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La tapisserie de l’Apocalypse à Angers : chef-d’œuvre révélé !

Anne Malary 22 novembre 2017

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C’est au château d’Angers que s’étend sur près de 140 mètres la plus longue tenture du monde : la tapisserie de l’Apocalypse. Elle déploie un récit peuplé de monstres et d’anges, d’archanges et de figures sataniques, de couleurs vives comme leurs symboles. Mais c’est un bien matériel précieux et fragile, qu’il est parfois difficile de lire sans s’égarer en chemin… Un constat d’état et un dispositif numérique sont en cours de réalisation pour révéler l’œuvre et accompagner la visite.

Vue de la galerie de l’Apocalypse © Didier Plowy – CMN

Conserver, protéger, restaurer…

Les rayures blanches sur les tourelles noires scandent le paysage architectural qui surplombe la ville. C’est le château d’Angers, une citadelle bicolore qui conserve un bien illustre trésor : la tenture de l’Apocalypse, créée il y a plus de 600 ans à la demande de Louis Ier, duc d’Anjou, frère du roi Charles V.

Le château et le Centre des monuments nationaux ont souhaité améliorer l’accès à ce chef-d’oeuvre et sa lisibilité. Car il s’agit tout de même de la tenture la plus ancienne, la plus grande du monde, la seule d’une telle ampleur à nous être parvenue ! Pour commencer, il fallait l’examiner…

Château d’Angers © exponaute

La tapisserie est d’abord exceptionnelle par la subtilité de sa technique. Elle était à l’origine constituée de six pièces en tissage très fin. Et l’objet est tissé sans envers : son endroit et son envers étaient aussi soignés, sans nœud ni fil apparent.

Le constat d’état débute à l’automne 2016. Un échafaudage dans la galerie permet aux restauratrices d’observer de près les différentes pièces pour consigner leur état sanitaire et structurel. Grâce à une campagne photographique en haute définition menée plus tôt la même année, elles répertorient toutes les dégradations : encrassement, déformations, tensions, plis liés à l’accrochage, dégradations dues à l’humidité, à la lumière, à la poussière…

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

Suite à cette première phase d’observation, quatre tapisseries sont sélectionnées et déposées pour être « interrogées » : l’accrochage permanent représente-t-il une mise en péril ? quel est l’état des restaurations ultérieures ?  C’est aussi l’occasion de faire le point, à l’aide des technologies de notre siècle, sur la technique et les matériaux de fabrication utilisés au XIVe siècle. Les pièces sont en outre dédoublées afin de permettre l’observation de leur revers, durant 6 mois : les altérations, les traces de restauration (retissages, repeints…) sont examinés à la loupe. Les anciennes doublures, inadaptées, sont remplacées, et les restauratrices dépoussièrent les surfaces. Enfin, un contrôle climatique est réalisé.

Ce constat permet de déterminer précisément l’état de conservation de la tenture, d’évaluer la qualité et l’impact de son environnement et de formuler des recommandations pour sa présentation et sa conservation… à poursuivre en 2018.

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Dispositif numérique d’introduction à la visite au château d’Angers © exponaute – Google Arts & Culture

Pour lors, les restauratrices constatent que l’état structurel de l’oeuvre est affaibli, du fait de son ancienneté et de son exposition à la lumière naturelle directe pendant plusieurs années. Les couleurs, la teneur des fils sont particulièrement altérés, et les déposes régulières de la tapisserie ont causé chaque fois une perte de matière.

De fait, l’oeuvre est installée depuis 1954 dans une galerie composée de deux ailes construite à ses dimensions. Mais depuis la mise en place de ce dispositif, elle est exposée en permanence, et sa dernière restauration date des années 1990.

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

À cette époque, la galerie est entièrement rénovée pour améliorer l’accrochage et l’éclairage de la tenture. Mais ce dispositif – une fibre optique – a révélé plusieurs inconvénients au fil du temps. Dès 2018, la remise en état de la tenture sera donc accompagnée de celle de l’éclairage. Le nouveau système garantira une meilleure préservation et une mise en lumière modulable grâce à des LED réglés par une technologie intelligente. Enfin ces lueurs plus fines et plus froides feront mieux ressortir les couleurs du chef-d’oeuvre…

…révéler, montrer !

