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Anni Albers : « toucher la vue » au Guggenheim de Bilbao

Anne Malary 22 novembre 2017

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Entre les figures pré-colombiennes et le Bauhaus, il y a les tissus d’Anni Albers. Sur un médium un peu dénigré, elle pose de nobles compositions, noue les genres et trace des lignes en séries… ni tout à fait pareilles, ni tout à fait divergentes. « Toucher la vue » au Guggenheim de Bilbao, c’est distinguer des paysages et des matières, jusqu’en janvier 2018.

Anni Albers dans son atelier du Black Mountain College, 1937 – Photo : Helen M. Post © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Une pionnière

Anni Albers, artiste du Bauhaus et du Black Mountain College, a été pionnière dans le renouvellement de l’art textile en incorporant le langage graphique moderne aux pratique traditionnelles.

Si elle suit avec rigueur la technique propre à chaque médium – le textile puis l’estampe – elle atteint à travers ces manières mineures le registre majeur. Des paysages, des compositions abstraites où l’on reconnait des plaines, des rayons, pas de narration mais de la contemplation.

Anni Albers,
 Ville, 1949, Lin et coton, The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany Connecticut – Photo : Tim Nighswander/ Imaging4Art © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Ce sont peut-être les titres qui forment un récit : Floating, Mountainers, Haiku, From the East, Under Way… Et le coton, le chanvre, les fils métalliques et la laine font un poème d’or et d’argent, en noir et beige, quand il s’agit d’un Haiku en forme d’écharpe à franges.

Des « tissus picturaux »

Sur les tissus exposés, la perfection formelle des trames et les formes de la peinture moderne et abstraite s’emmêlent avec maîtrise. Car l’oeuvre d’Anni Albers se glisse entre le travail archaïque et le processus industriel.

Il y a des anciens textiles, des photographies de figures sculptées, des fragments, des motifs Chancay… ce sont les modèles pré-colombiens de l’artiste. On voit dans son art l’influence de mosaïques, de schémas, d’attitudes, de lignes d’une certaine manière croisées, angulaires ou striées.

Anni Albers
, Couches bleues et rouges, 1954, Coton, The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany Connecticut – Photo : Tim Nighswander/ Imaging4Art © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Mais puisque dans le souci de l’idéal Bauhaus, l’art doit être accessible au plus grand nombre, le design est aussi une production de masse. Anni Albers
 délaisse donc progressivement le métier à tisser pour collaborer avec des fabricants industriels.

Les tissus ainsi exécutés peignent souvent des paysages. Ils sont en points, parfois comme des cartographies, des routes et des réseaux de routes. En suivant les lignes ont distingue des paliers, des étages, des terrasses dans la montagne, des lueurs et des arbres.

Car les formes et les couleurs posées sur le textile sont le domaine du territoire et ses limites : South of the Border, le Sud d’une frontière en rose, orange et jaune, sur bleu, gris et noir. Couleurs chaudes et froides de part et d’autre d’une lisière. Sur ces espaces, la trame du tissu forme un Rail. Des fils de lin croisés à l’image de chemins de fer.

Anni Albers,
 Étude pour Hanging non réalisé, 1926, The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany Connecticut – Photo : Tim Nighswander/ Imaging4Art © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Et puis le tissu est aussi décor textile, grandes tentures et ornements tapisseries, pour une chambre d’enfant par exemple. C’est d’ailleurs cette première pièce tendue qui introduit au travail de l’artiste comme un prétexte utile avant la création pionnière…

Nouvelles impressions

À partir des années 1960, Anni Albers explore  les techniques d’impression. Sérigraphies, eaux-fortes, lithographies, éditions offset.

Il y a des connexions et des séries, des entrelacements et des impressions cinétiques. Comme les études pour Wall harging with verticals, la répétition de lignes comme par procédé industriel.

Anni Albers,
 Collier, ca.1940, Crépine et clips, The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany Connecticut – Photo : Tim Nighswander/ Imaging4Art © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Parfois, les formes semblent des triangles hallucinés. Parfois elles résonnent en série, comme Orchestra, exécutée entre 1979 et 1980 qui s’achève par Floating. C’est de la photo offset et des lignes coupées en diagonales, croisées, qui résonnent très agencées.

Il y a aussi quelque chose de nouveau, de vital, à en croire le titre – car c’est toujours le repère – Life Involvment. Cette partie incarnée de l’oeuvre était déjà dans la première pièce : il y avait des colliers de tissu et de métal. À présent l’artiste imprime des formes pour peupler les paysages, comme ces Mountaineers gravissant les montagnes, réalisés avec la technique du gaufrage. Des figures mosaïques monochromes en reliefs et des réductions de lignes, des cubes pleins ou des labyrinthes schématiques.

Anni Albers,
 Nœud, 1947, Gouache sur papier, The Josef and Anni Albers Foundation, Bethany Connecticut – Photo : Tim Nighswander/ Imaging4Art © The Josef and Anni Albers Foundation, VEGAP, Bilbao, 2017

Voilà une progression abstraite qui nécessite de convoquer des projections spatiales. Les titres sont comme des lieux que l’artiste habite et peuple par lignes. Cela est d’abord manuel puis industriel. Mais ce qui est froid garde la sensation de la matière : « toucher la vue », c’est le titre de l’exposition. Les matériaux textiles et les reliefs imprimés déroutent la vue et recréent des repères.

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