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Sur Youtube, la culture au féminin

Agathe Lautréamont 20 novembre 2017

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Il y a quelques mois sur exponaute, nous avions abordé avec vous la thématique des chaînes culturelles Youtube, via une grande opération de communication initiée par le Louvre. Le célèbre musée avait en effet fait appel à trois Youtubeurs célèbres pour parler histoire, cinéma et mystères dans les couloirs de l’institution. Ces trois vidéastes avaient un point commun : celui d’être des hommes. Alors à la rédaction, nous avons décidé de discuter culture, art, Youtube et découverte grâce à quatre YoutubeuSes, qui animent des chaînes toutes plus intéressantes les unes que les autres.

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© Manon Bril – C’est une autre histoire

On ne vous le cache pas, tout part initialement d’un tweet publié par le vidéaste Léo Grasset, qui anime la chaîne Youtube de vulgarisation scientifique Dirty Biology. Le jeune homme se désespère : selon lui, les femmes seraient quasi-absentes de l’univers de la plateforme au logo rouge et blanc. Hormis sur des chaînes traitant de maquillage, de cuisine et autres sujets « lifestyle », « où sont les femmes ? » s’exclame-t-il ! Enlevées, disparues, pulvérisées, tombées dans les limbes des internets ? Pas si simple…

Nous avons donc exploré la plateforme de partage de vidéos créée en 2006, en quête de chaînes culturelles tenues par ces dames. Et un constat a rapidement été établi : les femmes sont bel et bien présentes sur Youtube, en nombre, et avec des supports d’une grande qualité.

De l’huile sur toile aux mythes grecs

Avec ses 102 000 abonnés au compteur, la vidéaste et doctorante Manon anime depuis 2015 la chaîne « C’est une autre histoire ». Avec son ton enjoué, des blagues bien senties et quelques références heureuses à la pop culture, la jeune femme nous raconte la mythologie, l’Histoire de l’art et le monde gréco-romain.

Le dada de la jeune femme, c’est de décrypter les mythes les plus célèbres en s’appuyant sur des œuvres. Dans ses chroniques filmées « Tu vois le tableau », Manon nous parle ainsi du combat du héros Persée contre la gorgone Méduse, du désastreux jugement de Pâris en présentant au passage la célèbre huile sur toile de Pierre Paul Rubens… et tiens, puisqu’on parle de Rubens, Manon a également réalisé une de ses vidéos en partenariat avec le Musée du Luxembourg !

La vidéaste sait habilement mélanger propos érudit, références geek et gif de chatons mignons afin de nous éclairer sur des questions essentielles. Au hasard, un exemple : mais pourquoi bon sang les statues ont-elles des petits pénis ?

Mieux comprendre l’art

Du côté de l’art, on peut citer la chaîne Youtube de Natacha : « L’art en 3 coups de pinceau ». Tout passe par la moulinette de la jeune vidéaste de 29 ans : visite d’expositions (on a pu croiser la Youtubeuse devant les cimaises du Centre Pompidou, du Musée Art Ludique ou encore au Louvre Lens), lumière sur une œuvre précise, focus sur un artiste célèbre…

Précise dans son propos, forte de ses études en art moderne et contemporain, Natacha s’attaque également à des thèmes pouvant parfois être sujets à polémique, à l’instar du marché de l’art (et ses records tous plus ahurissants les uns que les autres), sur la connotation péjorative du terme « primitif » dans l’art (à l’occasion de l’expo Picasso Primitif organisée par le Musée du Quai Branly) ou encore de la politique culturelle menée par le président américain Donald Trump. En bref, elle se résume elle-même : « Je ne me mets aucune limite et je parle de ce dont j’ai envie de parler ! »

L’actualité est donc récurrente dans le propos de la vidéaste, qui sait néanmoins glisser beaucoup d’humour et d’autodérision dans ses émissions (et parfois, elle parle même jeu-vidéo, en expliquant comment l’art de Francis Bacon a inspiré les développeurs du jeu japonais Silent Hill). Alors, rébarbatif, l’art ? La jeune femme n’est pas de cet avis :

« J’essaye de rendre compréhensibles des concepts pas toujours évidents, en évitant de les sur-simplifier. Et surtout, j’essaye de garder un ton enthousiaste et dynamique, parce que beaucoup de gens voient l’art comme un sujet poussiéreux, ce qui me hérisse le poil ! »

Une offre conséquente

Mais nous pourrions mettre la lumière sur beaucoup d’autres chaînes culturelles animées par des femmes. On pense ainsi à la doctorante Charlie Danger qui anime la plateforme « La Revue des Mondes » (la jeune femme nous parle archéologie, histoire, civilisations antiques et mystères sur sa chaîne passionnante) ou encore à Laure (titulaire d’un Master en Création Plastique), créatrice de la chaîne « Art Comptant pour Rien » qui, on l’aura deviné, se concentre presque exclusivement sur la création artistique de notre époque contemporaine.

L’offre est donc là, les propositions alléchantes et le contenu indéniablement de grande qualité. Mais alors, comment expliquer que les femmes vidéastes soient si peu suivies sur le petit monde du web, quand on les compare à de célèbres vulgarisateurs à l’image de Nota Bene, le Fossoyeur de Films, Axolot ou encore Linguisticae ?

Pourquoi ont-elles même besoin de se rassembler à travers le collectif Les Internettes (qui œuvre à la reconnaissance et à la promotion des Youtubeuses sur le net) pour assurer plus de visibilité à leur chaîne ? Laure, de la chaîne « Art Comptant pour Rien », a sa petite idée sur la question :

Sexisme ?