Quand on entre dans la salle d’exposition de la tapisserie, on est d’abord happé par le choc de la monumentalité, puis par le foisonnement des éléments.

200 personnages ! C’est comme une représentation théâtrale habitée d’animaux, de plantes, objets, miroirs, démons et ruines, scènes de panique ordonnés dans une extraordinaire perfection technique. Et il y a tant d’éléments : la grêle et le feu, le souffle, les quatre vents… tant de scènes et d’actions : la femme reçoit des ailes, le dragon poursuit la femme, le dragon combat les serviteurs de Dieu, la bête de la mer, l’adoration du dragon, l’adoration de la bête, la femme revêtue du soleil, l’agneau sur la montagne de Sion…

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

Une œuvre aussi riche est aussi chère, ostentatoire et superbe à montrer… hier comme aujourd’hui. Un dispositif d’introduction à la visite a été conçu en octobre dernier dans le cadre du partenariat entre le CMN et Google Arts & Culture. La matière de la tapisserie se prêtait à la captation en giga pixels de plusieurs scènes combinée à la technologie Street View.

Ce sont plusieurs images et des milliards de pixels qui ont été capturés comme s’il s’agissait d’une cartographie de l’œuvre. Les fragments photographiques ont ensuite été collés à la manière d’une mosaïque pour composer des images en haute définition. En somme, il s’agit d’une sorte de canevas numérique, un tissage contemporain !

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

Un film ainsi réalisé et animé est projeté sur les trois écrans de la pièce : il nous englobe et nous immerge dans l’histoire et la matière de la tenture, dénoue et renoue virtuellement les sens et les fils, montre la métamorphose d’une oeuvre plusieurs fois restaurée, retissée et recolorée. Les focus démontrent aussi comment se tissent les effets de relief et de transparence, les caractères de la matière.

Il y a des violons sonnant au rythme des ondulations des flammes et des algues, on entend des cloches et des galops qui tonnent, virent et filent très loin. On voit d’infiniment près les boucles laineuses des moutons et la robe ombragée des aigles. C’est la vie du dernier livre de la Bible. Il conte toutes les catastrophes rencontrées par les hommes jusqu’à l’issue heureuse qui se manifeste en la Jérusalem céleste.

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

Afin d’accompagner la lecture du visiteur, le Centre des Monuments nationaux a mis au point une application qui sera téléchargeable gratuitement à partir de janvier 2018 sur Google Play et Appstore.

L’envers de la tenture sera révélé au rythme d’images interactives et de vidéos qui clarifieront aussi les ressors de la technique de la tapisserie. Des focus sur chaque pièce détailleront des anecdotes, mais aussi les restaurations de l’oeuvre, les manques et les ajouts. L’application permettra en outre de basculer de l’envers vers l’endroit, de découvrir des éléments cachés de ce document. Une volonté ludique qui mise sur le numérique pour captiver et nous enjoindre à lever les yeux sur un chef-d’œuvre instantané, car « apocalypse » en grec ne signifie pas « fin du monde », mais « révélation » !

Tenture de l’Apocalypse © exponaute

Ce récit est truffé d’agencements, de déroulements, de reprises et de rebonds. La temporalité est plurielle, les expressions animent les regards et les gestes. Le fond est tantôt rouge tantôt bleu et orné de mille fleurs comme un manuscrit enluminé à l’échelle monumentale. La chute de Babylone est deux fois annoncée avant l’invasion des démons qui en sortent et s’écroulent avec elle. Plus haut, des grenouilles sortent de la gueule des monstres. Plus loin, des bêtes sont jetées dans un étang de feu et les rapaces tombent en trombe sur eux, les regardent l’œil mauvais ; bientôt Satan assiège la ville en flammes. Mais la Jérusalem nouvelle se profile enfin, le vent fait voler gracieusement les drapés de saint Jean.

Voilà le parcours est terminé, pourtant on a envie de faire marche arrière, de revenir voir les scènes, les vérifier, les scruter, encore se promener dans le livre tissé.

Château d’Angers © exponaute

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