côtés. En septembre 2018, ce sera au tour de Mons de se couvrir des couleurs de l’artiste.

Elles feront le trait d’union entre la tradition patrimoniale de la ville – quatre fois reconnue par l’UNESCO – et le futur, vers un peu moins de 10 ans maintenant. Un lien enfin entre l’individuel, le local, et l’échelle universelle, globale.

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