« Les femmes reçoivent un accueil différent sur YouTube. Combien de femmes vidéastes se retrouvent à recevoir des commentaires sur leur physique ? J’ai toujours trouvé ça désespérant de voir des commentaires du style « t’es trop jolie !!  » alors que pendant 15 minutes, t’as une nana qui te parle d’un sujet sérieux. »

On retrouve un son de cloche similaire du côté de Natacha, qui analyse ainsi la situation :

« À juste raison, elles ont peur des insultes sexistes, de la drague non consentie, du harcèlement… En tant que femme, j’ai souvent reçu des commentaires sur mon physique ou des commentaires très, très sexistes. Et puis, comme les femmes ont peu de modèles féminins, elles ont peut-être la sensation que ce n’est pas leur place, qu’elles ne sont pas légitimes à être là. »

Ces dames oseraient donc moins se lancer sur la plateforme Youtube par peur de ne pas être prises au sérieux, ou pire, de recevoir des remarques ou critiques sur leur physique. Vous avez dit sexisme ? La Youtubeuse Charlie Danger en a d’ailleurs fait la douloureuse expérience en 2015, comme le rapporte un article du site web Madmoizelle. La vidéaste a en effet eu le malheur de poster une photo d’elle où on la voyait de profil, jusqu’à mi-cuisses, portant une tenue à la Indiana Jones.

Cela aura suffi à déclencher un torrent de messages sexistes, grossiers, agressifs ; en somme, la jeune femme a fait les frais du harcèlement sexuel sur internet, d’autant plus violent que les harceleurs se croient intouchables grâce à l’anonymat procuré par internet. Laure n’a pas connu cette dramatique expérience, mais estime que cela explique en partie la faible proportion de femmes vidéastes :

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© Laure – Art Comptant pour Rien

« Après j’ai énormément de chance car j’ai dû recevoir seulement deux, trois commentaires qui faisaient référence à mon physique, donc je ne suis pas directement concernée par ce problème. Mais je comprends complètement les filles qui hésitent à se lancer à cause de ça. »

Rien de surprenant, néanmoins, à ce que la Youtubeuse ait longtemps hésité avant de lancer son propre format vidéo :

« Pendant six mois j’ai fait X essais pour trouver le format que je souhaitais avoir, au début je voulais absolument éviter le « facecam » parce que j’étais mal à l’aise à l’idée de montrer mon visage comme ça, mais finalement je me suis dit que ça n’avait pas à être un problème. »

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© Nat’- L’art en 3 coups de pinceau

Il serait peut-être donc temps que les mentalités évoluent, à une époque où l’on parle beaucoup de libération de parole (via l’affaire Weinstein), de harcèlement sur internet ou de sexisme très (trop) ancré dans nos sociétés occidentales contemporaines.

Les hommes ne sont pas les seuls légitimes à pouvoir parler connaissance, culture, science ou curiosité (33% des femmes sorties du système éducatif français sont titulaires d’une licence ou d’un diplôme supérieur contre 25% des hommes) mais notre société semble encore prendre plus au sérieux un érudit disposant de chromosomes X e Y.

« Personnellement, je souffre du syndrome de l’imposteur, explique Natacha. Et la quantité de mansplaining et de titillage sur mon contenu (que j’observe beaucoup moins sur des chaînes tenues par des hommes) m’enfonce beaucoup dans mon propre manque de confiance en moi. C’est très fatiguant de passer 50 heures sur une vidéo, tout ça pour voir dans les commentaires, un tel qui dit que vous avez tort tout en reprenant exactement le propos de la vidéo, et quinze autres monter au créneau parce que vous avez mal prononcé  » de Chirico »… »

L’essor des contenus sur la plateforme Youtube pour diffuser la connaissance est en tout cas une excellente chose, au regard de Natacha, qui considère d’un très bon œil que de plus en plus de « vulgarisateurs » prennent la question extrêmement au sérieux et comblent ainsi un manque de plus en plus criant :

« Je suis ravie de voir les chaînes de vulgarisation en plein essor. Les gens derrière ces chaînes sont des passionnés qui travaillent beaucoup pour mettre à disposition du plus grand nombre du contenu souvent de très grande qualité et entièrement gratuit. Je ne sais pas si leurs viewers se rendent compte de la chance qu’ils ont ! Tout ce savoir à portée de clic, c’est juste hallucinant ! »

Il ne reste plus qu’à espérer que les grandes institutions françaises, à l’image du Louvre (qui a récemment fait à nouveau appel à Léo Grasset de « DirtyBiology » et Benjamin de la chaîne « Nota Bene »), feront davantage appel à ces dames si jamais elles souhaitent à nouveau collaborer avec des vidéastes Youtube. Le Musée du Luxembourg a ouvert la voie en faisant appel à la chaîne « C’est une autre histoire », qu’attendent donc les autres ? On laisse le mot de la fin à Natacha de « L’art en 3 coups de pinceau » :

« Je pense que les gros vidéastes et les institutions ont presque une sorte de devoir moral de mettre les femmes sur YouTube en avant. Il faut s’habituer à les voir, à les entendre. Parce que ça ne concerne pas que YouTube : tous les jours, on voit bien dans les entreprises, les universités, dans le cadre de conférences, que la parole des femmes est moins écoutée, moins respectée et moins prise au sérieux. Et ce serait bien que ça change, sur YouTube comme ailleurs. » Amen.

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