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Dans la chapelle du château d’Angers, une cathédrale…

Anne Malary 20 novembre 2017

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L’artiste Olivier Roller expose en ce moment une « cathédrale de fil » dans l’enceinte de la chapelle du château d’Angers, polychrome et diaphane. Puisqu’« image » signifiait aussi « lieu » au Moyen Âge, pourquoi ne pas en tisser un – lieu – entre les murs du château qui conserve la tenture de l’Apocalypse ? Sa chapelle porte encore des couleurs, des images du culte et des ducs d’Anjou qui l’édifièrent au XVe siècle.

La cathédrale de fil dans la chapelle du château d’Angers © Olivier Roller / exponaute

Une cathédrale de fil…

Si l’on pousse la porte de la chapelle du château d’Angers, on rencontre une cathédrale juste posée là. C’est une croix latine dans la nef unique, sous trois travées couvertes de voûtes d’ogives bombées « à l’angevine ». Le fil de laine dégrade le jaune en rouge et parallèles orange et rose. Comme les couleurs de l’aube, ou au crépuscule le deuxième filtre de la lumière après les vitraux de la chapelle.

Chapelle du château d’Angers © exponaute

L’installation est légère : une structure de fer pliée et soudée, tissée de 10 km de laine, 263 fils teints. C’est une peau sensible que l’on peut effleurer, la mue ou le double de l’architecture de pierre qui l’enveloppe.

C’est un rythme aussi, celui des fils tendus faisant écho à la trame des vitraux modernes comme des fibres teints dans la masse du verre, alternant dessus-dessous entre les plombs. On le réalise en levant les yeux, au milieu de l’expérience physique immersive proposée par l’artiste…

Car il ne faut pas seulement contourner la cathédrale : en passant entre les fils, on atteint la croisée du transept où un miroir offre un point de vue sur soi-même. C’est la surprise : plutôt que le plafond que l’on s’apprêtait à voir, on tombe face à soi, en hauteur sur le sol !

La cathédrale de fil © Olivier Roller / exponaute

Si Olivier Roller est faiseur de portraits, il réalise ces derniers en photographies et s’intéresse le plus souvent aux figures du pouvoir de l’antiquité à nos jours – certains sont en ce moment visibles au Théâtre du pouvoir de la Petite Galerie du Louvre. Sa cathédrale de fil ressemble davantage à la tapisserie conservée au sein du château d’Angers qu’à ses œuvres précédentes.

Car la tenture de l’Apocalypse inspire ! Elle a inspiré l’œuvre de Jean Lurçat au XXe siècle, elle a été interprétée poétiquement par l’écrivain Michel Butor avec l’exposition « Ruines d’Avenir » l’année dernière. Elle est un avatar incontournable…

Chapelle du château d’Angers, peintures du chœur © exponaute

Aujourd’hui, Olivier Roller a donc été invité par le Centre des monuments nationaux à puiser dans les vives teintes d’une tapisserie mythique. Il a tendu ces couleurs comme des murs de fils, rappelant qu’avant, les cathédrales que l’on connaît incolores étaient de chatoyants royaumes. Et pour ce faire, les licières du Mobilier national l’ont accompagné.

… dans un ensemble classé Monument historique

Cela fait sens, dans la chapelle privée des ducs d’Anjou où tout le mobilier est classé Monument historique !

Cet édifice a été voulu par Louis II et Yolande d’Aragon et bâti vers 1410. Les premières clés de voûtes portent les armes de Louis II, tandis que la troisième comporte une croix à double traverse évoquant la relique de la Vraie Croix, rapportée de Constantinople en Anjou en 1241 et amenée au château d’Angers pendant la Guerre de Cent ans.

Chapelle du château d’Angers © exponaute

C’est cette même croix qui a donné son nom à l’Ordre créé par Louis Ier d’Anjou réunissant ainsi les chevaliers de son entourage. Elle figure d’ailleurs sur la tapisserie de l’Apocalypse.

Les murs de la chapelle sont ornés de fresques et grattés de marques. Ce sont les graffitis laissés par les marins anglais faits prisonniers au cours des batailles navales lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis, à la fin du XVIIIe siècle.

Chapelle du château d’Angers, oratoire privé © exponaute

Les grandes baies, détruites par un bombardement en 1944, ont été restaurées et complétées par des vitraux modernes à décors géométriques : des carrés pleins de losanges, de lignes et d’autres carrés rouges, verts, jaune et bleus sont ordonnés comme des colonnes surmontées de quadrilobes. Seul le vitrail face à la porte est ancien.

L’oratoire privé, situé dans un angle de la chapelle, permettait aux ducs de participer aux offices tout en s’isolant. Il est ouvert sur le chœur par trois baies gothiques et une porte, autrefois encadrées d’ornement. Subsistent des peintures estompées en rouge-orangé qui forment le tracé en négatif des motifs sculptés.

Chapelle du château d’Angers, peintures du chœur © exponaute

Sur les murs du chœur, les fresques datent du XV ou du XVIe siècle. Mêmes effacées et lacunaires, elles font un effet saisissant. C’est du noir, de l’ocre, c’est en bleu et en blanc le récit de la vie du Christ. Il y a aussi les armoiries présentées par les anges porte-bannières : fleurs de lys et escarboucle à huit rais fleurdelisés.

Une blanche chapelle où se nichent encore des couleurs qui persistent, et d’autres qui les prolongent et se projettent.

Chapelle du château d’Angers © exponaute

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