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Modigliani la légende, à la Tate Modern

Agathe Lautréamont 27 novembre 2017

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Une centaine d’œuvres pour la plus complète rétrospective sur l’artiste jamais organisée sur le sol britannique. À la Tate Modern, brille une exposition de tous les superlatifs, mais cette emphase est indéniablement justifiée dès lors qu’il est question d’Amedeo Modigliani. Modi l’incompris, Modi qui se meurt de maladie, Modi qui peint frénétiquement Jeanne Hébuterne, la femme de sa vie. L’institution londonienne offre un regard neuf sur le travail de l’artiste, entre influences, voyages et difficultés intimes.

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Amedeo Modigliani, Nu, 1917

Evidemment, on peut difficilement arracher notre regard de ce portrait de profil, esquissé dans les tons chauds, les traits étirés, fins, comme taillés dans une pierre éternelle dont on fait les cariatides. Modigliani souhaitait-il que Jeanne Hébuterne devienne la gardienne de son temple intime, le pilier de son art et la garante de sa stabilité d’esprit, si prompt à vaciller sous les coups de butoir de la déception, de l’alcool et de la maladie ?

On veut croire à cet amour fou entre le peintre et sa modèle, on veut imaginer Modigliani si transi de sa muse qu’il accepta au long des dernières laborieuses années de son existence de ne plus peindre qu’elle, son exquise, sa belle Hébuterne au caractère entier et farouche. Extrême diront certains, quand on sait que la jeune femme enceinte de huit mois se suicida en apprenant la mort de son compagnon, terrassé par une méningite tuberculeuse.

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Amedeo Modigliani, Portrait d’une jeune femme, 1918

Réseau créatif

C’est probablement cela, Modigliani : l’histoire d’une existence placée sous le signe de la fureur de vivre, du travail acharné, des obsessions humaines comme esthétiques. En réunissant plus d’une centaine d’œuvres, la Tate Modern de Londres entend clairement marquer les esprits, d’abord par l’ampleur de cet accrochage temporaire enrichi par une scénographie claire et pédagogique, mais aussi par le regard renouvelé que le commissariat porte sur la créativité de ce peintre d’origine italienne mais arrivé en France dès 1906.

L’œil scrutant la nouveauté, le pinceau avide du frémissement artistique parisien, le jeune peintre qui se dirige initialement vers la sculpture fréquente tout le « gratin » du monde créatif de la capitale : il croise Picasso et il lie une étroite amitié avec Constantin Brancusi, qui l’encourage dans la réalisation de ses visages féminins étirés à l’extrême, les yeux en amande, délicieusement originaux. Mais les poussières inhalées lors du travail de la pierre finirent par éloigner Amedeo Modigliani de ce domaine de création ; il empoigne à nouveau palette et tubes de couleurs. Peinture, ce sera.

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Amedeo Modigliani, Portrait d’un jeune garçon, 1918

Vivier artistique

Mais peinture innervée de ses nombreuses rencontres parmi la société artistique du quartier de Montparnasse. Au fil des années, son style pictural si unique se développe peu à peu, tandis que les traits s’allongent progressivement. Les nez se prononcent, les sourcils sculptent des visages en triangle, les yeux sont parfois réduits à de simples fentes dont les pupilles sont absentes.

L’inspiration provient aussi bien de la sculpture africaine récemment redécouverte en France que des marbres antiques aux regards impassibles, impénétrables. Leur œil est ailleurs. Modigliani pouvait-il imaginer qu’il réalisait déjà des chefs-d’œuvre, lui qui a vu sa seule exposition personnelle pointée du doigt par les autorités, car il y exposait des nus féminins pourvus de… poils pubiens !

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Amedeo Modigliani, Tête de femme au chignon, 1911-1912

Cercle intime

Ah, ces poils de la discorde… Provocation de la part de l’artiste ou simple volonté d’authenticité ? Toujours est-il qu’il se dégage de tous ces nus féminins (tous réunis dans une imposante salle de la Tate Modern, sans doute le point d’orgue de l’exposition temporaire) une sensualité palpable, tandis que les regards ou les traits des très jeunes modèles paraissent affirmer une indépendance nouvelle (nombre d’entre elles nous regardent de leur œil intérieur, bleu ciel, noir, dénué d’iris). Nous sommes en plein cœur de la Première Guerre Mondiale, les femmes œuvrent là où les hommes connaissaient une totale hégémonie. Les mœurs rigoristes en profitent pour s’autoriser quelques libertés, la morale lâche du lest. Un peu.

Chez Modigliani, tandis que les mains ne sont généralement qu’esquissées, ce sont les traits du visage qui requièrent toute sa concentration. Il les précise, les allonge, les affine, les surligne de noir. Souvent, comme Jean Cocteau le précisait dans sa correspondance, le portrait ne ressemble pas du tout au modèle ; néanmoins, il ressemble à Modigliani, ce qui est au bout du compte le plus important ! Cette unicité de son art fait que de nos jours, un coup d’œil rapide nous permet d’identifier une toile du maître, une touche  personnelle, une modernité éclatante. Éclatante comme cette exposition, résolument réussie.

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