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L’hiver, nouvelle saison artistique au Domaine de Chaumont-sur-Loire

Anne Malary 27 novembre 2017

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Le domaine de Chaumont-sur-Loire inaugure cette année ses nouvelles expositions d’hiver : Chaumont-photo-sur-Loire. Des clichés de paysages sont incrustés dans un paysage : les murs du château, ses dépendances et ses œuvres posées dans leur habitat naturel, le parc. Tout cela est paré de lumières blanches et végétales pour la saison… Entre Amboise et Blois, il fait doux passer l’hiver.

Nil I © Elger Esser

Paysages, invitations et hommages

Les œuvres de sept photographes déployées sur plus de 2 000 mètres carrés, c’était le vœu de la directrice du Domaine. Des images regroupées le temps de l’hiver comme un contrepoint au Festival des Jardins qui s’épanouit au printemps. Pour la première édition, le Domaine a invité des photographes et a souhaité rendre hommage aux amis tôt disparus, en exposant leurs paysages.

Il y a Elger Esser qui sillonne les territoires avec sa chambre photographique et parfois suit le cours des fleuves… Du Nil à la Loire, il a capturé des images vides de toute présence humaine et de référence temporelle. On pense en effet au XIXe siècle, aux tableaux orientalistes de Félix Ziem et aux clichés signés Gustave Le Gray.

Bénin, novembre 2002 © Gérard Rondeau

Ce sont des vues saturées de lumière blanche. El-Bab VI en jaune clair, El-Quarwas, Gebel el-Silsila, palmiers penchés et rives horizontales. Le Nil qui passe Assuan, coule le long des arbrisseaux et des maisons sous les dunes et un dôme blanc. En se laissant dériver ainsi, on atteint les tirages métalliques de l’Indre, d’Amboise, La Charité-sur-Loire, des arbres frères aux couleurs automnales. Les teintes changent en fonction de notre orientation, l’impression sur cuivre fait comme un hologramme.

Peu à peu les deux fleuves se mêlent, Assuan fait face au pont de Ruan. Et à la fin le bleu imprègne une vue sur le pont de Beaugency, pierre du Moyen-Âge alternant arcs et triangles en symétrie sur la Loire. Comme les bords de la Tamise en variations colorées par Whistler, comme les Nocturnes de Debussy en tons mineurs.

Eyjafjallajökull, Islande © Thibault Cuisset

Les clichés de Gérard Rondeau montrent plutôt le monde instantané en noir et blanc. Il y a des routes comme des lignes de fuite bordées de peupliers et des ciels saturés d’étourneaux qui fusent entre les branches et les cathédrales. Des paysages de France et d’Afrique composés d’ombres et de lumières prolongeant les silhouettes et les matières, des visions floues d’êtres vivants en mouvement.

Bénin, novembre 2002, des enfants jouent sous l’ombrage d’un grand arbre, des figures passent sous un essaim de feuillage, un nuage. Le Maine, vers Château-Thierry, une composition divisée autour d’un grand tronc à deux bras se reflétant sur l’eau. Géographie au long cours pour cet arpenteur qui faisait vibrer la nature sur tous les continents. Au fil de ses voyages il a fait jouer les éclats de rire, les cris et les silences et même les traces de la guerre.

Méta Paysages © Robert Charles Mann

Thibault Cuisset parcourait aussi les territoires, peut-être pas les mêmes. Le Domaine expose ses clichés de l’Islande et de la Loire comme des empreintes de sites extraordinaires où l’excès de réel touche la fiction. Ses visions sans ombre ont été fixées au cours de campagnes successives. On reconnaît l’œil du repérage qui se dilue peu à peu et devient une prise de vue. Le temps est long, c’est celui de la contemplation. On veut tout scruter, retenir l’agencement des couleurs, comprendre comment s’ordonnent les éléments du paysage composé. Il n’y a rien ici qui soit de l’ordre du reportage…

Ainsi il tire Eyjafjallajökull en diptyque : une lave fixe et blanche sur l’herbe jaune et sous les rochers verts. Et puis en Syrie, l’Euphrate en aval du barrage de Tchrine, la rivière et le ciel sont clairs et si mêlés que l’on distingue à peine la ligne qui les divise : l’horizon est gommé. Des figures sur une barque flottent au milieu du paysage.

Sur Loire ©  Hanns Zischler

Dans les galeries hautes du château, les clichés de Robert Charles Mann : des « Méta Paysages » déploient en noir et blanc la Sologne et la Loire. Le photographe utilise plusieurs appareils, plusieurs objectifs pour réfracter et partager ses impressions. Le sténopé – technique du XIXe siècle – lui permet de nimber ses paysages de mystère : « suggérer, voilà le rêve » !  Comme la pose doit être longue le photographe capte la vie secrète des éléments en mouvement, qui deviennent translucides et vibrants.

Hanns Zischler est aussi adepte du sténopé, mais il en fait l’usage du haut de sa montgolfière lorsqu’il survole la Loire et traverse un monde muet fait de vent qui charrie la neige, la fumée et la brume. Ces paysages ressemblent aux peintures de Gerhard Richter. Ses visions bougent dans l’ambiance des levers du jour. Il semblerait que la photographie intensifie la sensation atmosphérique, en ce sens elle est pour l’auteur un instrument scientifique et esthétique, et pour nos yeux panoramique…

Ciel et Terre © Éric Sander

Dans l’Asinerie du domaine sont d’autres ciels, toujours collés à la mer. Ce sont les photographies d’Éric Sander, qui livre des carrés formés par de mêmes horizons bleus. Ils sont toujours éclaircis par une lueur blanche presque aveuglante qui gèle l’union houleuse des éléments le temps d’une seconde.

François Méchain lui aussi ordonne des formes, mais pour poser au territoire quelques questions. Dans la série Sculpture Fiction il agence ce qui est déjà là, au-paysage. Cela se passe en Arcadie en 1991. Le photographe se demande alors comment représenter l’histoire de la Grèce sans la résumer au ciel bleu, aux maisons de chaux et à un clair soleil… Pour lui, ce sera un amandier, un chêne vert et des pierres calcaires composés en ellipses. En réalité, parmi ces cercles, celui au sol mesurait 12 par 1,50 mètres. Le cliché nous leurre en modulant la vision. En somme, François Méchain fait du Land Art et sa photographie fait croire que les plans se touchent.

Arkadia, Grèce, 1991 © François Méchain

Toutes ces photographies ont été choisies à coups de cœur. Elles mettent en relief le paysage intérieur du Domaine, semé d’œuvres plastiques dehors et dans ses dépendances.

Parcours organique

Le Domaine de Chaumont-sur-Loire forme en effet un circuit artistique à échelle organique…

Dans la chaleur humide des serres, les espèces s’épanouissent et parmi elles phosphorent des fleurs blanches et bleues. C’est Le Printemps tout le temps de Jean-Philippe Weimer. Un appel à s’émerveiller et à marcher en solitaire entre les fleurs de verre qui grimpent, luminaires le long des troncs de la serre.

 Le Printemps tout le temps, Jean-Philippe Weimer © exponaute

Dans la grange aux abeilles, Sara Favriau suspend une trame de cabanes en motif de moucharabieh qui vacille, réseau d’habitations miniature et mobile. Le bois est grignoté et allégé jusqu’à devenir une colonne sciée près d’architectures arachnéennes et flottantes. Cela se nomme O, prologue pour une chimère, et il semble que tout s’évanouira quand on repartira…

Momento Fecundo, Henrique Oliveira ©  E. Sander

L’autre partie de la bâtisse est habitée par Momento Fecundo de Henrique Oliveira. C’est une forme en contreplaqué qui infeste tous les angles de la grange. Un bois de palissade indomptable ondulant avec souplesse en tronc organique. Un immense reptile à l’écorce épaisse qui semble sourdre des murs et faire sa mue sur le sol de la grange jonchée de copeaux comme de la peau, à moins qu’il ne s’agisse des résidus de l’émergence d’une racine folle et monstrueuse, enfouie sous la terre durant des millénaires. Ce serait donc un animal-végétal qui glisserait et rugirait en silence. Son cœur serait ce rectangle posé qui croît, grimpe l’escalier, se pose dans l’antre du grenier et se prolonge, jusqu’où on ne le voit pas…

Toi(t) à terre, Rainer Gross © exponaute

Il y a plus loin les œuvres enracinées dans le parc. Toi(t) à terre de Rainer Gross, un cône graphique posé au pied d’un arbre visible depuis la Loire et qui dessine une vue perspective quand on le pénètre. L’arbre aux échelles de François Méchain, toujours : structures suspendues aux branches qui tanguent dans l’air et ne touchent jamais terre.

Passage, Cornelia Konrads © E. Sander

En face, le Passage de Cornelia Konrads : un rectangle en bois sans porte fait de brindilles et de rameaux entre les chênes et les sapins. Puis il y a le Promontoire sur la Loire de Tadashi Kawamata : une jetée sur l’horizon, une vue à couper le souffle en toute saison.

Promontoire sur la Loire, Tadashi Kawamata © E. Sander

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